FSM thématique en mars 2018 à Salvador de Bahia

Chico Whitaker
Article politique
Du 13 au 18 mars 2018 se tiendra un Forum social mondial (FSM) thématique à Salvador de Bahia. La décision a été prise par un collectif organisationnel brésilien du FSM. L’avenir du FSM dans son ensemble reste en suspens.

Du point de vue thématique, le Forum de Salvador de Bahia devrait porter sur les questions foncières et d’organisation de la résistance. Dans un communiqué publié début juin par une centaine d’ONG brésiliennes sont déjà évoqués des slogans possibles de la réunion, comme «Résistance veut dire transformation ». Le comité du collectif réunit des représentants des mouvements sociaux de l’Etat fédéral de Bahia, ceux des ONG brésiliennes engagées au niveau fédéral, mais aussi des activistes du conseil international du FSM. Leur objectif déclaré est qu’en mars 2018 de nombreuses délégations internationales se rendent aussi à Salvador de Bahia.

La vision d’un membre fondateur

Francisco « Chico » Whitaker, un co-fondateur influent du Forum social mondial, écrit, dans un texte qui doit être discuté par le conseil international du FSM : « La convocation d’un forum thématique à Salvador de Bahia est la preuve qu’il y a la volonté de se mobiliser au niveau planétaire pour dépasser le capitalisme ». Pour lui, les défis des mouvements sociaux au Brésil sont les mêmes que ceux des partis et mouvements de gauche dans le monde entier. Le projet de Donald Trump aux Etats-Unis « n’est qu’un exemple particulièrement éclatant de ce qui se passe à beaucoup d’endroits : un renforcement du fascisme et de la haine de l’étranger. » Une rencontre internationale de tous ceux qui luttent contre cela est très importante pour échanger des expériences sur la résistance et forger de nouvelles alliances, écrit encore Whitaker. 

Clarifier les concepts et les stratégies

Whitaker, lauréat du Prix Nobel alternatif de 2006, donne la priorité à deux aspects lors de la phase actuelle de convocation de la rencontre de Salvador de Bahia : a) la forme concrète de ce forum et b) la façon dont il va s’insérer dans le futur du véritable Forum social mondial – des questions traitées par le conseil international.

La proposition « Bahia 2018 » s’inscrit dans l’idée que le futur du mouvement appartient à des fora thématiques. Comme pour les fora locaux, régionaux et nationaux, il faut « créer des espaces ouverts » pour travailler sur des thèmes « selon l’approche de la démocratie de base et de l’autogestion ». Whitaker est optimiste « qu’en se focalisant sur des combats concrets il sera plus facile d’élaborer des propositions concrètes et des actions claires. » Rien ne s’oppose à ce qu’un forum comme celui de mars 2018 ait le terme « mondial » dans le titre, vu qu’aujourd’hui déjà tous les fora sociaux ont une orientation globale – à l’exemple du Forum social mondial anti-nucléaire prévu à Paris en novembre 2017. La multiplication de fora thématiques globaux est une bonne façon de soutenir l’élargissement et le réseautage planétaire pour s’opposer efficacement au monstre capitaliste, affirme Whitaker.

Whitaker répond aussi implicitement à la critique que les fora sociaux mondiaux – le dernier avait eu lieu en 2016 pour la première fois dans l’hémisphère Nord, à Montréal – sont morts, qu’ils se ressemblent tous et qu’ils souffrent d’une bureaucratisation des processus.

Redéfinir les tâches

Les fora thématiques pourraient être la sortie de la crise dans laquelle est empêtré le comité international du FSM depuis quelque temps, estime Whitaker. Le comité international avait été créé en 2001, après la première édition du Forum social mondial de Porto Alegre – qui à l’époque avait été lancé presque comme une contre-manifestation au Forum économique mondial de Davos. A la dernière réunion du conseil international en janvier 2017 à Porto Alegre avaient participé seulement 30 des 170 délégués. Whitaker avait déjà constaté au FSM de Tunis, en 2015, que le conseil international était devenu une enceinte immobile, difficilement gérable et presque incapable de réagir.

En tant que cofondateur du mouvement, le militant anti-nucléaire brésilien Whitaker propose qu’à l’avenir le conseil se réunisse une fois par an pendant une semaine pour discuter de l’évolution globale et des stratégies de la lutte contre le néolibéralisme. Il doit être évident pour tous ceux qui y travaillent dans leurs régions « qu’un autre monde est possible ». Si sur la base de dynamiques réellement existantes, cela paraît sensé, alors cela vaudra la peine d’organiser de nouveau un véritable Forum social mondial, ouvert à tous les thèmes.

Chico Whitaker n’étudie pas seulement de nouvelles formes et tâches du Forum social mondial. Il considère que la symbolique est aussi importante : « Pourquoi n’organiserions-nous pas cette semaine d’un nouveau conseil international en janvier 2018, en parallèle au Forum économique mondial de Davos, de nouveau à Porto Alegre ? »