Les matières premières : introduction
Les taux de croissance galopants des économies des pays émergents et leurs présences toujours plus marquées dans les pays riches en matières premières, notamment sur le sol africain au détriment des anciennes puissances coloniales, constituent un fait marquant de la première décennie du XXIème siècle.
Cela a pour conséquence de raffermir les cours de ces ressources naturelles et d'encourager la spéculation, d'autant plus que, depuis le choc pétrolier des années 70, les contrats à terme ont été ouverts aux investisseurs financiers.
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Mine de fer, Guinée |
L'augmentation des cours des matières premières pourrait donner à penser que celle-ci reflète les coûts réels causés par l'exploitation de ces ressources, en particulier leurs coûts sociaux et environnementaux. Malheureusement, c'est tout le contraire que l'on observe, avec la recrudescence des conflits et de la corruption, l'absence de tout scrupule s'agissant des atteintes à l'environnement et au respect de normes sociales minimales.
Dans un rapport daté de septembre 2009 (« Overconsumption? Our use of the world's natural resources », 36 p., pdf, 5 Mo), Friends of the Earth Europe relève que, malgré les progrès réalisés en terme de productivité, l'augmentation continue de la consommation démontre clairement les limites du modèle de développement occidental. Nous consommons 50% de plus de matières premières qu'il y a trente ans. Un habitant d'un pays industrialisé consomme dix fois plus de ressources qu'un habitant d'un pays pauvre.
Les industrialisations chinoise et indienne – outre leurs effets sur les cours – ont signé le départ d'une nouvelle course aux métaux stratégiques. Il s'agit d'un enjeu majeur des années présentes et à venir. Course aux ressources, sécurisation des « routes des minerais », nationalisation des ressources naturelles, on pense notamment au lithium bolivien, 40% des réserves mondiales selon l'Institut américain de veille géologique.
Ces « nationalisations » entraînent une sévère diminution de la marge de profit des multinationales. Celles-ci opèrent ainsi des rapprochements pour renforcer leurs positions. Exemple avec l'accord de deux géants du fer, l'anglo-australien Rio Tinto et le chinois Chinalco pour l'exploitation d'un des plus grands gisements mondiaux de fer en Guinée Conakry.
De leur côté, les états se battent pour garantir leur accès aux matières premières. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont ainsi saisi l'OMC en décembre dernier pour combattre la décision chinoise de restreindre les exportations de matières premières stratégiques : la bauxite, le coke, le germanium, le magnésium, le manganèse, le silicium, le zinc, le phosphore, sans parler des « terres rares », groupe de métaux de 17 éléments qui rentrent dans la fabrication de nombreux produits issus des nouvelles technologies.
Cette compétition pour les ressources pourrait, selon Pierre Veya, rédacteur en chef du Temps, « gravement déstabiliser les échanges industriels et commerciaux de la seconde moitié du XXIème siècle » (4 décembre 2009).
La superposition de la carte africaine des gisements de matières premières stratégiques avec la carte politique démontre une parfaite concordance entre gisements et conflits. Car le chaos profite aux puissantes entreprises et nourrit les guérillas.
Ce dossier aborde essentiellement la question des matières premières minérales, à la notable exception du pétrole qui fait l'objet d'un dossier séparé.


