Solidarité à la carte

Mark Herkenrath, directeur d'Alliance Sud.
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Alors que la terreur s’installe dans les esprits et que la COP21 bat son plein à Paris, comment la Suisse exprime-t-elle sa solidarité avec le monde ? Editorial de Mark Herkenrath, directeur d'Alliance Sud.

Le soir du 16 novembre, le Palais fédéral s’était paré des couleurs tricolores. Un signe important de solidarité avec les victimes des attentats terroristes de Paris. Mais aussi un rappel de son approche sélective. Que feraient le Conseil fédéral et le Parlement pour exprimer leur solidarité avec des victimes au-delà de nos voisins européens ? Le Palais fédéral dans les teintes du drapeau du Mali ou du Liban ? Ou même de Tuvalu, où le changement climatique a déjà des conséquences dévastatrices ? La conférence de Paris sur le climat est un test pour juger du degré de solidarité de la Suisse avec le monde.

Un autre bon indicateur pour mesurer l’attitude de la Suisse envers les populations défavorisées de la planète est le montant de l’aide publique au développement. Depuis quelques semaines, on peut lire sur le site du Départements des affaires étrangères (DFAE) qu’elle a atteint l’objectif de 0,5% du revenu national brut (RNB) fixé par le Parlement – en 2014, c’était même 0,51%. Il n’y a toutefois pas de quoi pavoiser. Même le DFAE a préféré garder pour lui ce résultat en soi réjouissant et a renoncé élégamment à un communiqué de presse.

Le fait est qu’une part considérable des dépenses suisses de coopération est de l’aide fantôme. En 2014, les dépenses internes pour les requérants d’asile représentaient quelque 17% du budget de l’aide bilatérale. Dans d’autres pays, elles ne dépassent pas en moyenne 4 à 5%. Si ces dépenses, dont les pays en développement ne bénéficient en rien, n’étaient pas comptabilisées, l’aide publique suisse au développement se serait élevée en 2014 à 0,44% du RNB.

Le silence du DFAE a encore une autre raison. L’aide au développement est déjà sous pression et va subir une réduction massive dans le budget 2016 ainsi que dans le programme de stabilisation 2017-2019. Elle ne devrait plus s’élever qu’à 0,47% du RNB les prochaines années, coûts pour les requérants d’asile inclus. Cela contredit non seulement la décision du Parlement de 2008 d’augmenter l’aide à 0,5%, mais aussi l’intérêt à long terme de la Suisse à promouvoir un ordre mondial stable et paisible. Il reste le petit espoir que le nouveau Parlement s’en tienne au 0,5% et corrige l’inconséquence du Conseil fédéral.

La volonté de la Norvège, de la Suède et de la Finlande d’utiliser à l’avenir une part croissante de leur aide au développement à l’aide interne pour les requérants d’asile ne va pas faciliter les choses. En Norvège, cela pourrait même atteindre 21%. La différence avec la Suisse, c’est que l’aide publique norvégienne au développement dépasse le 1% du RNB. Même si ces pays nordiques consacraient jusqu’à la moitié de leur aide aux dépenses d’asile, leur coopération au développement – en proportion du RNB – resterait toujours plus élevée que celle de la Suisse dans ses meilleurs jours.

Mark Herkenrath, directeur d’Alliance Sud