Le dernier carré de chocolat

Fiche pédagogique
Fiche pédagogique sur la base du documentaire "Le dernier carré de chocolat" : une plongée très instructive dans les rouages de la filière du cacao en Côte d'Ivoire.

Introduction

Les Chinois et les Indiens aiment le chocolat ! Lorsqu'elle a fait les gros titres de la presse suisse, il semblait que cette nouvelle prêtait à sourire. Mais sous son apparente frivolité, elle cache une réalité bien souvent cruelle et violente.

Associé à l’enfance et à la gourmandise, le chocolat devient un produit de luxe qui envahit même la cosmétique et séduit aujourd’hui un nouveau public de consommateurs, en Chine et en Inde notamment. Le chocolat qui fond sur la langue revêt néanmoins une toute autre saveur lorsqu'on lève le voile sur la filière de sa production et ses enjeux au niveau mondial. On retrouve dans sa genèse tous les ingrédients d’un bon film à suspens : corruption, assassinats, spéculation, exploitation…  Loin de désamorcer de sa douceur les conflits, le chocolat les nourrit même, puisque les bénéfices qu’il génère sont investis, en Côte d’Ivoire notamment, pour armer et entretenir les guerres civiles.

Le chocolat (tout comme d’autres matières premières par ailleurs) évolue donc sur des sables mouvants. Or, l’on sait d’ores et déjà qu’il manquera, dans cinq ans, près d’un million de tonnes de fèves de cacao pour répondre à la demande croissante des consommateurs… L’industrie agroalimentaire panique.

« Qui croquera dans le dernier carré de chocolat ?» Telle est la question posée, en substance, par les réalisateurs de ce documentaire qui illustre avec finesse les relations problématiques entre le Nord et le Sud, interdépendance désormais reconnue, mais non encore intégrée par les consommateurs (acteurs donc du processus) que nous sommes. Suffit-il d’acquérir des denrées certifiées « commerce équitable » pour restituer au Sud ce à quoi il a résolument droit ?

Depuis l'époque coloniale, l'Occident s'approvisionne en matières premières diverses, essentiellement en Afrique et ce au détriment des populations indigènes. Malgré leur accès à l'indépendance dans les années soixante, de nombreux pays africains restent tributaires non seulement de leur ancienne métropole, mais de l’ensemble des communautés occidentales. Si l’indépendance politique de ces nouveaux états est acquise, leur indépendance économique ne l’est pas.

De nombreux pays africains peuvent être considérés chacun comme le fournisseur privilégié d’une matière première spécifique dont il assure une production qui s’inscrit dans l’économie mondiale. Le parc cacaoyé permettant de produire les aliments chocolatés se situe principalement en Afrique de l’Ouest (70% de la production mondiale durant l’exercice 2010/2011), et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, ce pays en assurant à lui seul près de 40%. La population ivoirienne était promise à un bel avenir dans les années soixante… La réalité est tout autre !

Jean Crépu et Jean Pierre Boris nous proposent un documentaire d’investigation qui permet de mieux explorer la mécanique d’un commerce international tel que celui du cacao, en analysant l’impact qu’il a actuellement sur les populations ivoiriennes. Le marché libéralisé ne permet pas en effet de garantir aux cultivateurs le prix indicatif fixé par le gouvernement, ce qui s’explique par la course aux bénéfices orchestrée non seulement par les multinationales de l’agroalimentaire, mais également par des intermédiaires et acteurs peu scrupuleux. Les conséquences sociales, économiques et politiques sont alarmantes et méritent d’être soulignées. Ce documentaire le fait à merveille.

Résumé et commentaire

Le Film "Le dernier carré de chocolat" a été tourné par Jean Crépu et Jean-Pierre Boris entre les mois d'octobre 2011 et février 2012. Il s'inscrit dans une démarche plus large des deux auteurs sur les questions liées aux matières premières.

Résumé

En guise d’introduction, quelques images nous plongent dans la luxure chocolatée. Loin de nous l’époque où le chocolat se déclinait en plaques uniformes à consommer en barre sur une tranche de pain. Le chocolat trône aujourd’hui même sur les podiums de mannequinat ! Il commence également à figurer parmi les aliments de prédilection sur le continent asiatique, qui jusqu’alors s’en était désintéressé. Or, si les conditions de production ne changent pas dans un avenir très proche, l’explosion des prix qui en découlera pourrait faire du chocolat une denrée inaccessible.

