Traité avec la Colombie: droits humains à la trappe
Le 25 novembre 2008, l’AELE et la Colombie ont signé un accord de libre-échange après 18 mois seulement de négociations. La nouvelle est passée presque inaperçue, alors même que le traité, qui couvre de nombreux domaines, ignore les droits humains.
L'accord de libre-échange signé entre l'Association européenne de libre-échange (AELE) et la Colombie a juste fait l'objet d'un bref communiqué de la Confédération sur sa portée très large, qui touche notamment les produits industriels et agricoles, les services, les investissements et la propriété intellectuelle.
Pas un mot en revanche sur les droits de l’homme. La Colombie est pourtant l’un des pays les moins bien notés par Amnesty International, et l’un des plus dangereux pour les syndicalistes. Nombre de syndicats et ONG dénoncent les effets pervers de la politique néolibérale et sécuritaire du président Alvaro Uribe. Au point que le Congrès américain peine à ratifier l’accord signé en 2006 avec la Colombie.
Dans ces circonstances, la Suisse peut-elle signer un tel traité en toute quiétude ? La question est d’autant plus aiguë que le respect des droits humains est l’un des cinq objectifs constitutionnels de sa politique extérieure. La Confédération est aussi active en Colombie dans des projets de promotion des droits humains et d’aide humanitaire, avec un budget de près 7 millions de francs. Il en va dès lors de la cohérence et de la crédibilité de sa politique extérieure.
Certes, l'accord mentionne dans son préambule les conventions internationales en matière de droits de l’homme et de droits fondamentaux au travail. Mais ces références, très générales, ne suffisent pas. La Suisse ne pourrait-elle pas jouer un rôle pionnier, correspondant à l’image «politiquement engagée» qu’elle revendique au plan international, et contribuer de manière constructive à des solutions dans ce domaine ?
Pour Marie-Gabrielle Ineichen, ambassadrice en charge des relations commerciales au Seco, «il n’est pas opportun de lier explicitement les accords commerciaux avec la défense des droits humains. Des discussions sur les liens entre les droits sociaux et le commerce ont lieu au sein de l’administration fédérale et de l’AELE, afin de voir comment les autres pays traitent la question et décider si nous voulons procéder différemment dans le futur».
Pour en savoir plus: Alliance Sud Lausanne

