Enjeux du changement climatique : conférences

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Plus de 70 personnes pour discuter des enjeux du climat. Photos et compte-rendu de la conférence du vendredi 12 et de l'atelier du samedi 13 juin, avec Hervé Kempf et Adèle Thorens.

50 personnes présentes vendredi et 25 samedi matin pour écouter  Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et Adèle Thorens Goumaz, Co-présidente des Verts suisses.

Vendredi 12 juin : Les médias et les enjeux du changement climatique, par Hervé Kempf

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Hervé Kempf a commencé par dresser un portrait inquiétant du paysage médiatique français. Le fait que les grands titres appartiennent désormais à des acteurs économiques influents ne permet plus aux rédactions de jouir de la même liberté de parole que précédemment. La marge se réduit à mesure que la pression grandit sur les journalistes. Raison pour laquelle le rôle des médias libres est plus important que jamais pour faire vivre nos démocraties.

Sur le rôle des médias dans la question climatique en particulier, Hervé Kempf souligne l’importance de la pédagogie, puisque plusieurs études du Centre de recherches politique CEVIPOF montrent que le public est moins bien informé aujourd’hui qu’il ne l’a été par le passé, notamment en 2009 lors de la Conférence de Copenhague. Il a montré néanmoins plusieurs difficultés liées au métier même de journaliste pour traiter de ces sujets : le changement climatique s’inscrit dans une temporalité longue qui ne sied pas au rythme de l’actualité ; peu d’évènements, peu d’avancées scientifiques, peu d’avancées dans les négociations ; difficultés à trouver des histoires qui marchent – les alternatives, c’est bien, mais on épuise vite le thème. 

De plus, le thème lui-même n’a pas vraiment les faveurs du public. Il semble que l’intérêt est moins marqué aujourd’hui qu’en 2009, malgré la prochaine Conférence de Paris et les énormes enjeux qui y sont liés. Une étude récente souligne le fait qu’alors qu’une grande partie de la population n’a simplement pas d’intérêt pour la question, deux groupes se radicalisent : d’un côté les militants écologistes, de l’autre, les opposants à l’écologie. Cette situation mène à un durcissement des conflits environnementaux.

Enfin, le conférencier énumère des thèmes qui ne sont pas traités dans les médias en général, malgré leur importance : la réduction de la consommation, les changements de modes de vie, la décroissance ne sont pas des thèmes porteurs ou sont même des repoussoirs tant ils semblent marqué idéologiquement. La justice climatique, les disparités Nord/Sud sont en général peu présentes.

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Samedi 13 juin : Comment agir ? Le changement climatique, l’individu et l’Etat, avec Hervé Kempf et Adèle Thorens Goumaz

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1. Action individuelle ou action d’Etat, comment agir ?

Pour assumer une action individuelle, il faut parvenir à se libérer d’une certaine pression sociale et il faut faire preuve de cohérence. Mais cette action individuelle ne suffit pas à répondre à l’ampleur et à l’urgence de la situation climatique. Il s’agit de la compléter avec des actions collectives au niveau local et des actions politiques. Dans nos démocraties, les citoyens ont le pouvoir de faire pression sur l’Etat.

Un participant souligne le contexte particulier dans lequel on se trouve aujourd’hui et qui rend l’action difficile : il y a une réduction de l’accord sur le fait qu’il y a une crise ; les militants et professionnels de l’environnement n’ont plus le moral. Comment donc agir encore dans un tel contexte ? Il conclut que deux éléments sont essentiels : il faut de l’innovation et des alliances fortes.

Pour agir de manière efficace, il faut parvenir à convaincre. Pour ce faire, trois leviers essentiels : s’appuyer sur le malaise grandissant de la société ; utiliser les médias (libres) pour faire le lien entre la vie quotidienne et les problèmes globaux ; mettre en place et relayer les alternatives pour marteler le message : « il y a moyen de faire autrement ! »

Il faut faire en sorte que le poids des citoyens pèse au moins aussi lourd que le poids des grands acteurs économiques.

2. Un changement radical de système : seule vraie solution ?

Pour répondre au changement climatique, il faut réduire les inégalités ; réduire la consommation matérielle ; encadrer les comportements par des lois.
Les trois axes d’action vont contre le système néo-libéral dominant. Il s’agit donc de fait d’un changement radical. En termes de communication, ce n’est pas le message le plus porteur, parce qu’il fait peur. Il faut donc convaincre les citoyens que le changement radical est en train d’avoir lieu parce que le système tel qu’il existe ne peut simplement pas continuer à se développer indéfiniment dans le même sens. C’est le système actuel qui nous entraîne vers un changement radical angoissant. Les actions pour limiter le changement climatique cherchent au contraire à maintenir les acquis essentiels de nos sociétés : la paix, un certain confort, le lien social.
Un participant montre la nécessité d’interroger le système de valeurs qui sous-tend le système actuel. Il montre également que la transition peut se faire par étapes et qu’il est important de préparer en amont des réponses possibles aux effondrements à venir.

3. Agir en Suisse aujourd’hui, que fait-on, où va-t-on ?

Adèle Thorens fait le point sur la politique climatique en Suisse et présente le programme des Verts.

Présentation de la politique climatique suisse, Adèle Thorens

Elle propose également une réflexion sur les raisons du déni et de l’inaction des gouvernements et des populations. Elle s’appuie sur le texte de Gunther Anders, Le temps de la fin,  pour développer quatre éléments de réponse :

  • « tout le monde meurt » : il est plus acceptable pour les individus de mourir si tous les autres meurent aussi ;
  • les liens de cause à effet sont difficile à percevoir, il n’est pas évident de faire le lien entre ma vie quotidienne et les problèmes globaux ;
  • la responsabilité est disséminée, donc le poids de mon action propre est facile à relativiser ;
  • les actions qui nuisent au climat sont des actions normales de la vie quotidienne, qui ont toutes sortes de justifications pragmatiques, il ne s’agit pas d’actions malveillantes. Elles sont donc difficiles à condamner et chacun se sent peu coupable.

4. Alors, des solutions ? Questions-discussions

La discussion porte essentiellement sur diverses actions entreprises par les participants (LaRevueDurable, Trilogies, Planète humus, Moins!, Reporterre, etc.) et sur les raisons du déni (on mentionne également l’incompétence, le cynisme et la puissance des lobbies économiques).

Les deux intervenants disent partir en emportant des idées nouvelles, notamment l’argument renversé du changement radical (nous ne voulons pas de changement radical, nous luttons au contraire pour que nous puissions continuer nos vies comme aujourd’hui) et un argument fort pour réguler les investissements ou au moins exiger de la transparence (au programme des Verts) : selon Jacques Mirenowicz, de LaRevueDurable, on peut estimer l’empreinte carbone d’un individu moyen à 10-12 tonnes par an ; or le placement de  10'000 CHF dans une banque ou dans un fonds de pension double cette empreinte.

Rendez-vous prochainement pour la suite du programme InfoDoc 2015 !

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