Politique climatique: percée ou tergiversations?
Une publication d'Alliance Sud qui analyse du point de vue de la politique de développement les changements climatiques et les négociations pour un accord post-Kyoto.
Quelles sont les relations entre la protection du climat et la politique de développement? Quels sont les effets du réchauffement sur les pays en développement? Quels aspects de la politique climatique internationale et nationale sont le plus controversés? Que convient-il de faire pour protéger les pays pauvres des conséquences du changements climatiques? Comment doit-on financer ces mesures? Quelles sont les revendications au gouvernement suisse?
A toutes ces questions, Rosmarie Bär, responsable du secteur politique climatique à Alliance Sud, répond dans une nouvelle publication.
Dossier no 13, mai 2009 (pdf, 892 Ko)
Introduction de Peter Niggli
Des décisions nationales et internationales d’une importance cruciale pour la politique climatique vont être prises en 2009 et 2010. Ces prochaines années, les pays doivent commencer à réduire durablement leurs émissions de gaz à effet de serre et abandonner les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel). Sinon, l’humanité risque un réchauffement planétaire avec des conséquences incalculables et dangereuses pour la vie de milliards d’êtres humains.
Dans la mesure où les gaz à effet de serre s’accumulent pendant des siècles dans l’atmosphère, les anciens pays industrialisés sont les principaux responsables du changement climatique. Les premières victimes sont, en revanche, les pays en développement: ils souffrent davantage du réchauffement planétaire, ont émis moins de gaz à effet de serre et ne disposent pas de ressources et de capacités suffisantes pour s’adapter aux conséquences du changement climatique. C’est cette situation initiale qui marque et complique les négociations internationales.
La base juridique internationale contraignante en matière de politique climatique est la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1994. Elle prévoit notamment que les pays industrialisés, en tant que pollueurs historiques, doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre avant que les pays en développement ne s’y engagent également. Ainsi, le protocole de Kyoto, qui a été négocié ultérieurement et comporte les premiers engagements de réduction jusqu’en 2012, s’adresse uniquement aux (anciens) pays industrialisés, dont la Suisse. Alors qu’ils avaient participé de façon substantielle à sa conception, les Etats-Unis ne l’ont finalement pas ratifié pour des raisons de politique intérieure.
Depuis 2006, des négociations internationales sont en cours en vue d’un accord post-Kyoto, qui devrait entrer en vigueur après 2012. Elles devraient se conclure à la Conférence sur le climat à Copenhague en décembre 2009. Le nombre important de différends qui subsistent au début de 2009 laisse cependant planer un grand doute sur la possibilité de respecter cette échéance.
Inclure les pays de développement
Pour avoir un véritable sens, le régime climatique post-Kyoto devra inclure aussi les pays en développement, en particulier les pays émergents en pleine industrialisation. Même si leur contribution au réchauffement climatique a été jusqu’à ce jour insignifiante d’un point de vue historique, les émissions de gaz à effet de serre de tous les pays en développement ont triplé depuis 1980 et représentaient la moitié des émissions mondiales en 2005. Cette tendance est à la hausse. Comme ils abritent 85% de la population mondiale, leur contribution aux émissions par habitant reste toujours clairement plus faible que celle des pays industrialisés. Par conséquent, s’ils entendent intégrer les pays en développement dans un accord sur le climat, les pays industrialisés devront faire des concessions significatives.
Le problème du climat figure sur l’agenda politique depuis vingt ans. Cette période a vu se développer une collaboration exemplaire entre scientifiques de tous les pays, dans le cadre de l’ONU. Les connaissances sur les changements climatiques provoqués par les êtres humains ont sensiblement augmenté. Le rapport le plus récent du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui date de 2007, est aussi le plus alarmant. Après des années d’indifférence, il a remis la question du climat au centre de l’attention et de la politique internationales.
