Les agrocarburants : Introduction
Une chose est certaine : les agrocarburants suscitent le débat. D'abord envisagés comme une énergie propre, ils ont ensuite été fortement critiqués pour leur usage de culture alimentaire et leur forte empreinte écologique. Et aujourd'hui, on attend beaucoup des agrocarburants de deuxième et troisième génération tirés de déchets agricoles ou de plantes modifiées.
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La conscience tranquille, l’automobiliste prendrait sa voiture pour ses moindres déplacements, l’agriculteur cultiverait dans ses propres champs un or vert inépuisable, les cours du prix du sucre approcheraient ceux de l'argent, les politiques se vanteraient d’avoir considérablement réduit leurs émissions de CO2, toutes les guerres, liées à l’or noir, cesseraient comme par magie… Les agrocarburants (ou biocarburants), tirés de la fermentation de sucres (canne, maïs, blé…) ou fabriqués avec des huiles (palme, soja, colza, tournesol…), ont déjà dépassé l’effet de mode : ils font bonne figure dans les programmes énergétiques américains et européens, le Brésil compte déjà des millions de voitures roulant au bioéthanol, les banques y ont déjà consacré de nombreux fonds de placement.
Paradoxalement, cette énergie
« verte » plaît plus aux « majors » de l’industrie pétrolière qu’aux
milieux écologistes. Si les premières y trouvent un palliatif lucratif
- qui plus est politiquement correct - à la prochaine pénurie de
pétrole, les deuxièmes y voient, à juste titre, un grave danger, tant
pour l’environnement que pour l’alimentation : la culture intensive de
céréales (pour le bioéthanol) et d’oléagineux (pour les huiles)
nécessite d’immenses surfaces agricoles, menaçant directement
l’agriculture « alimentaire » traditionnelle et détruisant les forêts
d’Amazonie pour la culture du soja et celles d’Indonésie pour l’huile
de palme. A cet impact écologique déjà considérable s’ajoutent l’emploi
massif de pesticides, la consommation d’eau, la surexploitation des
sols (utilisation des terres en jachère), la consommation importante
d’énergie (production, transformation, exportation…) et les expulsions
de petits paysans.
La course à l’indépendance
énergétique est effrénée, de nombreux pays voulant produire leur nouvel
or vert : Lula veut faire du Brésil la plus grande puissance énergétique de la
planète grâce au biodiesel,
les Etats-Unis veulent se libérer de leur dépendance énergétique à
l’égard du Moyen-Orient, l’Afrique y voit de nouvelles vocations («
Notre continent devrait avoir pour vocation de devenir le premier
producteur mondial de biocarburants », Abdoulaye Wade, président du
Sénégal, « C’est [l’Afrique] le seul continent qui dispose de vastes
surplus de terres cultivables », Johan Hoffman, PDG d’Ethanol Africa).
La Turquie, la Chine, la Malaisie, la Thaïlande, les Philippines,
l’Inde et l’Indonésie ont tous également des projets et/ou des
réalisations de production de biocarburants. L’Europe suit le mouvement
(la France, entre autres, a mis sur pied un groupe de travail dirigé
par Alain Prost) mais souffrira probablement de sa petite superficie,
insuffisante pour cultiver les céréales nécessaires à son autonomie
énergétique. Quant à la Suisse, Agrola a ouvert sa première station de
bioéthanol à Winterthour et divers projets germent déjà.
Si le succès futur des agrocarburants se mesurait en fonction des
investissements consentis et des appétits des géants de l’énergie, de
l’agroalimentaire ou encore des biotechnologies, celui-ci serait
garanti : Monsanto développe un maïs uniquement destiné à la production
de biocarburant dans un laboratoire détenu par Lockheed Martin, Total
submerge la presse de publicité pour le carburant du futur, Cargill a
produit en mai ses premiers millions de gallons de biodiesel, le
premier sucrier mondial, Südzucker va lancer sur le marché sa filiale
de bioéthanol, le fonds français Pergam achète des hectares de pampas
argentines pour y cultiver soja et maïs, futurs agrocarburants.
Quant aux recherches sur les agrocarburants « de seconde génération »
(produits à partir de résidus de bois, de cellulose ou de cultures)
elles battent déjà leur plein. Ces derniers semblent néanmoins pouvoir
apporter des bénéfices importants, notamment en réduisant la
concurrence avec les cultures vivrières, grâce à des plantes comme le
jatropha ou le miscanthus giganteus.
Malheureusement, comme déjà dit plus haut, les premiers constats
énergétiques, environnementaux, alimentaires, humains et éthiques de la
production d'agrocarburants sont dramatiques : si l’on devait en garder
qu’un, ce serait celui relevé par Lester Brown dans un article du
Courrier International : « Un seul plein d’éthanol pour un gros 4x4
nécessite autant de céréales qu’il en faut pour nourrir une personne
pendant une année entière »