Le documentaire se compose de plusieurs parties complémentaires :

  1. Bref éclairage géopolitique soulignant les impacts économique et politique de ce commerce au plan mondial.
  2. Présentation des différents acteurs représentés dans la filière du chocolat. Les planteurs (pris en otages entre les prix de vente indicatifs fixés par le gouvernement, les prix proposés dans la réalité et leurs besoins), les pisteurs (en charge de l’achat de la matière première dans les zones de production), les traitants (intermédiaires qui fourniront les fèves aux exportateurs), les traders, les exportateurs eux-mêmes et les chocolatiers.
  3. Analyse des résistances et des conflits générés de part et d’autre, par l’intermédiaire de témoignages divers (le président de l’association nationale des producteurs de cacao en Côte d’Ivoire, un économiste du CIRAD (voir note 1 en bas de page), un courtier en bourse et un puissant négociant).
  4. Illustration des liens entre la violence de l’Etat ivoirien et la filière du cacao, violence qui implique un non-respect de la liberté d’expression dans un état dit « démocratique », pour exemple la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer (voir note 2) ou l’emprisonnement abusif d’Antoine Assale, journaliste ivoirien qui témoigne dans le film.
  5. Analyse de la situation du parc cacaoyé aujourd’hui (difficultés rencontrées, défis à relever et pistes à explorer ou à approfondir).

Commentaire

La succession de séquences assez courtes a permis aux auteurs de réaliser un documentaire riche et varié. Une très large place est accordée aux témoignages, ce qui le rend particulièrement vivant. Un soin particulier a également été accordé à l’esthétique… Du défilé « chocolat » aux scènes tournées parmi les planteurs en passant par quelques vues urbaines, les images sont belles.

Très brève, l’introduction géopolitique donne en quelques minutes un bon aperçu des interdépendances liées à la production d’une matière première telle que le cacao. Que peut-il bien se cacher derrière le discours public du président Obama affirmant son soutien au président contesté Alassane Ouattara ? Belle démarche apparemment solidaire et démocratique, qui aura pour effet la levée de l’embargo sur l’exportation du cacao… Les géants du chocolat sont rassurés... mais la situation des petits producteurs reste figée.

La filière du chocolat est abordée avec finesse et, on le ressent, obstination. Si les planteurs et les pisteurs témoignent dans une apparente liberté, les portes se ferment lorsque l’on atteint les maillons supérieurs. La froideur avec laquelle les courtiers abordent la question interpelle. On se retrouve très loin, ici, des aspirations des paysans de Soubré, ou d’autres contrées productrices : trouver un sens au travail fourni, en assurer la pérennité, en vivre, décemment.

Ainsi que le soulignent les auteurs, le prix de la fève est fixé par la loi du marché, et non par les besoins des cultivateurs. Les conflits et tensions qui en découlent sont abordés à travers des témoignages croisés d’acteurs émanant de milieux divers : le président de l’association nationale des producteurs de cacao en Côte d’Ivoire, un économiste du CIRAD mais aussi un courtier spéculateur de la bourse londonienne et un négociant fort présent sur ce marché. Pas de position tranchée donc, pas de jugement. Au spectateur de se positionner, tout comme dans l’ensemble du reportage.

La dernière partie du documentaire pose des questions essentielles. Comment pallier les difficultés rencontrées dans la culture du cacao ? Comment répondre à la fois aux besoins des cultivateurs et des consommateurs ? A nouveau, sans parti pris, l’investigation de Jean Crépu et Jean Pierre Boris permet d’entrouvrir des portes… 

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1 CIRAD : centre de recherche français qui répond, avec les pays du Sud, aux enjeux internationaux de l'agriculture et du développement (www.cirad.fr)

2 Voir le document intitulé « Guy-André Kieffer : un journaliste qui dérangeait », réalisé par Bernard Nicolas et diffusé sur Canal + dans le cadre de Jeudi investigation fin mai 2008.

