Migration et environnement

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L’impact de l’environnement sur les mouvements de population fait l’objet d’une attention croissante, mais les incertitudes demeurent quant à la nature de ce phénomène, le nombre de personnes concernées ainsi que les zones géographiques touchées.
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Les réfugiés climatiques - Décod'Actu, saison 1

Sommaire

  • Introduction
  • Les causes des migrations environnementales
  • Quelle protection pour les réfugiés climatiques?
  • Quelles implications pour la Suisse?
  • Pour aller plus loin

 

Introduction

Réfugiés climatiques, écoréfugiés, réfugiés écologiques ou encore réfugiés environnementaux ? Les appellations concernant les réfugiés de l'environnement sont aussi controversées que les statistiques les dénombrant. Selon l'ONU, ils devraient être 250 millions en 2050.

Toutefois, la prise en compte du lien entre migration et environnement ne doit pas faire oublier la complexité des facteurs pouvant engendrer des dynamiques migratoires. Le changement climatique a des conséquences en termes de migration mais ne constitue qu’un élément parmi d’autres d’ordre social, politique ou économique pouvant favoriser l’émigration.

L’impact de l’environnement sur les mouvements de populations, notamment dans les pays dits en développement, fait l’objet d’une attention croissante tant pour les décideurs politiques que pour les chercheurs mais malgré les chiffres avancés par les organismes internationaux, les incertitudes demeurent quant à la nature de ce phénomène, le nombre de personnes concernées ainsi que les zones géographiques touchées.

Le changement climatique, facteur de déstabilisation et de migration, Laetitia Van Eeckhout et Stéphane Foucart, Le Monde, 11 septembre 2015

Les migrations climatiques concernent aussi les pays riches, Luigi Jorio, swissinfo, 31 mars 2014

Faut-il craindre la migration climatique?, Etienne Piguet, Le Temps, 18 novembre 2013

 

Les causes des migrations environnementales

L’état des connaissances sur la relation entre migration et changement climatique permet de dénombrer trois principaux facteurs environnementaux susceptibles d’avoir un impact de plus en plus important sur les migrations dans les années à venir, bien que les pronostics soient difficiles à établir de manière précise.

L’intensification des cyclones, les pluies torrentielles et les inondations constituent des phénomènes qui apparaissent  brutalement et entraînent des déplacements de population de courte ou de moyenne durée, rarement des migrations durables, les déplacés ayant tendance à reconstruire leur habitat à la suite du drame comme ce fut le cas en 2008 au Mozambique ou en 2009 au Bangladesh. Ou encore aux Etats-Unis, lors de l’ouragan Katrina qui soulève la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans la gestion des situations d’urgence.

La sécheresse et la désertification représentent un facteur environnemental qui a une incidence bien moins brusque mais qui engendre des mouvements de population plus progressifs et plus durables. Toutefois, cette dimension reste essentiellement tributaire du contexte et de la gestion des ressources, l’émigration se présentant ainsi comme le dernier recours.

Changement climatique: de la sécheresse des terres à la migration d'un peuple, Martin Lozniewski, Huffpost, 19 avril 2017

Sécheresse, migration, aménagement du territoire en Mauritanie, Denis Retaillé, Revue de géographie de Lyon, vol.70 n°3, 1995

Contrairement aux deux autres facteurs, l’élévation du niveau des mers est le facteur environnemental dont il est certain qu’il provoquera des migrations forcées à moyen et long terme si aucune disposition n’est prise à cet égard. Son caractère irréversible rendrait l’émigration définitive comme seule option envisageable, tout en permettant des départs progressifs et organisés. Selon les estimations, l’élévation du niveau des mers se situera entre 0,5 et 1 mètre environ d’ici la fin du XXIe siècle. Or environ 634 millions de personnes vivent actuellement sur les zones côtières à 10 mètres ou moins du niveau de la mer. L’Asie est particulièrement touchée par ce phénomène avec les ¾ de sa population vivant sur ces côtes à risques.

Inondations des zones côtières par la montée du niveau des mers, Vedura

La montée des eaux menacera de grandes mégalopoles, Tribune de Genève, 9 novembre 2015

A cela s’ajoute que certaines causes des migrations environnementales résultent plus directement de l’intervention humaine. Ainsi, certains projets de développement économique induisent des déplacements forcés de population que ce soit en raison du taux de pollution, de l’épuisement des ressources naturelles ou des projets d’infrastructure comme ce fut le cas en Inde avec la construction du barrage de la vallée de Narmada.

