La mémoire créative de la Révolution syrienne

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L'expression créative et la protection du patrimoine sont des besoins humains fondamentaux en temps de conflit.

Chanter, danser, jouer, dessiner, écrire : tant d’actions qui paraissent, vues de loin, comme presque inimaginables et dans tous les cas complètement en marge des besoins humains fondamentaux en temps de guerre, de désolation et de destruction massive. Et pourtant, ces expressions elles-mêmes et la conservation de leurs traces ne représentent rien de moins que le témoignage, le commentaire, la résistance et l’affirmation de ceux qui continuent à vivre dans les régions meurtries.

« La mémoire, c’est ne pas oublier », dit simplement sur les ondes de la RTS Sana Yazigi, créatrice de la plateforme Cultural Memory, qui collecte – avec le soutien de la Confédération suisse, toutes les traces laissées par la société civile en Syrie : ne pas oublier ce qui s’est passé, quelles sont les diverses revendications de la population et, fondamentalement, qui sont les Syriens. Mais c’est aussi préparer le terrain de la réconciliation future : « ces traces font partie du patrimoine national ».

En plus du patrimoine national, le conflit en Syrie ainsi que d’autres conflits dans le monde menacent le patrimoine de l’humanité. Détruire la mémoire, les traces de l’histoire des populations est une technique de guerre avérée. En faisant table rase du passé, on détruit les références communes de la population, ses valeurs, son identité, son assise culturelle, son esprit critique, sa capacité de résilience et son unité. C’est ainsi qu’on prépare le terrain pour une acceptation durable de la tutelle de l’envahisseur.

Ainsi, la sauvegarde du patrimoine en temps de conflit est reconnue comme un besoin humain fondamental depuis la Convention de la Haye en 1954. Devant les nombreuses destructions causées par les conflits depuis 1980, et ce malgré l’existence du traité de 1954, la communauté internationale a renforcé le texte de la Convention et sa version révisée a été adoptée en 1999. S’appuyant sur ce texte, des organisations internationales travaillent sans relâche pour sauvegarder le patrimoine mondial en temps de guerre et lors de catastrophes naturelles.

Textes de référence

Convention de la Haye, texte de 1954 / Deuxième Protocole de la Convention de La Haye, adopté à La Haye, le 26 mars 1999. Pour plus d’informations, voir la page consacrée à ces textes sur le site de l'UNESCO.

Organisations internationales actives dans la sauvegarde du patrimoine

UNESCO

Blue Shield (regroupe des membres des organisations suivantes : CIA (Conseil international des archives), ICOM (Conseil international des musées), ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) ainsi que l'IFLA (Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions). Voir notamment l’action de Blue Shield en Haïti, en réponse au tremblement de terre de 2010 : L’Arche Bouclier bleu.

Fondation pour le patrimoine en péril (inaugurera son siège à Genève dans le courant 2017)

A propos du blog « Cultural Memory »

Cultural Memory (recension complète des articles parus sur le blog ici)

Une plateforme répertorie l’expression artistique de l’opposition syrienne [audio], Tout un monde, RTS, 3 mars 2017

Tisser la mémoire de la révolution syrienne, Marina Da Silva, Le Monde diplomatique, 6 octobre 2016