Liens avec les plans d'études

Secondaire I

SHS33 – S’approprier, en situation, des outils et des pratiques de recherches appropriés aux problématiques des sciences humaines et sociales (D) … en replaçant les faits dans leur contexte historiques et géographique

MSN35 - Modéliser des phénomènes naturels, techniques, sociaux ou des situations mathématiques (A) … en mobilisant des représentations graphiques (codes, schémas, tableaux, graphiques, …)

FG37 - Analyser quelques conséquences, ici et ailleurs, d’un système économique mondialisé (1) … en étudiant diverses conséquences de ses choix en tant que producteurs, distributeur ou consommateur d’un circuit économique

FG34 - Planifier, réaliser, évaluer un projet et développer une attitude participative et responsable (5) … en débattant et en recherchant des réponses face à des problèmes concrets et des questions éthiques

MSN38 – Analyser l’organisation du vivant et en tirer des conséquences pour la pérennité de la vie (1) … en décrivant des aspects de l’organisation de la vie

Secondaire II

Economie : Illustrer par des exemples concrets le problème d’allocation des ressources. Expliquer le fonctionnement de la filière du cacao en Côte d’Ivoire. Identifier les différents acteurs de cette filière et analyser leurs actions et  leurs intérêts, au niveau régional, national et international. Comprendre la spéculation des traders en bourse sur la denrée du cacao et saisir les tensions liées à une production difficile et une demande croissante. Reconnaître et comprendre un cas précis de libéralisation du marché.

Histoire : Décrire l’implantation la culture du cacao en Côte d’Ivoire par les Français pendant la colonisation. Analyser l'évolution du commerce du cacao à l’échelle nationale et internationale. Faire des liens entre commerce du cacao, pouvoir politique et guerre civile en Côte d'Ivoire.

Géographie : Identifier les enjeux économiques et humains de la filière du cacao. Identifier les risques économiques et sociaux portés par un pays dont les exportations et les revenus ne dépendent que d'une seule denrée. Définir et débattre des conséquences sociales et politiques que pourraient induire un effondrement de ce commerce pour ses différents acteurs ainsi que pour les consommateurs.

Philosophie / Ethique : Identifier les valeurs qui sous-tendent les comportements des différents acteurs impliqués dans le commerce du cacao, des producteurs jusqu'aux consommateurs.

Pistes pédagogiques SI

Les pistes sont directement liées au Plan d'étude romand. Les objectifs du PER, en gras, précèdent les pistes.

SHS33 – S’approprier, en situation, des outils et des pratiques de recherches appropriés aux problématiques des sciences humaines et sociales (D) … en replaçant les faits dans leurs contextes historique et géographique.

  • A l’aide de l’internet, dresser les grandes lignes de l’histoire de la Côte d’Ivoire de la colonisation à nos jours.

  • Effectuer une recherche sur les ressources naturelles de ce pays et l’évolution, dans le domaine agricole, des cultures.

  • Visionner le volet qui a trait à la violence perpétuée en lien avec la culture du cacao (22’ – 27’), et avec le non-respect de la liberté d’expression. Établir une comparaison avec les pays d’origine des élèves (voir aussi le site du réseau mondial pour la liberté d’expression).

  • Établir un lien avec d’autres produits (exemple, le diamant en Sierra Leone, voir à ce sujet la fiche e-media sur les diamants du sang.)

MSN35 - Modéliser des phénomènes naturels, techniques, sociaux ou des situations mathématiques (A) … en mobilisant des représentations graphiques (codes, schémas, tableaux, graphiques, …).

  • Identifier les principaux pays producteurs de cacao. Représenter graphiquement la contribution de chacun à la production mondiale. Établir des liens avec les conditions climatiques.

  • Identifier les principaux pays consommateurs de chocolat. Représenter graphiquement la quantité consommée par habitant et par année.

FG37 - Analyser quelques conséquences, ici et ailleurs, d’un système économique mondialisé (1) … en étudiant diverses conséquences de ses choix en tant que producteur, distributeur ou consommateur d’un circuit économique.

  • Visionner la première partie du documentaire (0’-14’) et dresser la liste des différents maillons de la filière du cacao.

  • Analyser la situation de chacun d’eux. Leurs besoins sont-ils satisfaits ? Quelles difficultés rencontrent-ils ? Quels défis doivent-ils relever ? Leur comportement est-il éthiquement défendable ?

