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Echec retentissant à Copenhague

Publié le: 21. 12. 2009

La conférence de l'ONU sur le climat de Copenhague a été un échec retentissant. Tel est le bilan de Rosmarie Bär, qui a participé à la rencontre onusienne en tant que représentante d'Alliance Sud et membre de la délégation suisse.

Au milieu du centre de conférences de Copenhague trônait une grosse mappemonde. Pendant les deux semaines de négociations, à chaque fois que j’y passais devant, je voyais les diplomates climatiques prendre la pose pour les photographes. Courbés comme Atlas, ils portaient la terre sur leurs épaules face aux médias de leurs pays: «Regardez, je suis là pour sauver la planète. »

Et maintenant, à la fin de la conférence, ce fiasco. Il ne faut pas se voiler la face: Copenhague est un sommet avorté. Copenhague n’est pas seulement une occasion ratée. C’est l’échec collectif des « dignitaires » politiques les plus haut placés de la planète.

De belles paroles pour rien

Ils sont arrivés avec de belles paroles, des gestes grandiloquents et une posture théâtrale, les 120 chefs d’Etat et de gouvernement. Dans aucun discours n’ont manqué les phrases: «Le changement climatique est le plus grand défi du 21ème siècle ». « Le temps des paroles est fini, maintenant il faut agir. » « Il en va de l’avenir de nos enfants. » « Nous ne pouvons pas échouer. »

Après trois jours et trois nuits de blocage, les trente dignitaires les plus puissants du monde ont mis sur la table des « autres » Etats un papier appelé « Accord de Copenhague ». Pour une protection efficace du climat, ce texte est absolument inutile. Pire encore : ils ont fini par juger eux-mêmes insuffisante la déclaration politique qu’ils venaient de présenter: « Elle ne suffit pas pour lutter contre la menace du changement climatique » a reconnu le vice-négociateur américain. Tellement vrai…. !

Manque de volonté politique

Le bilan est amer. Malgré les mises en garde appuyées de la science que le temps presse, malgré les appels réitérés des pays en développement et des pays insulaires menacés de disparition, la communauté internationale se retrouve les mains vides.

A Copenhague on a raté ce que les 193 pays avaient promis et décidé il y a deux ans à Bali : de reconduire le protocole de Kyoto qui expire en 2012. S’il y avait encore une volonté commune et une confiance mutuelle, aujourd’hui l’égoïsme et la méfiance règnent. Les pays industrialisés, à commencer par les Etats-Unis, n’étaient pas véritablement prêts à couper leurs émissions de façon rapide et drastique. Ils n’ont pas voulu prendre au sérieux leur responsabilité historique pour le réchauffement climatique. Et la Chine ne veut pas « compromettre » son impressionnante croissance économique par un traité de protection du climat.

Le fossé entre pays industrialisés, émergents et en développement était insurmontable. A Copenhague, on a à peine entendu parler de solidarité et justice.
 
Dans les faits, il n’y a pas d’accord contraignant qui pourrait freiner efficacement le changement climatique. Il manque des objectifs de réduction décisifs des pays industrialisés ; il manque le financement pour l’aide aux pays en développement et il manque l’engagement des pays émergents de laisser contrôler les efforts qu’ils ont annoncés.

C’est d’autant plus cynique que, sur le papier, le climat ne devrait pas se réchauffer de plus de 2 degrés Celsius. Pourtant, on n’est pas prêt à adopter les réductions de gaz à effet de serre nécessaires, à court et à long terme. Dit brutalement: la catastrophe climatique est consciemment assumée car, si on continue « comme avant », la hausse de température de trois à quatre degrés est inévitable. Les lois de la physique ne sont pas négociables.
 

Menace de blocage

Maintenant, c’est l’impasse qui menace la politique climatique globale. Le temps est compté. Pourtant, ce ne sont pas les pays qui ont fait blocage qui vont devoir en assumer les conséquences en premier. Les victimes, ce sont une fois de plus les populations pauvres et vulnérables des pays en développement, aujourd’hui déjà particulièrement touchées par le changement climatique. Le représentant d’une île du Pacifique l’a dit de façon percutante : « Copenhague est une trahison des pauvres, une trahison des pays les plus vulnérables, une trahison des petits Etats insulaires et de tous les enfants et petits-enfants de cette planète ».

Les critiques et l’opinion publique mondiale ont visiblement une conscience du problème plus large que la disponibilité de négociation des politiques. C’est pour cela qu’il est si important que la société civile et les ONG, qui se sont mobilisées à Copenhague pour une politique climatique à l’échelle mondiale venant de la base, maintiennent la pression sur leurs gouvernements. Nous n’allons pas non plus décharger le Conseil fédéral de ses responsabilités. La Suisse doit mener dès maintenant une politique climatique qui constitue une véritable contribution à la protection globale du climat. Ce n’est qu’ainsi que la communauté internationale aura encore une chance de trouver le «Nodudgang » qui, à Copenhague, trônait sur la porte d’entrée du Centre des congrès.

Rosmarie Bär, Alliance Sud

 

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