Conférence de Doha: des mots, des mots…
Le 2 décembre 2008 s'est terminée à Doha (Qatar) la 2e Conférence de l’ONU sur le financement du développement. La crise financière et la politique fiscale ont constitué les principaux thèmes de discussion. Malgré une annonce intéressante de la Suisse, le bilan reste très mitigé.
Crise financière. De nombreux pays du Sud ont demandé que les solutions soient discutées à l’ONU et non dans le club exclusif du G20. Au terme de négociations acharnées, ils ont obtenu que l’ONU organise un Sommet sur la crise et ses effets sur le développement. Ils se sont en revanche heurtés au refus américain d’une réforme de l’architecture financière mondiale.
Aide au développement. Le document final reste très vague. Les pays industrialisés se sont refusés à tout engagement contraignant. Les Etats-Unis se sont opposés à la mention que les moyens pour lutter contre le changement climatique doivent venir en plus de l’aide.
Evasion fiscale. Ce fut l’un des thèmes principaux, grâce aux ONG très présentes à Doha. Mais les pays industrialisés ont mis les pieds au mur. Dans le document final, les pratiques fiscales dommageables ne sont plus considérées comme un obstacle au développement.
La Suisse. Elle a été plutôt discrète. Elle s’est opposée à plus de transparence et à un rôle accru de l’ONU dans les questions fiscales. Elle a contribué à ce que le concept de « flux financiers illégitimes », qui renvoie à la soustraction fiscale internationale, ne figure pas dans la déclaration finale. En revanche, Micheline Calmy-Rey a surpris en proposant que les accords avec l’Union européenne relatifs à la fiscalité de l’épargne soient étendus aux pays en développement. Une ancienne revendication d’Alliance Sud.
Suivi. Les pays du Sud et les ONG voient les conférences sur le financement du développement comme un processus avec un mécanisme de contrôle contraignant. Les pays industrialisés cherchent plutôt à en minimiser l’impact. C’est pourquoi, à part Sarkozy, aucun de leurs chefs d’Etat n’était présent, pas plus d’ailleurs que les têtes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. La décision sur le suivi a été renvoyée à la prochaine Assemblée générale de l’ONU.
Markus Brun, délégué d’Action de Carême et d’Alliance Sud à Doha.
Contact: Alliance Sud