  • Se positionner, dans cette problématique, en tant que consommateur de chocolat. Suis-je moi-même un maillon de cette chaîne ? Lorsque j'achète une plaque de chocolat, quelles sont les conséquences sur le reste du système ?

FG34 - Planifier, réaliser, évaluer un projet et développer une attitude participative et responsable (5) … en débattant et en recherchant des réponses face à des problèmes concrets et des questions éthiques.

L1 34 - Produire des textes oraux de genres différents adaptés aux situations d'énonciation ... en mobilisant ses connaissances et en recourant à diverses sources d'information pour élaborer les contenus de sa production.

  • Visionner le dernier volet du documentaire (dès 34’) et identifier oralement les difficultés rencontrées aujourd’hui par le parc cacaoyé.

    Éléments de réponse attendus : manque d’entretien des plantations et des routes d’accès, baisse de la qualité des plantes, situations précaires des cultivateurs, relève non assurée, abandon de la culture du cacao pour d’autres produits comme le caoutchouc ou l’huile de palme.

  • Relever ensuite les alternatives proposées pour y remédier. En imaginer d’autres.

    Éléments de réponse attendus : respect du prix d’achat des fèves garanti par l’état,  investissement des taxes retenues au cultivateur pour entretenir les routes d’accès, constitution de coopératives, formation continue, limitation du nombre d’intermédiaires.

  • Débattre en demandant aux élèves de jouer le rôle des différents acteurs (les cultivateurs, les intermédiaires, les chocolatiers, les consommateurs, ...) et de représenter leurs intérêts.

MSN38 – Analyser l’organisation du vivant et en tirer des conséquences pour la pérennité de la vie (1) … en décrivant des aspects de l’organisation de la vie.

  • Rebondir sur le séquençage récent du génome du cacaoyer mentionné au terme du documentaire. Dresser la liste des avantages et risques liés à une telle démarche.

Pistes pédagogiques SII

12 pistes sur la filière du cacao, les relations Nord-Sud et la spéculation sur les matières premières

Le film se prête bien à des exploitations centrées sur des séquences courtes. Les activités sont construites sur ces séquences afin de permettre à l’élève, dans un premier temps, d’acquérir des connaissances précises et rigoureuses. Nous suggérons que le visionnement de séquences plus longues ou du film en entier intervienne dans un second temps. Les activités se prêtent bien aux travaux de groupe. Il peut s'avérer utile pour l'enseignant d'introduire au préalable certaines notions relativement complexes, notamment au moyen du glossaire.

Les séquences peuvent être exploitées indépendamment les unes des autres. C'est à l'enseignant de les sélectionner en fonction de l'âge et du niveau des élèves.

Questions

Séquence: 00 :32 à 02 :05

1. Que pensez-vous du parallèle établi entre les images des mannequins parées de chocolat et celles des hommes politiques rivaux de Côte d’Ivoire ? A votre avis, pourquoi avoir établi cette opposition dès les premières minutes du documentaire ?

Réponse suggérée : Ces images permettent d'introduire les leviers du problème décortiqué dans le documentaire. Occidentaux (chocolat = bien luxueux de consommation) et Côte d’Ivoire (cacao =marchandise stratégique dans l’acquisition du pouvoir et nécessaire à la subsistance de toute une population). L’opposition des deux mondes crée un fort contraste : qu’y a-t-il entre eux ? C’est ce que le documentaire va montrer.


2. Qu’est-ce exactement que la filière du cacao ? Détaillez les étapes d’une telle filière. Expliquez qui en sont les intermédiaires, quels sont leurs rôles respectifs et où ils se situent géographiquement.

Réponse suggérée :

a) Planteurs en brousse. Recueillent la matière première.

b) Pisteurs, à Soubré. Achètent la matière première aux agriculteurs sur le lieu de production.

c) Traitants, à San Pedro. Achètent la matière première aux pisteurs et la vendent aux exportateurs.

d) Les exportateurs fournissent la matière première aux multinationales qui la transforment en plaques de chocolat et la vendent au consommateur.

e) En parallèle de ces étapes : les traders, à Londres principalement, qui spéculent sur le prix du cacao et ont une forte influence sur les prix du marché.


3. Evoquez, en en précisant la nature, les dimensions sociales, politiques, économiques et géopolitiques liées à la filière du cacao. Comment toutes ces dimensions sont-elles imbriquées ?

