Économiser pour ceux qui restent à la maison

Remissen; Rimessen; Rücküberweisung
Nettoyage d'un wagon dans la halle d'entretien des CFF à Oberwinterthour.
Article global
En 2014, les transferts de fonds des migrants ont atteint un nouveau record : près de 600 milliards USD ont été envoyés vers des pays d’origine. Mais les données disponibles sont opaques et le débat sur les avantages s'avère complexe.

Depuis le passage au nouveau millénaire, les envois de fonds des migrants dans leurs pays d’origine ont augmenté de 126 à 575 milliards USD par an. En 2016, plus de 450 milliards de ce montant total ont été envoyés dans des pays en développement. Mais seul un faible pourcentage était à destination des pays les plus pauvres et les moins avancés (13.9 et 38.2 milliards respectivement). De manière plutôt surprenante, seule la moitié des transferts provient de pays industrialisés et 34% sont des transferts entre pays de l’hémisphère sud (voir les diagrammes). Dans son rapport « Sending Money Home », le Fonds international de développement agricole (FIDA) se concentre sur les virements des pays industrialisés vers les pays en développement. Les autres chiffres du présent article se basent en grande partie sur ce rapport.

Il n’est pas surprenant que les pays les plus densément peuplés fassent également partie des nations destinataires majeures des transferts de fonds. Les plus petits pays reçoivent certes des montants moindres mais, proportionnellement, ces transferts contribuent parfois jusqu’au tiers de leur produit intérieur brut (PIB). Le Népal, le Liberia et le Tadjikistan en dépendent dans une mesure particulièrement élevée. On constate l’énorme importance de ces virements à l’exemple de l’Égypte. Ces derniers font plus du quadruple des recettes publiques liées au canal de Suez.

Une attention grandissante est donc vouée aux transferts de fonds dans le débat sur le financement du développement. L’ONU estime que la mise en œuvre de l’Agenda 2030 de développement durable exige 5’000 à 7’000 milliards USD par an. 450 milliards sous forme de transferts financiers peuvent, dans ce contexte, apporter une contribution bienvenue. Mais face à ces apports, il faut aussi mettre les sorties de capitaux sur l’autre plateau de la balance. Global Financial Integrity a par exemple estimé les flux financiers déloyaux provenant de pays en développement à 1’100 milliards USD en 2013. Ces sorties de capitaux équivalent donc à plus du double des apports constitués par les transferts de fonds des migrants.

Comment l’argent est-il utilisé ?

Des études portant sur l’utilisation de virements de parents émigrés montrent que l’ampleur de tels transferts financiers est relativement stable et réagit moins fortement aux crises financières ou à une conjoncture économique en baisse que d’autres flux financiers. De toute évidence, les migrants coupent d’abord dans leurs propres dépenses avant de réduire les montants de leurs virements à leurs proches. Ils aident donc, en période de crise surtout, à affronter les aléas de la conjoncture. En plus de servir aux dépenses générales des ménages, cet argent est fréquemment alloué à la formation des enfants ou investi dans une activité commerciale propre. Pour les avantages en termes de développement, il est pertinent de savoir si les investissements et la consommation portent plutôt sur des biens importés ou s’ils encouragent l’économie locale. Les virements financiers peuvent donc, suivant le contexte, avoir une incidence positive ou négative sur le développement économique local. Lorsqu’il est possible de compter sur des virements réguliers et constants, un retrait du marché du travail peut se produire, car aucun revenu supplémentaire n’est nécessaire pour maintenir un certain niveau de vie. Selon une hypothèse positive, le travail des enfants s’en trouve réduit.

Suivant le contexte, des virements de fonds depuis l’étranger couvrent cependant simplement les besoins quotidiens les plus urgents et devraient être imputés à l’aide d’urgence ou à la reconstruction plutôt qu’au financement du développement. Après le typhon Hainan, la population des Philippines a, par exemple, largement bénéficié de la solidarité de la diaspora.

