APD suisse 2009: plus d’un cinquième, c’est de la cosmétique
En 2009, l’aide publique au développement de la Suisse a augmenté de 265,5 millions de francs, ce qui correspond à 11%. S’élevant désormais à 2,5 milliards de francs, elle a atteint 0,47% du produit national brut (2008 : 0,44% PNB). Mais un coup d’œil aux statistiques montre qu’une bonne partie n’est que de la cosmétique.
- Presque un tiers de l’augmentation concerne les dépenses accrues pour les requérants d’asile venant de pays en développement. Depuis 2004, celles-ci sont comptabilisées comme aide au développement. En 2009 elles ont atteint le chiffre record de 367 millions de francs, ce qui correspond à 15% de toute l’aide au développement, bien qu’elles n’aient rien à voir avec cette dernière.
- Avec 7%, les remises de dette bilatérales de 177 millions de francs (presque toutes accordées au Togo) pèsent aussi lourd sur la balance (2008 : 107 mio fr). De telles remises ne coûtent rien à la Confédération, ces dettes ayant déjà été effacées depuis longtemps.
- Si on exclut les dépenses pour l’asile et le désendettement, qui correspondent à 22% du total, la Suisse aurait atteint seulement 0,36% du PNB – un peu moins qu’en 2008, avec 0,37%. Dans la réalité, la coopération a augmenté de seulement 111 millions de francs (plus 6%).
- La part du lion de l’augmentation – 80 millions de francs – va au plan multilatéral, notamment à l’agence de développement de la Banque mondiale (IDA), alors que les contributions aux agences de l’ONU ont légèrement diminué. En tout, les organisations financières internationales ont reçu 347 millions de francs, l’ONU 168 millions.
- L’aide bilatérale au développement de la DDC au Sud a augmenté proportionnellement beaucoup moins, à peine de 5 millions de francs. Du côté du Seco, elle a augmenté de 15 millions de francs, dont ont profité l’Egypte, la Colombie et l’Indonésie, des pays qui ne sont pas parmi les plus pauvres.
- L’ensemble de l’aide bilatérale pour l’Afrique (sans remise de dette) a légèrement diminué pour passer de 316 à 299 millions de francs. Les diminutions ont eu lieu surtout chez les pays les plus pauvres (PMA), à savoir la Tanzanie ( - 5 millions de Fr), Madagascar (- 4 millions Fr) ou le Mozambique (-3 millions Fr)
Grâce à cette cosmétique, la Suisse s’en sort mieux qu’avant sur le plan international. Elle se situe maintenant dans la première moitié, à peine en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, qui est à 0,48% du PNB.
Les pays de l’OCDE sont stables
Dans l’ensemble, la coopération au développement des pays de l’OCDE a augmenté, malgré la crise économique, pour s’élever à 119 milliards de US$ (+ 0,7%). En excluant les remises de dette de 2008, l’aide a augmenté de presque 7%.
Des augmentations supérieures à la moyenne ont eu lieu en Norvège et France (+17%), en Grande-Bretagne (+15%), Finlande (+13%) et Belgique (+11%).
Les contributions de l’Autriche (-31%) et de l’Allemagne (-12%) ont beaucoup baissé, à cause de remises de dette moins importantes, de même que celles de pays particulièrement frappés par la crise comme l’Irlande (-19%), le Portugal (-16%) et la Grèce (-12%).
En-dessous de la barre se trouvent les « vieux » 15 membres de l’UE qui, avec 0,44%, sont encore loin de leur objectif de 0,56% pour cette année.
Contrairement à la Suisse, qui met sa priorité dans les institutions financières internationales pour y maintenir son influence, la plupart des pays de l’OCDE augmentent surtout leur aide bilatérale.
Aussi contrairement à la Suisse, ont-ils augmenté leur aide à l’Afrique d’environ 3%, pour atteindre 28 milliards de dollars (dont 25 milliards pour les pays en-dessous du Sahara). Un quart de cela tombe sur les Etats-Unis, qui ont augmenté leur engagement en faveur de l’Afrique de 10% et celui pour les pays les plus pauvres de presque 14%.
Michèle Laubscher, Alliance Sud