Réponse suggérée :

Sociale : Planteurs qui vivent dans la précarité. Leur rémunération est insuffisante alors que la matière première ne serait pas disponible sans eux. Les intermédiaires qui traitent avec eux ne sont pas assez rémunérés pour vivre non plus. Certains des travailleurs sont syndiqués. D’autres s’organisent en coopératives. Ils sont encouragés à le faire par les multinationales qui  réduisent ainsi le nombre d’intermédiaires dans la filière et économisent de l’argent.

Politique : Commerce et exploitation du cacao  =  moyen de pression premier dans le gain du pouvoir (exemple de la rivalité Gbagbo – Ouattara et embargo imposé par Ouattara, lui-même soutenu ensuite par Obama). Cacao = moyen de pression majeur.

Economique : Les conséquences sociales du libéralisme économique sont mises en évidence. Lien très étroit avec la dimension politique. Conséquences : guerre civile et troubles politiques = l’Etat est absent, multinationales et spéculateurs fixent les prix.
La ressource première du pays, le cacao, est une valeur cotée en bourse. Les traders et les négociants spéculent sur son prix et s’enrichissent (exemple de « Chocolate Finger »). A ce niveau de la filière, le cacao a totalement échappé à ses producteurs.

Géopolitique : La Chine et l’Inde représentent une demande croissante. Si rien ne change, les prix vont exploser. Les problèmes sociaux liés à la sous-rémunération des travailleurs pourraient paralyser le commerce mondial du cacao.

Séquence : 20 : 12

4. Quand le journaliste l’interroge sur son statut de « trader de cacao le plus puissant de la planète », Anthony Ward répond : « C’est exagéré. C’est la météo qui est la chose la plus importante pour le cacao ». Que vous inspire une telle réponse ?  

Réponse suggérée: C’est une lapalissade et une réponse cynique. Ce qualificatif est exact ; Ward a un grand pouvoir sur la variation des prix du marché.

5. Quels mécanismes sont-ils mis en place pour réguler le marché ? Quelles sont les stratégies des multinationales présentées par le documentaire ?  

Réponse suggérée: Pour éviter de tuer leur propre commerce. Mécanismes : Le prix payé aux agriculteurs doit monter un peu pour assurer la suite de la culture. A chaque fois que la matière première est déplacée ou subit une transformation, son prix augmente. On supprime donc des intermédiaires de la chaîne de production et encourage les agriculteurs à s’organiser en coopérative. Résultat : moins de valeur ajoutée, plus de bénéfice. OU les multinationales viennent s’implanter directement sur le terrain.  

Voir 33 :04 pour illustrer le danger pour les multinationales; 38 : 34 pour la réduction de la chaîne et 39 : 12 pour un exemple de coopérative, la diminution du nombre d’intermédiaires.


Séquence : 14 :15 à 14 : 47

6. Qu'est-ce qu'un syndicat professionnel et quelles sont ses missions ? Quel est le rôle tenu par les syndicats présentés dans le documentaire ? Comment se positionnent-ils par rapport à l’état ?

Réponse suggérée: Un syndicat professionnel est une association qui a pour objectif de défendre les intérêts des salariés. Les syndicats sont généralement organisés par branche d'activité et/ou par région. Dans le documentaire, les syndicats encouragent la rétention de cacao. Ils demandent l’intervention de l’Etat pour régulariser la situation.


Séquence : 45 : 39 à 47 : 29

7. Expliquez la nature et le fonctionnement des commerces alternatifs qui se mettent en place, en prenant l'exemple de Sylvie Bélanger. Quelles sont les différences entre ces types de commerce et la filière de cacao ivoirienne ? A quel type de consommateur le chocolat de Sylvie Bélanger est-il destiné ? Pensez-vous que ce mode de fonctionnement puisse être une alternative au système de la filière du cacao de Côte d’Ivoire? Vous pouvez illustrer vos réponses grâce  aux explications suivantes, données par Sylvie Bélanger dans le cadre du documentaire :

« J’ai acheté ce cacao au prix de 4 euros le kilo, 4000 euros la tonne, alors que le marché international valait 2 euros le kilo (…). Les prix, et ça c’est bien pour les planteurs, sont fixés 6 mois à 8 mois à l’avance, ce qui leur permet de faire des projets de leur côté et qui permet au chocolatier de leur faire son prix de revient, donc on est pas du tout dans le même contexte que mes confrères très grands ».

