Des places de travail au lieu des droits humain

Article politique
Le Conseil national a décidé d’assouplir l’ordonnance sur le matériel de guerre. La Suisse met ainsi en danger sa réputation internationale en tant que héraut de la tradition humanitaire.

Les ventes d’armes aux pays en développement les plus pauvres et à des gouvernements qui violent les droits humains de façon grave et systématique vont pouvoir compenser la baisse du marché en Europe. Les Conseils protègent ainsi les places de travail dans une branche industrielle complètement insignifiante, qui représente à peine 0,33% de toutes les exportations suisses. Au lieu de donner une contribution durable à la résolution des crises dans le monde, on veut s’assurer un morceau aussi juteux que possible du dernier grand marché de matériel de guerre en pleine croissance, l’Arabie Saoudite. Avec 56,7 milliards d’USD, l’Arabie saoudite était en 2012 à la 7ème place mondiale des dépenses d’armement. Le royaume doit se situer plus ou moins à la même place en termes de violation des droits humains. La discrimination des femmes et des travailleurs étrangers ne sont que deux exemples parmi d’autres.

Il faut être aveugle pour croire qu’on pourra éviter les risques importants en termes de réputation avec l’examen au cas par cas nouvellement décidé. Même avec la «stricte» ordonnance en vigueur jusqu’à maintenant, aucun office fédéral n’a empêché que le matériel de guerre exporté vers l’Arabie saoudite ne fasse son apparition dans les foyers de crise que sont la Syrie et la Libye, ou qu’à l’aide de chars d’assaut Mowag et de fusils de précision suisses les mouvements pro-démocratiques à Bahreïn et en Ukraine ne soient réprimés.

La décision n’a pas tenu compte de la pratique d’autorisation déjà assez laxiste de la Confédération. En 2013, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) a autorisé 2'261 requêtes pour une valeur de 2,1 milliards de francs et il n’a refusé que quatre demandes pour une valeur de 700'000 francs sur la base de l’ordonnance sur l’exportation de matériel de guerre en vigueur jusqu’ici. Le fait que les exportations réelles, l’année passée, soient tombées de 700 à 461 millions de francs a donc peu à voir avec le fait que l’ordonnance soit « trop stricte », mais avec le fait que les autorisations accordées sont souvent réalisées l’année suivante ou que le financement des affaires d’armement n’a pas eu lieu.