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ODM et droits humains: même combat

Publié le: 23. 06. 2010

En septembre, les Nations Unies vont dresser le bilan des dix ans écoulés depuis l’adoption des Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM). Alliance Sud et Amnesty International demandent à la Suisse de passer à la vitesse supérieure, en adoptant une approche plus contraignante, basée sur les droits humains.

Lors d’un symposium organisé le 22 juin à Berne, qui a réuni environ 150 participants, Alliance Sud et Amnesty International se sont fait l’écho des aspirations présentées par les ONG du monde entier à l’Assemblée générale de l’ONU, le 14 et 15 juin à New York: passer à une approche basée sur les droits humains pour essayer, malgré tout, d’atteindre les ODM d’ici 2015.

Lutte contre l'exclusion

Si l’Amérique latine est, dans l’ensemble, en bonne voie pour atteindre les Objectifs, « les populations autochtones et les afro-descendants continuent à être marginalisés, mais les statistiques ne le montrent pas», s’est inquiétée Natalia CardonaNatalia Cardona, coordinatrice du réseau Social Watch à New York. Dès lors, des éléments clé des droits humains – la lutte contre l’exclusion, la marginalisation et la non-discrimination – deviennent centraux et il incombe à la société civile de demander aux gouvernements ce qu’ils font pour réaliser ces droits.

Les OMD ont déjà le mérite d’exister, mais ils ne suffisent pas. « Les ONG féminines n’y ont pas investi beaucoup d’efforts car, du point de vue des droits des femmes, ils représentent un net recul par rapport à des engagements beaucoup plus ambitieux, comme la Convention sur l’élimination de la discrimination envers les femmes (CEDAW) et le plan d’action de la Conférence de Pékin de 1995 », a-t-elle souligné.

"La pauvreté est partout"

« Prenez l’éducation, a renchéri Megha Abraham, responsable des droits économiques, sociaux et culturels au siège d’Amnesty International à Londres. MDG M.AbrahamsLes OMD visent la scolarité universelle de base. C’est très bien, mais le droit international stipule qu’elle doit être gratuite, de qualité et obligatoire – ce que les OMD ne mentionnent pas. Or, la question de la gratuité est cruciale, notamment pour les filles, les enfants autochtones et ceux issus des minorités. »

Pour Megha, un autre problème réside dans le fait que les OMD se concentrent exclusivement sur la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. « Mais la pauvreté est partout, même en Suisse ! s’est-elle exclamée. Dans les pays européens, les Roms sont confinés dans des habitats informels, sans accès à l’eau potable, l’infrastructure sanitaire, l’éducation et la santé. »  L’objectif sur l’eau est aussi en deçà du droit international: les ODM prévoient uniquement l’accès à l’eau potable, sans se soucier de sa qualité. « Que l’eau qui coule du robinet soit propre ou sale, cela ne concerne par les ODM ! », a-t-elle regretté.

La position de la Suisse

L’après-midi était dévolu à la politique suisse. Les oratrices du matin avaient regretté que Berne refuse l’approche basée sur les droits humains, considérée comme trop contraignante. MDG E. VokralCe qu’Edita Vokral, de la DDC, a implicitement confirmé : pour le sommet de septembre, la Suisse va se concentrer sur quatre thèmes : la lutte contre la pauvreté dans les Etats vulnérables, la promotion de l’Etat de droit, la reddition mutuelle de comptes entre les pays donateurs et bénéficiaires (mutual accountability) et la collaboration avec le secteur privé.

Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud, a pour sa part regretté que les MDG P.Nigglirapports présentés par les Etats en vue du sommet de septembre ne correspondent pas à la réalité – même le rapport suisse. Malgré leurs limites, les ODM ont poussé les Etats à changer leurs priorités budgétaires et à mettre sur pied des plans nationaux. « Mais aujourd’hui ces Objectifs sont remis en question, du moins de façon non officielle – a-t-il souligné. En avril, les ministres africains des finances n’ont pas pu fixer d’objectifs budgétaires en matière d’eau, de santé et d’éducation parce que cela paraissait superflu à certains d’entre eux. » Et au niveau de l’UE, d’aucuns voient l’investissement dans les OMD comme un leurre : « Regardez le succès de la Chine en Afrique, alors que nous, on fait du social ! On devrait insister plus sur l’aspect économique » clament-ils. Pourtant, les ODM sont le seul élément de politique sociale qui reste à l’agenda international depuis l’an 2000. »

Isolda Agazzi, Alliance Sud

Vous pouvez télécharger les textes suivantes:
Caroline Morel, Vice-présidente d'Alliance Sud et directrice de Swissaid, Begrüssung (pdf, 69kB)

Natalia Cardona, Social Watch, New York
"We need Justice Not Business as Usual" (pdf, 89kB)

Meghna Abraham,  Amnesty International, London
Poverty is not inevitable – MDGs and human rights (pdf, 79kB)

Edita Vokral; Vice-directrice de la DDC
Rückblick und Ausblick : die Sicht der Schweiz (pdf, 93kB)

Peter Niggli, Geschäftsleiter Alliance Sud
Zehn Jahre MDG's - und nun? (pdf, 51kB)

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