Le secteur privé sous les feux de la rampe

Article politique
Le 15 et 16 avril a eu lieu à Mexico-City la première réunion de haut niveau du partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement. – Un commentaire par Anne-Sophie Gindroz.

Cette première réunion de haut niveau du partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement avait pour but de discuter des progrès accomplis jusqu’ici dans la coopération au développement et d’ancrer le Partenariat mondial dans un cadre de développement post-2015.

Du point de vue des organisations de la société civile, les preuves croissantes d’un espace de plus en plus restreint pour la société civile indiquent qu’aucun progrès n’a été réalisé depuis Busan dans la promotion d’un cadre visant à «maximiser la contribution des organisations de la société civile au développement». Par ailleurs, son rôle est envisagé comme venant compléter l’action des agences d’aide / programmes gouvernementaux, et non pas comme un rôle d’«acteurs indépendants». La Suisse a adhéré à une Initiative volontaire pour un contexte favorable aux organisations de la société civile, qui offre des possibilités en vue d’une action de suivi impliquant les ONG suisses.

Le secteur privé était au centre de la conférence. Des apports d’aide publique au développement (APD) aux entreprises sont justifiés par la nécessité d’«encadrer les investissements du secteur privé». Toutefois, peu de signes indiquent que des ressources de ce type sont dégagées, les organismes donateurs étant davantage intéressés par la viabilité commerciale ou la performance économique. Il est à craindre que les efforts pour promouvoir un contexte favorable aux entreprises en viennent à profiter tout autant aux entreprises non responsables. En outre, l’accent devrait aussi être mis sur les entreprises locales et pas seulement sur les grandes multinationales.

Les organisations de la société civile rencontrent de plus grandes difficultés face à un engagement factuel, car elles se préoccupent davantage de comment est générée la croissance économique, plutôt que de l’ampleur ou du rythme de cette dernière. Dans la vision commerciale, les pauvres sont vus comme des consommateurs, des fournisseurs, des producteurs, mais pas comme des travailleurs jouissant de droits ni comme des citoyens dotés d’une voix. Le développement entraîné par le secteur privé et les modèles de partenariats public-privés (PPP) vont engendrer une marchandisation ultérieure des ressources naturelles et priveront les plus pauvres d’un accès aux services sociaux. Lors de chaque tentative visant à mieux cerner la contribution effective des opérateurs économiques, il est essential d’impliquer les organisations de la société civile, en leur qualité de source indépendante de données sur la contribution des entreprises au développement, sous l’angle d’une approche basée sur les droits humains.

La représentante d’Alliance Sud est intervenue pour attirer l’attention sur différentes réalités liées à l’engagement des entreprises et sur la nécessité de lutter également contre les comportements irresponsables de certains groupes économiques, susceptibles d’engendrer la pauvreté quand ils privent les fermiers de leurs terres, bouleversent l’équilibre de la subsistance communautaire, augmentent les masses silencieuses des working poor, auxquels on nie un revenu décent. Et à cet égard, les solutions volontaires usuelles, telles que codes de conduite, chartes ad hoc, etc. … ne sauraient être suffisantes. Il a également été remarqué que dans de nombreux pays, instaurer des conditions plus attrayantes pour les investisseurs étrangers donne lieu à une restriction des droits fondamentaux (comme la liberté de rassemblement, d’association, d’expression, d’accès à l’information…) et à l’adoption de législations sur le droit du travail peu soucieuses des droits des travailleurs ou des sauvegardes environnementales.

Plus ce Partenariat mondial s’étend dans la diversité, plus le risque est grand de le voir devenir moins concret sur le plan des engagements communs et plus déséquilibré en terme de pouvoir. Concernant le communiqué final (anglais), les organisations de la société civile ont dû se battre pour conserver le niveau d’engagement de Busan. Si l’approche basée sur les droits humains n’est toujours mentionnée qu’en lien avec les organisations de la société civile, une plus grande transparence et un devoir de redevabilité majeur furent cependant réintroduits in fine, s’appliquant aux acteurs du secteur privé.

L’un des principaux défis reste celui de mettre sur pied une architecture de développement équitable, afin de corriger les inégalités et réparer les injustices propres au paradigme de développement qui prévaut actuellement. Un partenariat inclusif ne garantit pas un développement inclusif. Si un changement patent est intervenu entre Accra et Busan, avec une focalisation passée de «l’aide effective» à «une coopération au développement effective», des actions doivent être prises pour relever l’efficience dudit développement, au sens d’une meilleure inclusion du genre, d’une durabilité environnementale et du respect des droits de l’Homme.

Anne-Sophie Gindroz a participé à la Conférecne comme représentante d'Alliance Sud.

Pour plus d'informations veuillez trouver une version plus longue de cet article ici (en anglais).