Uranium : la biographie

Zoom
Tom Zoellner retrace l'épopée de l'étrange métal, de Marie Curie à Joe Fisher - millionaire de la prospection australienne - en passant par l'obscur Abdul Qadeer Khan, inventeur de la bombe atomique au Pakistan.

Shinkolobwe, Katanga, République démocratique du Congo. C'est de ce gisement-là que sera extrait l'uranium qui servira à la confection de la bombe qui, le 5 août 1945, détruira Hiroshima. C'est de la même mine que proviendra le gramme de plutonium de la bombe qui tombera sur Nagasaki trois jours plus tard...
Tom Zoellner, journaliste et écrivain américain, remonte à l'origine de l'exploitation de l'uranium.

Cette espèce de semi-métal gris-noir, extrêmement lourd, doit son nom à un pharmacien berlinois passionné de chimie, Martin Klaproth. En 1789, après avoir effectué divers tests sur un échantillon, il parvint à la conclusion que celui-ci était mélangé à du plomb. Il décida de le baptiser « uranium », du nom d'une planète récemment découverte, Uranus.

Depuis lors, le « gâteau jaune » aux propriétés mystérieuses, a défrayé la chronique scientifique : Becquerel, les Curie, Rutherford, Fermi puis la course à la bombe... Après avoir été l'enjeu de batailles acharnées entre les blocs, l'intérêt pour cette matière a baissé.

Avec l'apparition des premières centrales, un autre visage de cet étrange métal apparaît : l'uranium est le combustible du futur, une énergie « propre », sans CO2 : « Atom for peace », tel est le message que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) essaye de faire passer.

L'enquête passionnante de Tom Zoellner rappelle que le prix à payer a toujours été très élevé : mines jumelles de Joachimsthal (Tchécoslovaquie) et de Schlema (RDA) converties en goulags par Staline, cancers en série en Arizona et ailleurs, destruction de l'environnement et rébellion touarègue au Niger, mise en péril de la culture indigène en Australie (mine de Ranger, plus de 10% de la production mondiale) sans parler évidemment des nombreux accidents (Three Miles Island, Tchernobyl...).

Depuis quelques années, la crise climatique a profondément modifié le regard que l'opinion publique porte à cette « ressource ». Le cours du métal a pris l'ascenseur. De 440 réacteurs nucléaires aujourd'hui, Tom Zoellner parle de 8000 réacteurs à la fin du siècle !

Or, même si l'énergie nucléaire peut apparaître comme la solution à certains, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une ressource finie : en effet, selon l'AIEA, le pic de l'uranium se situe autour de 2025...

Malgré ce constat, tout semble indiquer que la course à l'uranium a repris de plus belle...

Uranium : la biographie, Tom Zoellner, Paris : Seuil, 2009, 233 p.

  • Bataille pour l’uranium au Niger, Anna Bednik, Le Monde diplomatique, juin 2008
    Le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) « réclame le transfert de 50 % des recettes minières aux collectivités locales, l’embauche prioritaire des populations autochtones dans ce secteur d’activité, mais aussi l’arrêt de la « braderie » des permis d’exploitation de matières premières et la cessation des activités de recherche dans les zones d’élevage. »
  • Janvier 2008. Davos : remise des Public Eye Awards.
    « Alors que les analyses montrent une contamination de l'air, de l'eau et du sol, les mineurs ne bénéficient d'aucune information sur les risques sanitaires liés à leur travail » (Source : novethic, Véronique Smée, 24 janvier 2008)
  • Or et uranium : un couple ravageur, Gilles Labarthe, Le Courrier | Datas, 5 janvier 2007
    « L'extraction conjointe d'or et d'uranium, dévastatrice pour l'environnement, se retrouve dopée par une hausse des cours et défendue par de puissants lobbies pro-nucléaires. »
  • Il a vendu illégalement les mines d'uranium du Kazakhstan, 7 sur 7 (Belgique), 27 mai 2009
    Trafic et insécurité : les mines et arsenaux des anciens pays de l'URSS font l'objet de toutes les convoitises.
  • L’Australie redécouvre ses mines d’uranium à la faveur de la réhabilitation du nucléaire civil, Marie-Morgane Le Moël, Le Monde | Après le pétrole..., 3 mars 2009
    L'Australie ne possède ni bombe, ni centrale nucléaire, mais c'est pourtant le premier producteur mondial d'uranium.