Budget du développement sous pression

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Le budget de la coopération suisse au développement ne fait pas que diminuer. Il sert aussi de self-service pour des intérêts autres. Editorial de Mark Herkenrath, directeur d'Alliance Sud.

Fin septembre, l’ONU a avalisé l’agenda 2030 pour un développement durable. Un catalogue d’objectifs ambitieux, qui doit conduire d’ici 15 ans non seulement les pays en développement, mais aussi l’ensemble du monde sur la voie d’un futur socialement et écologiquement durable. La Suisse officielle se vante d’avoir contribué avec succès à l’élaboration de ce programme et promet de participer activement à sa mise en œuvre.

Cet apparent bel engagement est cependant totalement contredit par l’intention du Conseil fédéral de réduire fortement les moyens de la coopération au développement. Son projet de budget 2016 prévoit des coupes claires d’environ 85 millions de francs dans l’aide au Sud et à l’Est. Selon les processus en cours, les crédits-cadres pour la coopération internationale 2017-20 ne devraient guère apporter d’améliorations : l’aide publique au développement devrait rester en-deçà du 0,5 pour cent du revenu national brut exigé par le Parlement. Cela, malgré des coûts croissants pour les requérants d’asile, que la Suisse – comme chacun sait sur la scène internationale – comptabilise comme aide.

A l’origine, l’aide humanitaire devait aussi être revue à la baisse. Le Conseil fédéral est cependant revenu sur cette décision funeste. Il a annoncé récemment qu’il voulait dépenser en 2015 et 2016 quelque 70 millions de plus que prévu pour des mesures humanitaires et de promotion de la paix dans la lutte contre la catastrophe actuelle en matière de réfugiés. La mauvaise nouvelle, c’est qu’une partie de ces engagements se fera sur le dos de la coopération au développement à long terme. Le budget de cette dernière se ratatine donc encore davantage. A l’évidence, le Conseil fédéral ne voit rien de mieux que de financer la nécessaire aide d’urgence au détriment de la lutte contre les causes de la pauvreté et de la détresse.

Le budget de la coopération suisse au développement ne fait pas que diminuer. Il sert aussi de self-service pour des intérêts autres. Il est utilisé sans ménagement pour le financement du climat et de plus en plus pour la promotion des exportations. Si tout se passe selon les vœux du Conseil fédéral, il devrait financer l’adhésion de la Suisse à la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) – une adhésion souhaitable en termes de politique économique, mais très discutable du point de de vue de la politique de développement.

Le directeur de la DDC Manuel Sager, qui nous a accordé un entretien dans ce numéro, regrette certes que de tels abus menacent la qualité reconnue de la coopération au développement de la Suisse. Il agit cependant comme un compatriote très gentil et loyal. Si loyal qu’il préfère ne pas se mouiller dans les luttes politiques pour le partage du gâteau. Selon lui, c’est l’affaire de la politique et non de l’administration de protéger la coopération publique au développement contre les saignées financières. D’autres offices fédéraux se montrent là beaucoup plus offensifs.

Alliance Sud a beaucoup de travail (de conviction) devant elle. Comme nouveau directeur du « think-and-do-tank » des organisations suisses de développement, je me réjouis de ce défi. Nous ne manquons pas en effet de bons arguments.

Cet article a été publié dans GLOBAL+, automne 2015