L'économie sociale et solidaire : introduction
La crise aidant, l'économie sociale et solidaire (ESS) vient troubler l'unanimité du discours entourant la vision néolibérale du monde. Publications, naissance récente de l'Association de promotion de l'économie sociale et solidaire – Vaud, autant d'éléments qui viennent corroborer l'importance de ce thème dans l'actualité du moment.
Jean-Louis Laville, sociologue, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et, entre autres, directeur d'un « Dictionnaire de l'autre économie » (Folio. Actuel), précise que l'économie solidaire a « pour projet l'élargissement de la solidarité démocratique » et qu'elle est « porteuse d'un questionnement politique de l'économie ». Il s'agit, ni plus ni moins, de réinscrire la solidarité au coeur de l'économie.
Ce qui rend le sujet de l'ESS déroutant est la diversité des exemples d'une part, et la dimension locale de ces expériences d'autre part. Le Centre Europe - Tiers-Monde (CETIM) qui vient de publier un ouvrage au titre évocateur, « Produire de la richesse autrement », indique, sous la plume de Florian Rochat son directeur, la difficulté d'englober ces multiples expériences dans un même concept et d'en dégager une stratégie et une approche communes.
Le présent dossier vise non pas à épuiser la thématique de l'ESS mais plutôt à signaler l'existence de quelques-uns de ces projets qui se comptent par milliers et à démontrer que le changement – pour invisible qu'il soit – est en marche. L'existence de tels projets dans toutes les régions du monde fait écho à l'enracinement profondément local de ces expériences. Voir à ce sujet le passionant dossier réalisé par La Revue durable, « Economie solidaire et écologie, des richesses insoupçonnées ».
Alors, l'ESS serait-elle la panacée ? Les critiques ne manquent pourtant pas. Comme l'écrit Matthieu Hély, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris X-Nanterre, « si la notion « d’économie sociale et solidaire » connaît actuellement du succès c’est sans doute en raison de sa faculté à dissimuler les stratégies d’adaptation les plus diverses au processus de privatisation du public et de publicisation du privé ».
Quoi qu'il en soit, la simple existence de ces milliers d'expériences démontre qu'une société où l'économie ne serait pas la mesure de toutes choses est possible.
[rédigé le 8 juin 2009]