Réponses suggérées: Pas d’intermédiaires dans ces commerces. Ici, la matière première vient d’Amérique du Sud. L'entreprise de Sylvie Bélanger va directement à la source et paie donc mieux les agriculteurs. Résultat : cacao d'excellente qualité, récolté dans de bonnes conditions de travail. Cette qualité est reconnue et appréciée des consommateurs aisés et prêts à payer plus cher.

Pas d’impact sur la filière ivoirienne. Pas localisé au même endroit. Méthodes marginales. Le prix du chocolat ainsi produit ne permettrait pas de généraliser ces pratiques sur le marché.

Séquence : 47 : 58 à 49 : 09

8. Quels sont les objectifs du travail des généticiens sur le séquençage du génome du cacao ? Déterminez les risques de tels travaux.  

Réponses suggérées:

Objectifs : produire un cacao qui sèche plus vite, résiste mieux au transport, se conserve plus longtemps, etc… Le but est de le breveter et de vendre ensuite la séquence.

Risques : Perte de goût. Disparition du cacao authentique. Une seule maladie pourrait toucher la totalité du cacao.


9. A votre avis, quels sont les signes annonciateurs d’une guerre économique autour de la production du chocolat ? Pensez-vous que le cas du chocolat soit une exception ?

Réponse suggérée: Les producteurs ne reçoivent pas les revenus nécessaires à leur survie et sont tués à petit feu. Paradoxe : ils vivent dans la précarité alors que la demande grandit de jour en jour. Rien n’est mis en œuvre pour une amélioration sérieuse de leur situation. L’augmentation de la demande entraîne des tensions de plus en plus importantes. Si un changement n'intervient pas (= payer les producteurs comme l’état l’avait annoncé, 1000.- CFA le kg), les prix vont exploser, entraînant encore plus de manœuvres économiques de la part des multinationales / traders / négociants.

Ce cas n’est pas une exception : exemples du café, des bananes, du cuivre, des métaux précieux…

Analyse de séquences


Séquence 19 : 36

10. Eu utilisant l’exemple d’Anthony Ward, alias « Chocolate Finger », analysez comment la spéculation influe sur le prix du cacao.

Réponse suggérée : Le facteur spéculatif. Dans le processus de production du chocolat, chaque intervenant apporte une contribution concrète (le planteur cultive, le pisteur déplace…), à la transformation de la fève de cacao en plaque de chocolat. Une contribution est ici synonyme de valeur ajoutée. Cependant, le négociant, ici Chocolate Finger, est un intervenant n’apportant aucune valeur au bien concerné. Il ne fait que, grâce à sa puissance économique, dicter les prix en monopolisant les biens. Il fait donc pression sur le marché de manière à empocher un bénéfice.

Séquence 04 :00 à 05 : 01

11. Comment se fait-il que que les planteurs, qui détiennent la matière première, ne soient pas en mesure d’en fixer le prix ? Autrement dit, le rapport de force leur est défavorable. Pourquoi ? Développez.

Réponses suggérées : Les termes de l’échange sont dictés par le marché, de l’extérieur (Londres), et non pas sur le lieu de culture. Cela autorise des personnes détachées de l’environnement socio-économique ivoirien de fixer le prix du bien qui est à la base de toute l’économie de ce pays. Les planteurs obtiennent de leur récolte un revenu qui leur permet à peine de survivre. Leur situation précaire les oblige à vendre, même à des prix exceptionnellement bas. Les multinationales tirent ainsi profit de leur vulnérabilité.

Séquence 42 : 52 à 43 : 15

12. Commentez cette déclaration faite aux planteurs par le sous-préfet de la région, lors de la formation dans la brousse : « Je pense qu'avec un peu plus d'amour, un peu plus de volonté, vous allez réussir et nous allons tous réussir. Il ne faut pas être riche seul, il faut être riche avec son voisin. Parce que si tu manges seul, tu risques d'être constipé et c'est pas bon. » A quelles valeurs ce discours fait-il référence ?
Identifiez ensuite les valeurs opposées.
A partir de la liste de valeurs obtenues, expliquez lesquelles sous-tendent les comportements des différents acteurs impliqués dans le commerce du cacao, des producteurs jusqu'aux consommateurs. Peut-on parler d'un conflit de valeurs ? Argumentez.

