L’échec de la politique de l’autruche

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Les requérants représentent actuellement un pourcentage de quelque 0.9% de la population résidente en Suisse. Malgré ça, la « crise des réfugiés » échauffe les esprits. Un rappel de quelques chiffres qui devrait permettre de calmer cette discussion.

« Personne ne quitte sa patrie et sa famille juste comme ça. Tu dois être tellement désespéré que cela t’est égal de te noyer en Méditerranée. L’essentiel est d’avoir essayé de trouver une existence digne d’être vécue quelque part ailleurs ».

C’est par ces mots qu’une connaissance m’a expliqué, il y a une année, les raisons qui l’avaient poussé à quitter sa patrie en Afrique du Nord pour venir en Suisse. Il y a quelques mois, il a été expulsé.

Depuis, plusieurs centaines de réfugiés, dont de nombreux enfants mineurs non accompagnés, tentent presque chaque jour de traverser la frontière suisse à Come, dans l’espoir de trouver refuge en Suisse ou de poursuivre leur voyage vers l’Allemagne ou les pays scandinaves. Comme nous le savons tous, rares sont ceux qui parviennent à traverser la frontière.

À la mi-2016, 33'000 requérants d’asile se trouvaient en Suisse. Auxquels viennent s’ajouter un peu plus de 73'000 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés et les personnes admises à titre provisoire. Ces personnes représentent actuellement un pourcentage de quelque 0.9 pour cent de la population résidente en Suisse. 

Malgré cela, la « crise des réfugiés » échauffe les esprits. Le rappel de quelques chiffres devrait permettre de calmer cette discussion.

Premièrement : Selon les données de l’ONU, il y aurait aujourd‘hui dans le monde plus de 65 millions de personnes qui fuient la guerre, la persécution politique ou une absence de perspectives économiques. De ce chiffre, 40 millions sont des « déplacés internes » qui sont restés dans leur pays. Pour les régions des pays qui ont été jusqu’à présent épargnées par les conflits, cela représente un défi énorme. Sans soutien extérieur, l’instabilité et la pauvreté menacent également ces régions.  

Deuxièmement : De l’ensemble des plus de 20 millions de réfugiés qui ont quitté leur pays, moins d’un cinquième a fui dans les pays développés. Plus de 80 pour cent ont trouvé refuge dans d’autres pays en développement, un quart même dans des pays qui sont parmi les plus pauvres de la planète. A titre d’exemple, plus de 350'000 réfugiés vivent actuellement au Tchad, ce qui représente quelque 2,6 % de la population de ce pays. Au Liban, les 1.2 millions de réfugiés représentent 18,3 pour cent de la population résidente, soit 18 fois plus qu’en Suisse.

Troisièmement : Des pays en développement semblent avoir moins de difficultés que nous à intégrer les réfugiés étrangers. Par exemple, l’Ouganda abrite actuellement environ un demi-million de personnes réfugiées. Derrière l’Éthiopie et le Kenya, c’est le troisième pays d’accueil en Afrique. Les personnes au bénéfice du statut de réfugiés obtiennent un lopin de terre agricole, le même accès aux services publics que la population locale, un permis de travail et le droit de créer leur propre entreprise. Ici aussi, le pays a besoin du soutien de la communauté internationale pour faire face à la pression que représente l’immigration sur l’infrastructure publique.   

Il est difficilement compréhensible qu’une grande partie du Parlement suisse souhaite financer les dépenses croissantes pour les requérants d’asile dans notre pays par le biais de réductions de la coopération au développement. Il devrait au contraire être clair que des pays pauvres qui accueillent sensiblement plus de réfugiés que nous, auraient plus besoin que jamais de notre aide.