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Cancún: pas de raison de se réjouir

Publié le: 14. 12. 2010

Mesurée à l’aune de ce qu’il faudrait faire, la conférence de Cancun a clairement raté le coche. Pourtant, le résultat est meilleur qu’on ne pouvait le craindre car, après l’échec de Copenhague, les attentes étaient réduites à zéro. Rosmarie Bär, experte du climat chez Alliance Sud, dresse un bilan critique.

Jusqu’au dernier jour des négociations, un deuxième désastre à la Copenhague n’était pas exclu. C’est ce qui explique la joie qui a éclaté parmi les délégations épuisées, réunies au « Moon Palace », à l’annonce de l’acceptation de « l’accord de Cancun ». C’est ainsi que s’expliquent aussi les commentaires euphoriques, dont certains ont même osé le qualificatif « d’accord historique ». Mais la sobre appréciation du ministre de l’environnement de la Grenade est plus près de la réalité: « We can say we have left Cancun with something workable ». C’est d’autant plus vrai que « l’accord de Cancun » n’est pas contraignant du point de vue juridique.

Processus onusien renforcé

Même si « l’accord de Cancun » n’arrêtera pas le changement climatique, cette conférence a marqué quelques points positifs. Pour les pays en développement, le plus important est le déblocage du processus de négociation et son renforcement dans le cadre de l’ONU. Avec ouverture, compétence et tact, la ministre mexicaine des affaires étrangères, Patricia Espinosa, a réussi a recréer un climat de confiance mutuelle. Après Cancun, l’ONU reprend mieux en main le dossier de la politique climatique. Cancun a sauvé le multilatéralisme, élément décisif dans la protection du climat. Les voix qui voudraient transférer les négociations sur le climat au G20 - et donc les éloigner des pays en développement - devraient se faire plus discrètes.

Limite des deux degrés acceptée

Un autre élément positif est que dans le papier adopté concernant la convention sur le climat, tous les Etats membres des Nations Unies ont adhéré à l’objectif des deux degrés, seule façon d’éviter le pire. Un deuxième document, qui vaut pour les Etats parties au protocole de Kyoto, renvoie aux calculs de l’IPCC, selon lesquels les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de CO2 de 25% à 40% d’ici 2020. Avec les engagements volontaires pris jusqu’ici par les pays industrialisés, la terre va se réchauffer de 3 à 4 degrés. « L’accord de Cancun » prévoit aussi que, de 2013 à 2015, on examine s’il ne faudrait pas plutôt poser une limite de 1.5 degrés. Cette requête émanait surtout des Etats insulaires et andins menacés.

Les finances, talon d’Achille

A Copenhague, les pays industrialisés ont assuré au Sud un financement additionnel de 30 milliards de US dollars pour la période 2010 à 2012. De plus, ils leur ont fait miroiter un financement à long terme de 100 milliards de US dollars par an à partir de 2020. Il s’agit là de fonds nouveaux et additionnels selon l’accord de Copenhague, qui ne précise pas leur provenance, mais prévoit seulement la création d’un nouveau fonds pour le climat. A ce jour, cependant, les nouveaux montants ne sont arrivés qu’au compte-goutte et il s’agit pour la plupart d’anciens engagements de la coopération au développement qui ont été re-étiquetés en argent pour le climat. 

A cela, Cancun n’a rien changé. Les décisions sont pratiquement des copies de Copenhague. On a pris acte du financement additionnel de 30 milliards pour la période 2010 à 2012. La création d’un « Green Climate Fund » pour le financement de mesures d’adaptation, où devraient confluer 100 milliards de US dollars par an à partir de 2020, a été renforcée. Mais même au Mexique, les Etats n’ont pas répondu à la question de savoir d’où cet argent devait venir.

Protocole de Kyoto en suspens

Le Japon précisément, berceau du Protocole de Kyoto, s’est opposé avec véhémence à la prolongation du protocole, qui expire en 2012. Ce que cela va impliquer pour les engagements de réduction des pays industrialisés après cette date, n’a pas été décidé à Cancun. Le Japon, le Canada et la Russie, qui se sont aussi opposés à une prolongation, ont ainsi pu être maintenus dans la barque des négociations.

Même si l’année prochaine on trouve une solution, entre l’expiration de la première période et l’entrée en vigueur d’un accord de suite, il y aura un vide juridique. Ceci pourrait avoir des conséquences financières fatales, à commencer par les pays en développement. Car si le protocole de Kyoto expire, ses instruments d’économie de marché (commerce des émissions et mécanismes pour un développement propre CDM) perdent aussi leur base légale. Le fonds d’adaptation pour les pays en développement est alimenté, entre autres, par la vente des ces certificats d’émission.  

Une autre question qui n’a pas été réglée est celle des engagements des pays qui ne sont pas parties au protocole de Kyoto. Ceci concerne surtout les grands émetteurs comme les Etats-Unis et la Chine, qui peuvent continuer à miser sur l’engagement volontaire.

Des devoirs même pour la Suisse

Dans son discours à Cancun, la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, a exhorté tous les Etats à renforcer leurs efforts de protection du climat au niveau national. Ne rien faire coûterait plus cher qu’agir maintenant, a affirmé la nouvelle ministre de l’Environnement. Le papier adopté concernant la convention sur le climat exhorte les pays industrialisés à améliorer les objectifs de protection du climat qu’ils ont présentés. Pour la Suisse, cela signifie que le maigre objectif de réduction de 20% d’ici 2020, adopté à ce jour, doit être augmenté à 30%. Cela ne serait même pas particulièrement ambitieux et ne ferait que tenir plus ou moins les prescriptions faites aux pays industrialisés de 25% à 40%. Nous exhortons le Conseil fédéral et le parlement à accomplir ces devoirs dans la révision de la loi sur le CO2 en cours.

Cancun s’est transformé en succès parce qu’il a laissé beaucoup de choses en suspens. La ministre mexicaine des affaires étrangères, Patricia Espinosa, a obtenu l’accord des Etats parce qu’elle a parlé de fonds pour le climat, protection des forêts et objectif des deux degrés, sans les définir de façon précise. Et parce qu’elle a effacé du document final les objectifs concrets de réduction du CO2. C’est ce qui reste à faire urgemment d’ici la prochaine conférence. 

Rosmarie Bär, Alliance Sud

Classification: Climat
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