 

Quelle protection pour les réfugiés climatiques ?

Assurer la protection des personnes susceptibles de se déplacer à cause du changement climatique est une question complexe car il n’existe actuellement aucune norme juridique pour garantir une assistance et une protection à ces personnes à l’échelle internationale. La protection internationale de la Convention de Genève relative au statut de réfugié politique de 1951 ne mentionne à aucun moment les victimes de catastrophes écologiques.

Le vide institutionnel et normatif relatif au statut de « réfugié climatique » ne permet pas de répondre aux défis soulevés par la migration environnementale. En effet, la communauté internationale se heurte à plusieurs obstacles dans l’élaboration d’un cadre juridique relatif à ce type de migration, notamment car ceci suppose de déterminer qui porte les responsabilités et quelles sont leurs obligations.

Les migrations climatiques : une responsabilité internationale entre solidarité et développement durable, Ingénieurs sans frontières, 11 mars 2015

Protéger les victimes du changement climatique, Isidore Kwandja Ngembo, Le Monde diplomatique, 28 janvier 2014

Des millions de réfugiés climatiques attendent un statut, Nolwenn Weiler, Basta!, 15 juillet 2013

Les réfugiés environnementaux : une catégorie juridique en devenir, Hocine Zeghbib, Hommes&migrations 1300, 2012

 

Quelles implications pour la Suisse ?

Selon les études empiriques sur les migrations et l’environnement, le changement climatique n’aura pas d’impact majeur sur les migrations internationales à longue distance ; les personnes déplacées auront tendance à se réinstaller temporairement dans les pays limitrophes.

Ainsi, la Suisse ne serait pas confrontée à l’arrivée massive de migrants environnementaux. Elle s’engage toutefois aux côtés de la Norvège afin de soutenir les populations contraintes de se déplacer en raison du changement climatique, notamment à travers l’initiative Nansen.

Didier Burkhalter plaide en faveur des réfugiés climatiques, Pietro Bugnon, RTS info, 12 octobre 2015

La Suisse au chevet des "réfugiés du climat", Luis Lema, Le Temps, 2 octobre 2012

L’enjeu pour la Suisse se situe plus au niveau de la mise en place d'une politique de développement efficiente qui prend davantage en compte les mouvements de population liés aux changements environnementaux. Ceci sera principalement le cas dans les zones d’actions prioritaires de la Confédération que sont l’Afrique occidentale, l’Afrique de l’Est, australe et centrale ainsi que l’Asie du Sud et du Sud-Est.

 

 

Pour aller plus loin

Portail de la migration environnementale

Migration and Climate Change, Institut de Géographie, Université de Neuchâtel, Suisse

Réfugiés climatiques, site du collectif Argos

Désastres et déplacement dans un climat changeant, Revue Migrations forcées, n°49, mai 2015. Voir également Forced Migration Online, University of Oxford, Dpt of International Development. FMO, une source d'information sur les migrations, les expulsions et la fuite, et également la revue Migrations forcées en général

IOM Outlook on Migration, Environment and Climate Change, International Organization for Migration, 2014, 144 p. [pdf, 4,43 Mo]

A Citizens Guide to Climate Refugees, Friends of the Earth

The Nansen Initiative : towards a "Protection Agenda" for people displaced across borders due to natural disasters and the adverse effects of climate change.
En octobre 2012, la Norvège et la Suisse ont lancé à Genève et à New-York ce qu’elles ont nommé «l’initiative Nansen». Cette dernière est conçue comme un processus consultatif ascendant, dirigé par les États et extérieur à l’ONU, visant à atteindre un consensus entre les États intéressés concernant la meilleure manière de traiter les déplacements transfrontaliers dans le contexte des catastrophes à déclenchement soudain et à déclenchement lent. (W. Kälin, FMR, Dec. 2012). En octobre 2015, plus de 100 pays signent l'Agenda de protection. Pour le volet suisse de l'initiative Nansen, voir le site de la Confédération.

 

Dossier réal. par Caroline Aka en collab. avec Alliance Sud InfoDoc

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