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OMD: La Suisse a du pain sur la planche

Publié le: 07. 08. 2010

Du 20 au 22 septembre, un Sommet de l’ONU va dresser un bilan de dix années d’Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Il discutera des mesures nécessaires pour en atteindre une grande partie d’ici 2015. La Suisse, qui présidera la conférence et dont les performances restent plutôt maigres, est mise au défi.

OMD 2015Même si le bilan jusqu’ici est mitigé, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) restent réalisables, estime le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon dans 'Tenir les engagements pris', le rapport qu’il a préparé en vue du Sommet de septembre. Pour y parvenir, toutes les parties doivent cependant consentir des efforts énormes. De nombreux pays en développement ne se sont pas suffisamment concentrés sur la lutte contre la pauvreté. Nombre de pays industrialisés n’ont pas assez accru leur aide, ni travaillé de manière crédible à améliorer les conditions-cadre pour le développement. Les crises globales (économico-financière, alimentaire et climatique) causées par le Nord ont anéanti des succès obtenus au Sud.

La Suisse est aussi mise au défi. Certes, elle n’a pas rien entrepris pour les OMD. Plus que d’autres pays, elle a investi dans le développement rural et contribué ainsi à lutter contre la faim (OMD 1). Sa coopération au développement pragmatique, proche des autorités locales et de la société civile, a connu des réussites, notamment dans le secteur de l’eau (OMD 7). Pourtant, le bilan intermédiaire est mi-chair mi-poisson.

Aide au développement insuffisante

Premièrement, la Suisse n’a augmenté que de manière minimale son aide au développement. L’accroissement de 1,5 à 2,5 milliards de francs depuis 2000 (+ 64%) est trompeur. Il est dû pour une grande part à l’inclusion des mesures de désendettement ainsi que des coûts liés aux requérants d’asile dans notre pays. Sans ces dépenses, la Suisse n’aurait pas atteint 0,47% du revenu national brut (RNB) en 2009, mais seulement 0,36% (contre 0,34% en 2000). Si l’on ne prend en compte que l’aide humanitaire et la coopération en faveur des pays du Sud et de l’Est, on arrive seulement à 363 millions de francs d’augmentation depuis 2000 (+ 27%).

Fléchissement de l’orientation vers la pauvreté

Deuxièmement, la Suisse ne réserve depuis des années qu’un quart de son budget total aux pays les plus pauvres. De plus, elle a élargi en 2008 le cahier des charges de la coopération au développement sans lui offrir davantage de ressources. Celle-ci ne doit plus seulement lutter contre la pauvreté, mais aussi s’engager pour une « globalisation au service d’un développement durable ». Du coup, les OMD passent à l’arrière-plan. Ainsi, pour réaliser les OMD, la Direction du développement et de la coopération (DDC) se concentre sur ses pays prioritaires, qui comptent parmi les plus pauvres du monde. Mais en même temps, elle les néglige. Dans quatre cas seulement, en effet, elle a investi les 20 millions de francs par an considérés dans son Message Sud 2009 comme le minimum requis pour contribuer efficacement aux OMD. En revanche, elle intensifie sa collaboration avec les pays émergents comme la Chine et le Brésil au titre d’une « globalisation au service d’un développement durable », notamment dans le cadre du nouveau programme global Changement climatique, doté d’un budget annuel de 20 millions de francs.

Au même titre, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) se retire des pays les plus pauvres pour se concentrer sur les pays en développement plus avancés, avec lesquels la Suisse recherche des relations commerciales plus fortes. Il justifie cette nouvelle orientation par la nécessité de lutter contre la pauvreté aussi dans ces pays. Son aide économique contribue cependant peu à renforcer les régions marginales, les petites entreprises et les femmes.

Or, les OMD ne peuvent être réalisés que si les êtres humains les plus pauvres et les plus vulnérables – notamment les femmes et les populations indigènes – peuvent défendre leurs droits élémentaires. Mais la coopération suisse au développement ne traite les droits de l’homme que comme un thème transversal parmi d’autres, au point qu’ils ne sont promus qu’incidemment et qu’ils perdent de plus en plus d’importance.

Faible cohérence

Finalement, la Suisse a très peu fait pour définir sa politique globale de façon à ne pas entraver le développement social et économique des pays pauvres et de leurs populations. Des progrès ont été réalisés dans la restitution des avoirs de potentats ainsi que dans l’élimination des tarifs douaniers et des quotas pour les biens en provenance des pays les plus pauvres.

Pour le reste, la cohérence en matière de politique de développement n’a guère avancé. Au plan multilatéral et bilatéral, la Suisse défend toujours ses intérêts économiques sans prendre en compte ceux des pays en développement. Elle entrave l’accès aux médicaments par ses brevets et restreint l’utilisation des semences pour les petits paysans. Elle exige la libéralisation des échanges des produits industriels, en ignorant l’importance des tarifs douaniers pour les pays en développement. Les droits de douane génèrent des recettes budgétaires pour lutter contre la pauvreté, promouvoir les industries nationales et créer des emplois.

Les pays en développement sont également les derniers à profiter des progrès récents de la politique fiscale internationale de la Suisse (entraide administrative, échange d’informations). Ils continuent à perdre des milliards de revenus à cause de l’évasion et de la fraude fiscale. Loin de s’ouvrir à leurs besoins, la politique suisse en matière d’immigration ferme les frontières aux personnes du Sud.

La Suisse tente d’empêcher l’accroissement de l’influence des pays émergents et en développement au sein des institutions financières internationales,  ainsi que l’assouplissement des conditionnalités liées aux crédits qui réduisent leur marge de manœuvre en matière de politique économique.

Des engagements accrus

Si elle veut contribuer d’une manière ciblée à la dernière ligne droite de la réalisation des OMD, la Suisse a du pain sur la planche :

  • Des ressources supplémentaires sont nécessaires. La priorité doit être donnée à un accroissement rapide de la coopération au développement à 0,5% du RNB. Les nouveaux moyens doivent être investis en faveur des pays les plus pauvres et des populations les plus défavorisées, en particulier les femmes et les indigènes.
  • Des mesures rapides sont nécessaires pour améliorer la cohérence en matière de politique de développement (voir interview en p. 8). En particulier, la collaboration avec les pays en développement doit être améliorée dans les questions fiscales. La lutte contre la fraude fiscale par les riches individus ou les grandes entreprises doit être renforcée.
  • La concrétisation des droits de l’homme doit figurer au centre de la coopération au développement, mais aussi de la politique suisse auprès des organisations multilatérales et dans les négociations internationales et bilatérales. 

Michèle Laubscher , Alliance Sud

Cet article est paru dans GLOBAL+ no. 36, été 2010 

 Pour en savoir plus:

 > OMD et droits humains - même combat (Séminaire d'Alliance Sud et d'Amnesty International du 22 juin 2010)
> Rapport 2010 de la Suisse sur les OMD
> Dossier électronique du Centre de documentation sur les OMD

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