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Publié le: 20. 06. 2012

Isolda Agazzi d'Alliance Sud et membre de la délégation suisse nous écrit régulièrement des blogs de Rio+20.

Isolda à RioIsolda Agazzi à Rio. (Photo: Philipp Rohrer)
Le vidéo avec Isolda Agazzi se trouve ici...>>

22 juin - Tout ça pour ça?

Des jours et des nuits de négociations interminables. Une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, 50'000 participants mobilisés, une ville où la police est omniprésente, avec hélicoptères qui vrombissent dans le ciel et bateaux militaires qui patrouillent au large… Tout ça pour quoi?

Comme très souvent, dans ce genre de grands sommets onusiens, l’éléphant a accouché d’une souris. Le changement de paradigme nécessaire pour sauver la planète, la reconnaissance de la finitude des ressources naturelles, la tentative d’aller au-delà d’un modèle de développement basé sur la croissance n’ont pas eu lieu.

Il faut être lucide : « Le futur que nous voulons », le document final de la conférence, était peut-être le seul compromis possible au vu de la crise économique actuelle. Mais les ONG sont déçues. A se demander si ces grandes réunions, politiques par définition, sont le lieu adéquat pour changer le monde. Pourtant les militants y ont cru. Les mouvements sociaux et religieux ont proposé de reconnaître les droits de la nature, les droits culturels, l’éco spiritualité. Les gouvernements, eux, ont adopté un document technocratique et sans ambition.

Bien sûr, les pays en développement sont arrivés à ne pas se laisser entièrement emprisonner dans la camisole de force de l’économie verte - ils ont sauvé les meubles, comme on dit. Mais d’un événement pareil, on pouvait attendre plus.

Idéal contre principe de réalité, deux logiques qui s’affrontent. Jeudi, sous une nuée de caméras et de journalistes, la plénière des peuples a rejeté le document, l’accusant d’être « Le futur qu’elles ont acheté. » Elles ? Les multinationales. Car la déclaration finale fait la part belle au secteur privé, sans lui imposer de normes contraignantes. Petrobras, Vale et autres poids lourds n’étaient-ils pas les sponsors officiels du sommet ?

 


19 juin - Les absents ont toujours tort

Viendra, viendra pas ? A la veille du sommet, les spéculations vont bon train sur la participation des chefs d’Etat et de gouvernement.

Visiblement, les leaders européens ont d’autres priorités que le développement durable. A l’exception notable de François Hollande, du président de la Commission européenne Manuel Barroso et du premier ministre russe Dmitri Medvedev, ils ne vont pas faire le déplacement de Rio. Angela Merkel, Mario Monti et David Cameron sont trop occupés à résoudre la crise de l’euro pour passer du temps au chevet de la planète. Barack Obama va aussi bouder l’événement et dépêcher sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton. La grande déception est venue de la Suisse: alors qu’Eveline Widmer-Schlumpf et Doris Leuthard étaient annoncées, la présidente de la Confédération a annulé sa participation hier, faute de suffisamment d’interlocuteurs à sa hauteur ! Comme si les chefs d’Etat et de gouvernement des pays en développement qui, eux, devraient être de la partie, ne valaient pas le déplacement….   C’est donc pour une centaine de leaders mondiaux et 50'000 participants annoncés que les hélicoptères vrombissent au-dessus de Rio et que la police patrouille inlassablement dans une ville devenue étonnamment calme et sûre.

Les leaders des pays industrialisés vont donc briller par leur absence. Sont-ils conscients que nous ne traversons pas seulement la pire crise économique depuis les années 1930, mais aussi une crise climatique et alimentaire sans précédent ? Que si sauver l’économie est capital, la planète court à sa perte si nous ne changeons pas notre mode de production et de consommation ? Que leur vision à court terme est aveugle au cri d’alarme qui retentit dans les couloirs du Rio Centro : nous vivons comme si nous avions une planète et demie à disposition. Si nous continuons comme cela, il nous en faudra deux en 2030 et trois en 2050.

Les chefs d’Etats et de gouvernement du G20 sont pourtant réunis jusqu’à ce soir au Mexique, à six heures d’avion. Ils auraient pu faire facilement un crochet par Rio. Alors, certains espèrent que Dilma Roussef, la présidente brésilienne, ramènera un cadeau dans ses bagages, une surprise… Un engagement arraché à la dernière minute à ses homologues, plus soucieux d’économie que de développement durable ?

