FSM Dakar (9) : La Charte mondiale des migrants est adoptée
En marge du Forum social mondial 2011 de Dakar, le Forum mondial des Migrants s’est tenu du 2 au 4 février sur l’Ile de Gorée. La Charte mondiale des migrants a été adoptée : libre circulation et libre établissement partout sur la planète. L’utopie est en marche ! Par Jean Rossiaud, délégué des Verts suisses au Parti Vert européen.
La manière dont la Charte mondiale des migrants a été écrite est unique. Elle a été conçue comme un processus de restitution de la parole des migrants.
Lancée au Forum social mondial de Bamako en 2006, la Charte a été élaborée uniquement par des migrants pendant cinq ans, dans des forums sur quatre continents. Gorée – l’Ile aux esclaves, le symbole du cynisme du système colonial, le symbole de la souffrance de la migration forcée, le symbole de la part de honte que l’Humanité garde en elle – a été l’apogée de ce mouvement planétaire. La Charte fait des migrants le sujet historique d’une révolution en marche.
Prendre la parole
Et la première étape – pour les migrants du monde entier - était de prendre la parole ! « Nous, les migrants, quand nous arrivons légalement à notre destination, nous nous faisons le plus souvent discrets ; nous gardons le silence ; nous évitons de nous faire remarquer dans l’espace public, dans l’espoir d’être mieux respectés et accueillis : notre parole est retenue, chuchotée ; elle se développe dans l’espace privé, celui de la famille ou de la communauté. Si c’est clandestinement que nous débarquons, c’est bien pire. Nous savons que nous ne sommes pas bienvenus, que nous ne serons pas accueillis ; nous sommes des "sans droits", des "sans voix" : notre parole est confisquée.»
L’écriture de la Charte mondiale des migrants est la première tentative collective de croiser les différentes expressions des trajectoires, toujours uniques des migrants, dans l’élaboration d’un texte universel et refondateur de la communauté humaine.
La Charte exprime donc la diversité des parcours, mais également la diversité des visions du monde qui ont permis à chacune et à chacun – en son for intérieur - de décider du départ, de supporter l’exil et de trouver les ressources pour s’adapter au monde nouveau, sans nier les racines.
Libre circulation et libre établissement
La libre circulation doit devenir un bien commun de l’humanité. Les principes de la Charte sont simples : libre circulation et libre établissement. L’Humanité ne forme qu’une unique communauté sur terre. Les hommes et les femmes doivent pouvoir circuler librement d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. Ils doivent pouvoir s’installer librement où bon leur semble ou faire des aller-retours entre n’importe quels lieux de la planète. La libre circulation doit devenir un bien commun de l’Humanité.
Le brassage des populations est inhérent à l’histoire de l’humanité. La mondialisation depuis 500 ans a dynamisé ce processus, qui s’est encore accéléré depuis une vingtaine d’années. Le processus de métissage est irréversible, car ce qui s’est mélangé, ne se dé-mélange pas ! Le processus d’hybridation, de multiplication de la diversité, est la richesse même de l’Humanité : sa capacité à faire que 1+1 est toujours supérieur à 2.
La Charte mondiale des Migrants n’est pas un projet de société mondiale : elle est la condition même pour que les débats autour de ce projet soient possible !
La Charte mondiale des migrants est une utopie, dans le sens où elle n’est pas réalisable immédiatement, d’un coup de baguette magique révolutionnaire. Elle est une utopie créatrice d’action, car elle est un outil dont les migrants se saisiront dans leur lutte pour la dignité humaine, partout dans le monde.
Responsabilité des pouvoirs publics
Ce sont les comités locaux qui feront avancer la Charte dans les esprits et dans les lois en fonction des spécificités des pays de départ et des spécificités des pays d’arrivée. La Charte est leur union et leur union sera leur force !
Les Etats devront légiférer pour que les conditions de mise en œuvre de la liberté de circulation et d’établissement soient encadrées par des mesures d’accompagnement qui ne péjorent pas les conditions de vie des populations locales. Les collectivités publiques devront mettre sur pied des politiques publiques pour valoriser la diversité, au profit de chacun et au profit de tous !
La Charte mondiale des migrants est le début d’un processus mondial et des processus locaux, nationaux, régionaux continentaux : on aurait tort de ne pas la prendre au sérieux !
Jean Rossiaud à Dakar
Délégué des Verts suisses au Parti Vert européen et aux Global Greens
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