Réponses suggérées :Valeurs en jeu dans les propos du sous-préfet : collaboration, solidarité, justice sociale. Valeurs opposées : compétition, individualisme, injustice. Ces valeurs contraires se retrouvent notamment dans l'attitude des négociants, des spéculateurs ainsi que des multinationales. Le libéralisme économique s'appuie largement sur la compétition et l'individualisme.

Ressources documentaires

Sélection d'articles consacrés à la filière du cacao et aux thèmes connexes abordés dans le film

A propos du film

Communiqué de la TSR (pdf, 79.9 Ko)

Communiqué d'Alliance Sud (pdf, 77.3 Ko)

Ce chocolat qui laisse un goût amer, Pascal Fleury, La Liberté, 31 août 2012 (pdf, 396 Ko)

Transcription des dialogues et séquençage (pdf (160 Ko)

La fiche complète en format pdf (pdf, 800.90 Ko)

Organisations et accords

Federation of Cocoa Commerce : La Fédération du commerce du cacao est une organisation de commerce international du secteur privé, représentant tous les domaines de la filière cacao.

International Cocoa Organization : L'Organisation internationale du cacao est une organisation globale. Elle est composée des pays-membres producteurs ainsi que des pays-membres consommateurs de cacao.

World Cocoa Foundation : Fondée en 2000, la World Cocoa Foundation (WCF) est une organisation internationale qui s'engage à assurer la durabilité du cacao par l'intendance agricole et l'environnement et le développement. Les membres représentent 80% des acteurs du marché mondial de cacao.

Accord international sur le cacao, 2010 (pdf, 184.57 Ko) (voir aussi une courte réflexion critique à propos de cet accord)

Dossiers documentaires

Le dossier  « Chocolat suisse » de la Déclaration de Berne

L'enquête : « Sous les bonnes feuilles du cacao ivoirien » du site Les Afriques, Adama Wabe, Dominique Flaux, 2009-2010, voir les 5 épisodes :

  1. Un gros producteur qui exporte des poids théoriques
  2. Et la CCI de Côte d’Ivoire entre dans la danse...
  3. L’Etat ivoirien est-il maître de ses ressources ?
  4. Le nationalisme de Laurent Gbagbo à l’épreuve des multinationales
  5. Lettre ouverte à la Banque mondiale, au FMI et à la BAD

Contexte politique

Comment j'ai ravagé la Côte d'Ivoire à coups de tablettes de chocolat, Samuël Foutoyet, initialement publié dans le mensuel Silence en avril 2011, [pdf, 1.63 Mo]

Aux sources historiques de la crise ivoirienne, Emmanuel Martin, Afrik.com, 9 mai 2011

Le cacao, nerf de la guerre et des combines, Marie-France Cros, Lalibre.be, 2 avril 2011

Côte d’Ivoire : l’opération « mains propres » dans la filière café-cacao fait des victimes, Jocelyne Ballot, Afrik.com, 20 juin 2008

Cote d’Ivoire. LIRE. Chaud Cacao ! Victor Sègre, Survie, 1er juillet 2007, commentaire du rapport de l’ONG Global Witness paru en juin 2007 « Chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en côte d’Ivoire » (pdf, 2.02 Mo)

A signaler la parution dans l'édition du Monde diplomatique du mois de septembre 2012 d'un article de Fanny Pigeaud, Guerre pour le cacao dans l'Ouest ivoirien. [Disponible au centre de documentation]

Contexte économique

Economie de la Côte d’Ivoire, Wikipédia

ONU : la flambée des prix des matières premières nuit aux pays pauvres, Centre d’actualités de l’ONU, 24 avril 2012

Côte d’Ivoire : le miracle qui n’en était pas un, Emmanuel Martin, Afrik.com, 12 avril 2011

Blé, cacao, sucre : les spéculateurs se régalent, africonseilmatierespremieres.over-blog.com, 13 août 2010

Main basse sur le cacao, P. Airault, avec S. Ballong et B. Mieu, Jeune Afrique, 11 août 2010

Le spéculateur «Chocolate Finger» fait flamber le cacao, Hayat Gazzane, Le Figaro, 23 juillet, 2010