 

15 juin - Le Sommet des peuples: retour à l’esprit de Rio

Nul besoin de badge, ni de contrôle de sécurité pour accéder à l’Aterro de Flamenco, lieu mythique où s’est tenu le Sommet sur le développement durable de 1992 et qui, aujourd’hui, abrite le sommet des peuples. De voiture non plus, d’ailleurs: niché en plein cœur de la ville, ce parc idyllique, qui semble enlacer l’une des innombrables baies de Rio, se trouve à un jet de pierre du métro - contrairement au Rio Centro, siège du sommet officiel, qu’il faut une bonne heure et demie pour rejoindre en bus.

C’est donc ici, sous le regard bienveillant du Christ rédempteur – illuminé en vert pour l’occasion – et avec une vue imprenable sur le Pain de Sucre, que les ONG, mouvement sociaux et militants du monde entier se mêlent aux simples badauds carioca pour discuter développement durable, avenir de la planète et agriculture bio.

Sous des tentes blanches disséminées au milieu des arbres, hommes et femmes de tout âge s’arrêtent pour écouter une paysanne africaine venue dénoncer les méfaits du changement climatique et de l’accaparement des terres. Plus loin, ils font halte devant une tente où les indigènes d’Amazonie se mobilisent contre la déforestation qui menace leur symbiose avec la Terre mère. Parés de leurs plus belles tenues, les corps ornés de tatouages, ils improvisent une cérémonie sacrée, rythmée de danses et tambours, qui étoufferaient presque la voix du syndicaliste burkinabé qui s’emporte contre les méfaits des OGM. Bruit des tambours contre vrombissement de la climatisation au Rio Centre…

Peoples summit indigenes

Photo: Philipp Rohrer

Deux mondes si distants et qui, d’ailleurs, semblent s’ignorer superbement. C’est à peine si les délégués sont au courant de l’existence de ce forum parallèle, où les Brésiliens espèrent pourtant rassembler 40'000 personnes par jour ! De leur côté, les représentants des peuples suivent avec inquiétude les négociations officielles. Ils rejettent la marchandisation du monde et ont déjà signé l’arrêt de mort de l’économie verte. Et si le sommet des peuples était le plus fidèle à l’esprit original de Rio ? Mais d’ailleurs, avait-il vraiment eu lieu ici ? Les ONG l’affirment, les gouvernements le contestent…. Un mythe déjà, je vous dis.

 

 

 

16 juin - Les nuits des longs couteaux

 D’un côté des négociateurs gonflés à bloc, qui travaillent jusque tard dans la nuit pour arracher un improbable consensus sur des mots, des bouts de phrases - et dont la diligence, indéniablement, force le respect. De l’autre des ONG et des gouvernements du Sud sceptiques, pour ne pas dire méfiants vis-à-vis de « l’économie verte », ce nouveau mantra censé sortir les pays en développement de la pauvreté - comme, avant eux, les programmes d’ajustement structurel, les objectifs du Millénaire et autres recettes miracle concoctées par la communauté internationale. « L’Afrique n’est-elle pas capable de se soigner par elle-même ? Doit-elle toujours attendre qu’on lui prescrive un médicament de l’extérieur ? » demandait, blasé, le représentant d’une ONG africaine.

Après trois jours de négociations, les Etats n’ont pu se mettre d’accord que sur le tiers du document final de Rio + 20. En cause, une fois de plus, le clivage Nord – Sud, plus béant que jamais. A se demander si les gouvernements attendent ces grands raouts onusiens pour aiguiser les couteaux, régler leurs comptes, jouer le « nous » contre le « vous ». Ou s’il ne s’agit que d’une rhétorique emphatique destinée à décrocher quelques belles promesses, rarement tenues.

Car au-delà des mots et des virgules, le Nord et le Sud s’opposent sur la vision du monde et les responsabilités des uns et des autres : la reconnaissance des principes de Rio 1992, à commencer par la responsabilité commune, mais différenciée; l’économie verte, le transfert de technologies, les moyens additionnels pour le développement durable, la conception même de ce développement. Les pays du Sud ont obtenu que l’économie verte soit considérée comme « l’un des moyens de parvenir au développement durable », et non le moyen principal, comme le voulaient les pays industrialisés. Alors hier, à minuit, les négociations ont échoué.

A quatre jours du début du Sommet, le Brésil, en tant qu’Etat hôte, va proposer un nouveau texte pour essayer de parvenir au moins à quelques résultats tangibles. Les objectifs de développement durable, censés remplacer les objectifs du Millénaire dès 2015, devraient en faire partie. Mais là encore, les Etats ne sont pas d’accord sur le processus qui doit amener à leur élaboration. Malgré toute leur bonne volonté, les nuits des négociateurs risquent d’être encore longues.

Contact: Isolda Agazzi, Alliance Sud

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