Influence négative de la crise économique
L’écroulement des marchés financiers et la crise économique mondiale pourraient influencer négativement les négociations en cours sur le climat. Les lobbies de l’industrie mettent en garde contre les mesures de réduction des émissions, qui pourraient affaiblir la «capacité concurrentielle». Ils ont d’ailleurs déjà convaincu certains gouvernements de mettre la pédale douce. Néanmoins, le retour généralisé de programmes publics de relance pourrait aussi représenter une chance en faveur d’un New Deal vert. Il pourrait être utilisé pour des mesures accélérées d’augmentation de l’efficacité énergétique et la conversion aux énergies renouvelables.
Lueurs d'espoirs
Un point positif pour les négociations sur le climat est le départ de l’administration Bush. Le courant politique, qui tenait le réchauffement climatique pour une fable ou un complot des forces «anticapitalistes», a perdu ainsi son soutien le plus puissant. Il reste encore à voir dans quelle mesure le nouveau gouvernement Obama pourra ou voudra réellement mettre en œuvre sa vision d’une politique climatique forte reste. Les Etats-Unis ne pourront cependant plus, comme dans le passé, bloquer purement et simplement l’avancée des pourparlers.
Un autre facteur positif réside dans le fait que le pétrole n’est plus disponible à des prix trop bas et dans des quantités illimitées. Aujourd’hui, la plupart des experts estiment que les nouveaux gisements ne compenseront plus, d’ici quelques années, l’insuffisance de la production due à l’épuisement des champs pétroliers existants (Peak Oil). Il en résultera ainsi une forte incitation financière à se désengager des énergies fossiles dans les années à venir. La chute du prix du baril suite à l’effondrement de la spéculation sur les matières premières durant l’été 2008 (environ 40 dollars fin 2008 contre plus de 140 dollars en juillet 2008) ainsi que la contraction de la demande de pétrole avec l’actuelle crise économique mondiale poussent cependant certains acteurs à sous-estimer et à ne pas planifier l’augmentation à long terme du prix de l’or noir (il était à 25 dollars après le 11 septembre 2001).
La pénurie future de pétrole et son renchérissement pourraient soutenir une politique climatique efficace et la conversion aux énergies renouvelables. En même temps, il faut cependant craindre que les grandes puissances ne cherchent à s’assurer un accès privilégié au pétrole par la formation d’alliances et, éventuellement, le recours à des moyens militaires. Cela, afin de reporter les mesures d’adaptation.
Finalement, l’évaluation des négociations sur le climat doit prendre en compte le fait que les installations d’énergies renouvelables ont doublé entre 2000 et 2006. La tendance est en forte croissance. Quelques rares pays industrialisés sont leaders dans le domaine – dont l’Allemagne, l’Espagne, les Etats-Unis (grâce à des initiatives locales ou privées) – ainsi que la Chine et l’Inde. La Suisse fait en comparaison figure de pays en développement.
Où en est la Suisse?
Dans sa loi sur le CO2, la Suisse a défini les mesures nécessaires pour respecter les obligations de réduction du protocole de Kyoto. L’accord post-Kyoto exigera de nouveaux engagements, probablement plus radicaux. Ces derniers et les actions qui s’imposent pour les concrétiser font actuellement l’objet de débats de politique intérieure. Une large alliance d’organisations environnementales et de partis politiques gauches-verts a déposé l’Initiative pour le climat en 2008. Celle-ci exige une réduction minimale de 30% des émissions jusqu’en 2020 (par rapport à 1990), essentiellement en Suisse. En décembre 2008, le Conseil fédéral a mis en consultation deux variantes pour une révision de la loi sur le CO2, qui devraient servir de contre-projet à l’initiative. Les moments décisifs seront les consultations parlementaires sur l’initiative populaire et la révision de la loi sur le CO2 en 2009 et 2010, ainsi qu’une éventuelle votation populaire en 2010 ou 2011.
Le document "Politique climatique: percée ou tergiversations?" présente les conséquences du réchauffement climatique, les menaces pour les pays pauvres, les mesures à prendre pour le réduire ainsi que les points de débat en matière de politique climatique nationale et internationale. Il a été élaboré par Rosmarie Bär, responsable de la politique climatique à Alliance Sud.
Contact: Peter Niggli