La rétribution des producteurs

Les planteurs de cacao sont chocolat, Christophe Koessler, Le Courrier, 17 mars 2015

Jean-Marc Anga : "Il faut rémunérer davantage les producteurs de cacao", propos recueillis par Michael Pauron, Jeune Afrique, 13 juillet 2010

Pressions sur les journalistes

Révélations dans la filière café-cacao en Côte d’Ivoire : trois journalistes en garde à vue, Falila Gbadamassi, Afrik.com, 15 juillet 2010

Dans les méandres de l’affaire Kieffer, Rafik Houra, Survie, 1er juin 2009

Les « solutions »

Cacao : la Côte d'Ivoire tiraillée entre réforme d'Etat et certifications privées, Thibault Lescuyer, Novethic, 9 juillet 2012

Dossier/ Réforme de la filière café-cacao : Les grosses inquiétudes des producteurs, repris par africonseilmatierespremieres.over-blog.com, 6 mars 2012, paru originairement dans Le Mandat

Les multinationales veulent booster la production de cacao, Matthew Allen, Swissinfo, 29 janvier 2012

Côte d'Ivoire : cacao, retour vers le futur, Pascal Airault, Jeune Afrique, 7 juillet 2011

Flambée des cours des matières premières : le commerce équitable apporte-t-il des solutions ? Philippe Chibani-Jacquot, Novethic, 10 mars 2011

Le décryptage du génome du cacaoyer : une avancée majeure pour la compréhension de la biologie et l’amélioration de cette espèce CIRAD, 27 décembre 2010

Mars, L’USDA-ARS et IBM rendent publique la séquence préliminaire du génome du cacao trois ans avant la date prévue, Afrik.com, 16 septembre 2010

Cocoa Plan de Nestlé – écouter la réaction critique de la Déclaration de Berne sur les ondes de la RTS, On en parle, 22 juin 2010

Pour aller plus loin

Nestlé mène des actions contre le travail des enfants en réponse au rapport de la Fair Labor Association sur la chaîne d’approvisionnement de la société

International Cocoa Initiative (ICI) : La mission de l’ICI est de « contrôler et soutenir les efforts visant à éliminer les pires formes de travail des enfants et de travail forcé dans la culture et la transformation des fèves de cacao et de leurs produits dérivés ». Elle est gouvernée par un Conseil de Fondation et son activité est dirigée et mise en œuvre par un Secrétariat basé à Genève en Suisse. Elle est principalement financée par les contributions des membres de l’industrie cacaoyère présents au Conseil.

Le chocolat a toujours un arrière-goût d’exploitation, Jessica Dacey, Swissinfo, 25 septembre 2011

Produire du chocolat sans recourir au travail des enfants : un défi à relever, Organisation Internationale du Travail, 18 décembre 2007

Descriptif du film

Réalisation, production, année, durée, version, distribution

Titre original:

Le dernier carré de chocolat

Réalisation:
Jean Crépu et Jean-Pierre Boris

Production:
LADYBIRDS Films

Année de production:
2012

Durée:
51 minutes

Public concerné:
Secondaire I et II

Visionner l’émission:

  • sur RTSdeux, le dimanche 2 septembre 2012 à 20h35 dans « Histoire vivante »;

  • sur le site www.rts.ch, durant 7 jours après sa diffusion (catch-up);

  • sur France 5, le mardi 11 septembre à 21h45.

  • Egalement disponible en prêt auprès d'Alliance Sud InfoDoc.

Ecouter :

  • l'entretien avec Guy André Kieffer, enlevé et assassiné en 2004 en Côte d'Ivoire alors qu'il enquêtait sur la filière cacao. RTS La 1ère, 27 août (possibilité d'écouter en différé)

  • l'entretien avec le réalisateur Jean Crépu. RTS La 1ère, 31 août

Impressum

Auteures de la fiche :
Mary-Claude Wenker, Classe relais, Fribourg (SI)
Sophie Rogivue, Licenciée en Lettres, collab. de la Fondation Education et Développement, Lausanne (SII)

Alliance Sud, Documentation
E-media : le portail romand de l’éducation aux médias
Fondation Education et Développement
Films pour un seul monde
La jeunesse débat

Lausanne, octobre 2012

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