« Congo, une histoire »

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Dans « Congo, une histoire », David van Reybrouck raconte l'histoire mouvementée du Congo (ex-Zaïre), des origines à nos jours.

La République démocratique du Congo est un pays de 2,3 millions de kilomètres carrés, aussi grand que l’Europe occidentale ou comme les deux tiers de l’Inde. C’est le seul pays d’Afrique qui comporte deux fuseaux horaire. Le Congo a neuf voisins, soit le Congo Brazzaville, la République centrafricaine, le Soudan, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l’Angola ; seuls le Brésil, la Russie et la Chine le surpassent en nombre !

C’est l’histoire de ce gigantesque pays que nous raconte l’auteur belge néerlandophone David van Reybrouck. Il aborde l’histoire congolaise dès son origine, soit bien avant l’arrivée des blancs. « L’idée de ce livre m’est venue parce que je souhaitais le lire et qu’il n’existait pas » affirme son auteur dans une interview à Libération.

Ce qui frappe – et ravit – dans ce texte est sa forme particulière qualifiée de « non-fiction littéraire » dans le monde anglo-saxon : la dimension historiographique n’exclut pas la narration personnelle. Un mélange de journalisme, d’histoire et de littérature.

Le travail à proprement parler historique est accompagné de nombreux témoignages (plus de 500 !). L’auteur donne la parole aux « petits » car son ambition est de rendre compte de l’histoire sociale du Congo, une histoire « vue d’en bas ». « Je raconte l’Histoire à travers des histoires » affirme son auteur (1). Ces témoignages servent ainsi de fil rouge narratif à la grande Histoire, mêlant récits personnels et historique.

Comme le souligne Philippe Riès dans son blog (Médiapart, 24 mai 2013), « la malédiction du Congo et de ses peuples, tout au long de la colonisation et de la décolonisation, aura bien été […] d’avoir détenu sur son sol ou dans son sous-sol les matières premières propres à satisfaire l’appétit insatiable des révolution industrielles successives. Le caoutchouc naturel quand Dunlop invente le pneumatique gonflable ; le palmier à huile à l’état sauvage lorsque Lever révolutionne la savonnerie ; le cuivre et le cobalt ; l’uranium quand l’humanité entre, à Hiroshima et Nagasaki, dans l’âge nucléaire ; l’or et les diamants, qui comme chacun sait sont eux éternels ; et jusqu’au dernier venu, le coltan, ingrédient incontournable de la civilisation électronique. »

Une lecture indispensable pour toute personne s’intéressant à l’Afrique et aux enjeux mondiaux.

Congo, une histoire de David van Reybrouck. - Arles : Actes Sud, 2012. – 711 p. – (Lettres néerlandaises)

(1) Cela fait inévitablement penser à l’ouvrage phare du célèbre historien américain Howard Zinn, « Une histoire populaire des Etats-Unis ». A ce propos, lire notre zoom du 30 janvier 2010.

Articles

Sur «Congo, une histoire»: l’Europe face à son passé colonial et à son avenir global, Philippe Riès, Médiapart, 24 mai 2013

Le Congo sans Tintin, Benjamin Caraco, nonfiction.fr, 7 janvier 2013

David Van Reybrouck: «Le Congo est un Etat en faillite» , Tirthankar Chanda, RFI, 11 oct. 2012

« Plus qu’un pays, le Congo est une somme de détails », Pierre Siankowski, Les Inrocks, 10 octobre 2012

«Préférer la démocratisation à la démocratie»  : interview de David van Reybrouck par Maria Malagardis, Béatrice Vallaeys, Libération, 5 octobre 2012

Un Belge écrit l’histoire de la mondialisation à partir du Congo, Emmanuel Gehrig, Le Temps, 15 septembre 2012

« Congo. Une histoire, un succès belge », Séverine Kodjo, Jeune Afrique, 3 septembre 2012

L’incroyable triomphe de « Congo », Guy Duplat, La Libre Belgique | Le Courrier international, 13 janvier 2011

Biographie de David van Reybrouck, Africultures