La détresse des uns fait l’affaire des autres

Les activités liées aux transferts de fonds des migrants font gagner des sommes colossales. En moyenne, les coûts d’un virement de 200 USD ont baissé de plus de 15% à 7.5% ces deux dernières décennies, avant de stagner à ce niveau. Dans ce contexte, la communauté internationale s’est fixée en 2015 pour objectif de réduire les frais de transaction à moins de 3% dans le cadre de l’Agenda 2030 de développement durable. Des bureaux de transfert comme Western Union ou Money Gram permettent chaque année plus de 2 milliards de virements pour lesquels ils facturent près de 30 milliards USD. En particulier les transferts dans des pays dotés d’une piètre infrastructure financière, insuffisamment connectés aux réseaux bancaires internationaux, sont soumis à des coûts de transaction excédant 20%. La Suisse fait partie des pays les plus chers au monde pour des transferts financiers vers la Serbie et le Sri Lanka – donc vers des pays ayant d’importants groupes de leur diaspora dans notre pays. Pour transférer 200 francs, des frais de près de 30 francs suisses, soit de 15% sont versés en Suisse. Les virements dans des pays musulmans sont de manière générale grevés de coûts élevés. Certaines banques excluent ces paiements, car elles redoutent les charges liées au respect des lois sur le financement du terrorisme. Aussi les migrants doivent-ils opter pour des canaux disponibles formels plus onéreux ou pour des canaux informels.

Le débat sur les avantages en termes de développement doit aussi prendre en compte les possibilités de revenus dans le pays de destination et donc l’accès au marché du travail. On connaît, partiellement du moins, les conditions scandaleuses dans lesquelles les migrants économiques d’Asie travaillent dans les émirats du Golfe. Mais les conditions ne sont pas toujours roses chez nous non plus. Nombre de travailleuses du sexe ou d’employées domestiques au noir par exemple envoient régulièrement de l’argent à leurs familles.

Pour accroître la valeur des rapatriements de fonds dans les pays d’origine des migrants en vue d’un développement durable, les choses doivent évoluer sur trois plans : les taxes doivent baisser au-dessous des 3% convenus, les migrants économiques doivent gagner un salaire minimum vital et les migrants doivent avoir accès au marché régulier du travail.

Sources :  
Sending Money Home: Contributing to the SDGs, one family at a time. IFAD, 2017  
Migration and Remittances Factbook 2016, World Bank

 

Aide au développement privée
 

es. Les transferts de fonds des migrants sont généralement imputés à la coopération au développement privée. Mais les données disponibles sont opaques et se fondent souvent sur des estimations. Les avantages de ces virements en termes de développement dépendent dans une large mesure du contexte. La Banque mondiale est la source principale de données. Elle fonde ses calculs sur des informations des banques centrales et des autorités statistiques nationales. Ils comprennent notamment des paiements à du personnel étranger (ambassades, organisations onusiennes, entreprises étrangères, par exemple). Cette définition ne correspond pas à la compréhension courante des virements de migrants à des proches dans leur pays d’origine. Les paiements via des canaux informels ne sont en outre pas pris en compte dans les estimations. Les chiffres donnent donc une image déformée, surestimant les transferts de fonds de migrants au sens strict (pays avec une forte présence de l’ONU ou comptant de nombreuses sociétés étrangères) ou les sous-estimant.

Pays avec le pourcentage le plus élevé des transferts de fonds dans leur PIB en 2015 :
Népal                  32%
Liberia                31%
Tadjikistan          29%
Kirghizistan        26%
Haïti                   25%
Moldavie            24%

Près de la moitié du total des transferts de fonds vers les pays en développement provient de ces 10 pays :
États-Unis, Arabie saoudite, Russie, Émirats arabes unis, Allemagne, Koweït, France, Qatar, Grande-Bretagne et Italie.