Vous êtes ici : Home Politique de développement Autres sujets FSM Dakar (7) : «L’argent de Dieu» contre l'endettement des paysans

FSM Dakar (7) : «L’argent de Dieu» contre l'endettement des paysans

Publié le: 05. 02. 2011

Pour lutter contre l'endettement dont sont victimes les paysans au Sénégal, des communautés villageoises ont, avec le soutien d'Action de Carême, développé des caisses de solidarité qui octroient des prêts sans intérêt et encouragent les gens à réduire leurs dépenses lors des mariages et autres fêtes religieuses. Par Isolda Agazzi, Alliance Sud.

Pendant la période de soudure – la saison des pluies qui va de juin à octobre et lors de laquelle il n’y a pas de récoltes –, les paysans sénégalais s’endettent. Notamment, l’année scolaire commençant en octobre, ils empruntent à des taux exorbitants pour acheter stylos et cahiers et s’acquitter de la taxe scolaire de 4’000 francs CFA (8 CHF). Ils font alors appel à des marchands qui peuvent leur prêter 5'000 francs CFA en leur demandant de rembourser le double, ou prendre en gage leur champ de mangues qu’ils exploitent parfois pendant des années, sous prétexte que la dette n’est toujours pas remboursée.

Pour lutter contre l’usure et l’endettement, le RECODEF – le Regroupement communautaire pour l’auto-développement de Fissel, une communauté rurale de 27'000 habitants à 140 kilomètres de Dakar –, avec le soutien d’Action de Carême, a décidé de valoriser et adapter des initiatives traditionnelles qui ont fait leur preuve.

Caisses de solidarité

L’association a créé des caisses de solidarité auxquelles les paysans – surtout des femmes – contribuent en fonction de leurs possibilités. Les dons, en nature ou en argent, sont déposés dans une calebasse recouverte d’un foulard. Ils sont strictement confidentiels et anonymes. La caisse octroie des prêts sans intérêt et elle n’accepte pas de fonds extérieurs, afin de préserver son indépendance. Action de Carême assure qu’il existe 167 caisses de ce type au Sénégal, pour un montant total de 19 millions de CFA. L’ONG suisse n’apporte aucun soutien financier, mais elle appuie les villageois dans la gestion de la caisse et l’organisation.

Mais comment se fait-il que les gens n’essaient pas de profiter de l’anonymat en contribuant le moins possible à ce fond commun et en comptant sur ce que donnent les autres? «C’est un système qui repose sur la "zakat", déclare Souleyman Bassoum, directeur d’Action de Carême au Sénégal, une sorte de taxe musulmane dont chacun s’acquitte proportionnellement à son revenu. C’est cette dimension sociale et religieuse qui permet d’éviter les abus. D’ailleurs les paysans l’appellent l’argent de Dieu.»

 
« Août est la période la plus difficile pour la population », continue Khady Sène, l’animatrice du RECODEF assise au milieu des villageois qui nous expliquent le fonctionnement de cet étonnant système de solidarité basé sur la confiance. « Les greniers sont vides et, pour nourrir leur famille, les plus démunis viennent frapper à notre porte. »

Les prêts servent à financer les dépenses de santé, d’écolage et d’alimentation. « Et cela même si les gens n’ont pas renfloué la caisse », continue-t-elle. Une fois nous avons prêté 100'000 francs CFA à une personne qui n’avait pas cotisé, mais elle a remboursé quand même et cela l’a convaincue de participer. »

Réduire les dépenses somptuaires

Elle admet cependant certains problèmes : « Dans notre village il y a trois ménages qui n’ont pas encore contribué. Et dans le comité de gestion, le secrétaire est le seul qui sait écrire et peut attester des montants versés. Le trésorier est analphabète et il ne peut pas contrôler ce que fait le secrétaire. »

Pour compléter ce système de lutte contre l’endettement, les paysans signent des conventions où ils s’engagent à réduire leurs dépenses lors des mariages, circoncisions et autres fêtes religieuses qui peuvent coûter des millions au Sénégal.

« Chez nous, un mariage coûte en moyenne 846'000 francs CFA, nous explique Khady Sène. Aujourd’hui nous avons réduit les dépenses à 260'000 francs CFA. Tous les ménages du village ont signé la convention – sauf les trois qui ne contribuent pas à la caisse de solidarité. Ils se sont engagés à n’égorger qu’une chèvre ou un mouton et à acheter juste assez de riz pour le jour du mariage, mais pas plus. »

Isolda Agazzi à Dakar

Sur le même sujet:
> Voir les autres articles en direct de Dakar

Classification: Afrique , Agriculture
Actions sur le document

Logo Droit sans frontieresSignez la pétition!

La campagne 'Droit sans frontières', dont Alliance Sud fait partie, exige du Conseil fédéral et du Parlement de faire en sorte que les entreprises ayant leur siège en Suisse doivent respecter les droits humains et l’environnement partout dans le monde.Soutenez la campagne et signez la pétition ici ...>>

 
Outils personnels