FSM Dakar (10) : L’Afrique en marche vers un autre monde
C’est par la traditionnelle manifestation que s’est ouvert, dimanche 6 février, le Forum social mondial de Dakar. Un long cortège s’est ébroué dans la ville sur les quatre kilomètres reliant le bâtiment de la radio à l’Université Cheick Anta Diop. Au moins 50'000 personnes y ont participé. Par Isolda Agazzi, Alliance Sud.
L’Afrique s’est mobilisée en masse. Des organisations de femmes, de migrants, pour la souveraineté alimentaire, contre les OGM, pour l’annulation de la dette du tiers monde, de défense des droits humains ont défilé pour réclamer un autre monde. Les partis politiques n’étaient pas en reste, à côté d’une importante délégation marocaine largement composée de Sarahouis et de la délégation suisse, emmenée notamment par le syndicat Unia.
Visiblement, les mouvements sociaux africains ont réussi l’exploit de mobiliser les populations bien au-delà du Sénégal, avec des caravanes convergeant de plusieurs régions d’Afrique. « Cette mobilisation est impressionnante, s’est réjoui Bernard Fragnière, le président d’E-changer, surtout si on pense qu'au Sénégal il y a quelques 12 millions d'habitants, par rapport aux 180 millions du Brésil, où s’est tenu le premier Forum de Porto Alegre, en 2001, et le dernier de Belem, il y a deux ans. »
« Notre espoir, c’est la Tunisie et l’Egypte. Notre préoccupation, c’est la Côte d’Ivoire. Il faut une insurrection pacifique et solidaire», s’est exclamé un professeur d’université venu accueillir les manifestants après une bonne heure et demie de marche. La référence aux révolutions démocratiques des deux voisins nord-africains est sur toutes les lèvres ici et beaucoup prédisent le même destin pour l’Afrique subsaharienne, qui connaît des problèmes semblables et s’apprête à vivre des échéances électorales cruciales – pas moins de 19 élections présidentielles sont prévues en 2011.
L'exemple de la Bolivie
« L’Afrique est un continent riche, pourvu qu’on le laisse déterminer ses politiques ! », a renchéri le Tunisien Taoufik Ben Abdallah, d'Enda Tiers-Monde, au Sénégal, l’une des chevilles ouvrières du Forum.
« Ce Forum doit être un message de mobilisation contre l’impérialisme nord-américain », s’est enflammé le président bolivien Evo Morales, hôte d’honneur du FSM. Rappelant qu’il a été «éduqué dans les forums sociaux», il a appelé à une lutte sociale, politique et culturelle. « Mais pour passer de la résistance à la prise du pouvoir,il faut partir d’en bas, des services de base comme l’eau, le téléphone et l’électricité, qui doivent être publics. »
Rappelant que la Bolivie est à l’origine de la reconnaissance par les Nations Unies de l’accès à l’eau comme un droit humain, Morales a insisté sur le fait que les ressources naturelles ne peuvent pas être aux mains des entreprises étrangères, mais doivent appartenir à l’Etat. Et de donner l’exemple de la Bolivie qui, en nationalisant le pétrole et les hydrocarbures en 2005, a augmenté les réserves publiques de 1'700 millions de dollars à 10'000 millions et a fait passer les investissements publics de 600 à 3'100 millions de dollars.
Isolda Agazzi à Dakar
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