FSM Dakar (13) : L'université et ses problèmes s'invitent au forum
Nombre d'ateliers n'ont pas pu se dérouler comme prévu dans les locaux de l'université de Dakar, occupés qu'ils étaient par les cours habituels. Alors que des tentes de substitution sont en train d’être montées sur le campus, les étudiants exclus des amphithéâtres et des examens protestent dans la rue contre un système universitaire injuste et arbitraire. Par Isolda Agazzi, Alliance Sud
Les relations avec l’université ont dominé les premiers pas du Forum social mondial (FSM), qui a ouvert ses portes aujourd’hui. Les ateliers prévus ce matin dans les salles de classe n’ont pas pu avoir lieu car les cours étaient en train de s’y dérouler comme si de rien n’était.
« Vous voulez faire un forum sans les étudiants !», nous a reproché un jeune debout sur le pas de la porte. L’ancien recteur s’était engagé à mettre les locaux à la disposition des participants, mais son successeur, entré en fonction il y a quelques mois, «a tout changé et a révoqué son autorisation», nous explique un étudiant en pharmacie assis à la grande table de « La mère des étudiants », une sorte de cantine à l’entrée du campus. «Moi-même, je n’ai appris qu’hier soir que le FSM avait lieu et, malheureusement, je ne peux pas y participer car j’ai des examens dans deux semaines.»
Les organisateurs et les autorités universitaires vont se réunir pour trouver rapidement une solution, d’autant plus que le représentant du recteur a accueilli officiellement les participants hier, leur assurant qu’ils étaient les bienvenus dans ses locaux. En attendant, des tentes sont en train d’être montées pour remplacer les salles. Quelques ateliers très suivis s’y sont déjà tenus ce matin, organisés notamment par des groupements de femmes.
Si dans les amphithéâtres les étudiants sont assidûment penchés sur leurs cahiers, dans le campus d’autres manifestent pour pouvoir y accéder. «Nous voulons être orientés !», scande un groupe de jeunes, profitant de la présence inespérée de médias et représentants de la société civile du monde entier.
« Le Sénégal reconnaît le droit de tout bachelier à s’inscrire à l’université, lance un étudiant en histoire venu soutenir ses jeunes camarades. Mais dans la réalité, nombreux sont ceux qui ne sont pas acceptés sans que cela ait quoi que ce soit à voir avec leurs mérites: de très bons éléments sont exclus, alors que de moins bons sont en train d’étudier en ce moment même. La sélection se fait de façon complètement aléatoire, en fonction d’affinités personnelles. Et les jeunes "non orientés" vont se retrouver au chômage.»
Ces jeunes bacheliers, qui fréquentent pourtant les cours, mais ne peuvent pas se présenter aux examens, promettent de « passer à la vitesse supérieure » dans les jours à venir si le problème n’est pas réglé.
Isolda Agazzi à Dakar

