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Planète à vendre : Introduction

Publié le: 12. 12. 2011

La terre est devenue une matière première capitale : un produit que des fonds de placement ajoutent à leur portefeuille, une ressource que des pays s'arrachent pour nourrir leurs citoyens. Au même titre que les services, l'agriculture est désormais délocalisée en Afrique ou en Asie du Sud-Est. Quelles conséquences pour les populations locales?

Accaparement des terres ou opportunités de développement ?, un rapport de l'Institut international de l'environnement et du développement (IIED) datant de septembre 2009 et soutenu par la FAO, pose la question cruciale qui sous-tend les récents accaparements de terres.

Pénurie et insécurité alimentaire, développement des agrocarburants mais aussi opportunités de placements ont conduit de nombreux pays (Corée du Sud, Chine et Arabie Saoudite en tête) à acheter ou louer des terres, principalement en Afrique (République démocratique du Congo, Soudan, Madagascar, Ethiopie) mais aussi, de plus en plus, en Asie et en Amérique latine. A l'échelle mondiale, on estime aujourd'hui que près de 227 millions d'hectares ont été acquis (Nov. 2011). Le blog farmlandgrab.org suit quotidiennement cette actualité.


Les contrats passés entre les acheteurs (des multinationales mais aussi des Etats) et les pays du Sud laissent trop souvent de côté les populations locales qui exploitaient jusqu'à présent ces terres. L'enjeu consiste bien à savoir si les paysans profiteront de ces transactions ou si, au contraire, ils seront chassés de ces terres ou tenus à l'écart des bénéfices dans un système productiviste mécanisé qui n'a plus besoin d'autant de main d'oeuvre.

Mais le rapport de l'IIED précise que ces achats peuvent aussi être bénéficiaires aux deux parties (sécurité alimentaire et bénéfices financiers pour les uns, développement d'infrastructures, transferts de technologies et créations d'emplois pour les autres) si tant est que les contrats passés clarifient les points troubles, notamment sur la redistribution des bénéfices et associent les populations locales à ce qui pourrait s'assimiler à une nouvelle réforme agraire mondiale.

Deux types d'accapareurs se dégagent : des Etats, comme les pays du Golfe, la Chine et l'Inde pour assurer leur sécurité alimentaire ; et le secteur privé que ce soit l'industrie agroalimentaire ou le secteur financier pour profiter des retombées financières. Dans les deux cas, la plupart des projets finaux sont confiés à des entreprises privées. La grande majorité des contrats sont très peu transparents quant à leur durée, le nombre d'hectares concernés, les sommes en jeu et la redistribution des récoltes ou des bénéfices.

A l'origine surtout africains, les pays visés par cette ruée se répartissent désormais sur toute la planète, du Soudan à l'Argentine, en passant par l'Ukraine ou le Cambodge. L'intérêt est bien moins géographique que stratégique : les accapareurs cherchent des terres fertiles avec une certaine disponibilité en eau, un potentiel de croissance de la productivité agricole, une politique foncière favorable et profite souvent d'une main d'oeuvre bon marché et peu au fait de ses droits.

Au-delà des enjeux alimentaires et économiques, se pose la question de l'agriculture locale, de la souveraineté alimentaire et de l'avenir des paysans. Car ces accaparements poussent à une agriculture intensive et industrielle qui laisse de côté bon nombre de petits paysans. Ils remettent sur le devant de la scène la question foncière et celle de l'accès à la terre et imposent, parfois de facto, une réforme agraire qui favorise les investissements privés étrangers.

Classification: Agriculture
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