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Accra: plan d’action favorable à la société civile

Publié le: 02. 10. 2008

Les pays donateurs et en développement veulent plus de transparence et de démocratie pour améliorer l’efficacité de l’aide. C’est le résultat du forum international qui s’est tenu début septembre à Accra. Bilan d’Anne-Sophie Gindroz, responsable du programme d’Helvetas au Mali et déléguée d’Alliance Sud à cette conférence à haut niveau.

En 2005, les pays donateurs et en développement ont adopté à Paris une série de principes pour améliorer l’efficacité de la coopération au développement : les gouvernements au Sud devaient prendre les rênes, alors que les donateurs devaient harmoniser leur aide et l’orienter vers les priorités des pays en développement. Ainsi que l’a révélé le maigre bilan intermédiaire tiré lors de la Conférence de suivi, qui s’est déroulée du 2 au 4 septembre à Accra (Ghana), les donateurs n’ont pas fait grand-chose jusqu’ici. Le plan d’action (Accra Agenda for Action) contient désormais des objectifs plus contraignants. Il corrige également certains déficits de la Déclaration de Paris, qui avaient été critiqués par les organisations de la société civile du Nord et du Sud. Celles-ci étaient représentées à Accra par quelque 80 délégués parmi les 1200 participants à la conférence.

Anne-Sophie Gindroz, quel bilan tirez-vous du Forum d'Accra?

Anne-Sophie Gindroz, Helvetas MaliAnne-Sophie Gindroz: Le plan d'action d'Accra va finalement plus loin que ce que l’on pouvait espérer : il contient des engagements et des échéances. Désormais, les donateurs devront fournir des informations sur les budgets d'aide prévus pour les trois à cinq prochaines années, afin d’améliorer la planification des gouvernements. Ils ont également l’obligation de publier les flux d'aide et toutes les conditionnalités qui leur sont liées, afin de permettre un meilleur suivi de l’usage des fonds par les parlementaires et les organisations de la société civile (OSC). Celles-ci avaient insisté sur cette transparence, préalable à la construction d’un contrôle citoyen.

Une autre avancée est sans doute la reconnaissance de la nécessité d’une appropriation démocratique des processus de développement. D’où les efforts des OSC pour que les parlements et les autorités locales soient expressément mentionnés dans le plan d’action, afin qu’ils soient impliqués dans l'élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques de développement.

Les réactions finales des OSC étaient pourtant mi-figue mi-raisin…

Il est vrai que le plan d’action ignore maintes demandes des OSC. Il n’aborde pas la question de la libéralisation du commerce ou la privatisation des services publics, souvent posées comme conditions par les donateurs. Il permet à ces derniers de continuer à lier leur aide à des achats de marchandises et de prestations qui leur profitent, au lieu de se les procurer dans les pays du Sud et de soutenir ainsi les économies locales.

Le plan d’action reconnaît toutefois les OSC comme des acteurs de développement à part entière.

Oui, mais il ne contient pas d'engagement concret visant à mieux collaborer avec elles. Il faut cependant admettre qu’on est loin du premier projet de texte qui ne contenait qu'une petite phrase sur les OSC comme « acteurs de développement ». La version finale fait référence à plusieurs reprises à la société civile, que ce soit en matière d’appropriation démocratique, de partenariats inclusifs ou d’évaluations indépendantes de l'aide.

Les OSC devront tirer profit de ce plan d’action pour légitimer des revendications telles qu’un accès plus large à l’information et l’ouverture d’espaces de débat sur les politiques de développement (commerce international, dette, évasion fiscale...). Car l’aide seule ne résoudra pas le problème de la pauvreté dans le monde et son efficacité ne saurait être appréhendée que sous l'angle technocratique. Le plan d’action peut donc contribuer à renforcer la position des OSC face aux gouvernements, pour une meilleure prise en compte des besoins des plus démunis.

Le gouvernement suisse entendait surtout s'engager en faveur de l'appropriation démocratique. A-t-il tenu parole?

La Suisse a été très active. Elle a coprésidé avec la Colombie la table ronde sur l’appropriation démocratique. On y a notamment débattu de la prise en compte du niveau local (communes ou régions marginalisées) dans les stratégies de développement. La Direction pour le développement et la coopération (DDC) jouit d’une certaine crédibilité dans ce domaine, dans la mesure où elle est à l’écoute de ses partenaires, favorable à la décentralisation et soucieuse de son ancrage dans les réalités locales. A Accra, la Suisse a proposé de poursuivre les efforts d’appropriation démocratique en définissant des indicateurs pertinents. Je pense qu’il y a pour la coopération helvétique tout un champ d’actions à explorer sur le terrain pour renforcer les processus et institutions démocratiques, en valorisant les complémentarités et en inventant de nouveaux types de partenariat entre agence gouvernementale et ONG.

Propos recueillis par Michèle Laubscher

Publié dans GLOBAL+ no. 29, automne 2008

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