Tigre de papier ou moteur de transformation ?

Tôt le matin sur la place Meskel à Addis Abeba en Ethiopie.
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Fin septembre, l’ONU a adopté l’« Agenda 2030 pour un développement durable ». Cet ambitieux projet de la communauté internationale concerne tous les Etats. La Suisse aussi a des devoirs à accomplir.

L’agenda 2030 et ses Objectifs de développement durable (ODD) prennent le relais des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ils ne visent pas seulement l’élimination de la pauvreté, mais aussi la lutte contre les inégalités et la protection de l’environnement. Les pays riches industrialisés sont autant impliqués que les pays du Sud.

En Suisse, tous les départements sont concernés par la mise en œuvre des ODD. Ainsi, l’ODD 1 ne demande pas seulement la fin de la pauvreté absolue (moins de 1,25 dollar US de revenu par jour), mais une réduction de moitié de la pauvreté selon les critères nationaux – en Suisse, cela touche 590'000 personnes. L’ODD 7 exige un doublement de l’efficacité énergétique ainsi qu’une augmentation substantielle de la part des énergies renouvelables – la Suisse a un gros potentiel en matière d’isolation des bâtiments. L’ODD 10 veut rendre possible une migration sûre, régulière et responsable – un défi pour la Suisse comme pays d’immigration. L’ODD 12 appelle à une consommation et production durables – avec 694 kg par habitant et par an, la Suisse est au troisième rang mondial – derrière le Danemark et les Etats-Unis – en matière de déchets ménagers.

Rôle clé de l’aide publique au développement

Un objectif central pour Alliance Sud est le 17. Il traite des moyens et processus, donc de la cohérence des politique. Pour atteindre les ODD, il sera en effet essentiel d’évaluer toutes les décisions à l’aune des ODD. La révision en cours de la loi sur les marchés publics sera un test clé pour mesurer si la Suisse respecte ses engagements.

L’ONU estime que 3'500 à 5'000 milliards de dollars seront nécessaires chaque année pour la mise en œuvre des ODD dans les seuls pays en développement. Le plan d’action issu de la conférence d’Addis Abeba en juin ne dit malheureusement pas d’où viendront ces moyens. En tant que pays parmi les plus riches de la planète, la Suisse a une coresponsabilité dans le financement des ODD dans les pays en développement. Des domaines comme la santé et l’éducation doivent rester dans les mains de l’Etat. Autrement dit, l’aide publique au développement demeure un pilier important du financement.

Avec l’agenda 2030, la Suisse s’est à nouveau engagée pour une augmentation de son APD à 0,7 pour cent du revenu national brut. En 2014, elle a presque atteint l’objectif de 0,5 pour cent, fixé par le Parlement. Or, à l’heure même où le monde s’accorde sur un agenda ambitieux, elle prévoit déjà de faire des économies sur le dos des plus pauvres et de négliger ses propres engagements.

L’agenda du développement durable est un cadre extrêmement ambitieux. Il reste à démontrer s’il constituera la force de transformation promise. En décembre déjà, les chefs d’Etat et de gouvernement devront prouver à la Conférence de Paris sur le climat s’ils prennent au sérieux cette transformation. Si les pays riches du Nord se refusent une fois de plus à assumer leur responsabilité, les objectifs environnementaux de l’agenda 2030 seront déjà de la maculature.