Faut-il payer la dette ? / no. coord. par Renaud Lambert

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Qu’est-ce que la dette ? Comment naît-elle ? À quoi sert-elle et à qui sert-elle ? Voici certaines des questions auxquelles s’emploie à répondre cette nouvelle livraison de « Manière de voir », qui consacre un chapitre entier à l’interrogation qui hante les populations européennes depuis la crise de 2010 : faut-il vraiment la payer ?
Certaines évidences dissimulent un laborieux travail de construction. Il y a cinquante ans, l’idée que les États devraient se financer sur les marchés en se pliant aux conditions fixées par des investisseurs soucieux de faire fructifier leur fortune aurait semblé saugrenue. Au fil des discours politiques et des analyses d’« experts » médiatiques, elle s’est néanmoins imposée comme naturelle.
La dette n’est pas apparue avec la crise qui a balayé les pays européens à partir de 2010. Elle a ravagé les pays du Sud au cours des années 1980 et, à plusieurs reprises, facilité les efforts du « mur de l’argent » pour étouffer la gauche au cours du XXe siècle. Connus depuis l’Antiquité, ses méfaits avaient alors conduit à imaginer des solutions efficaces pour libérer la société du monstre qu’elle avait créé.
Lorsque éclate la crise des « subprime », en 2007, le système financier international semble sur le point de s’écrouler. Tout comme les États-Unis, les nations européennes interviennent pour préserver leurs banques : l’« argent magique » coule à flots. Quelques années plus tard, la dette privée des établissements financiers s’est muée en fardeau public : les banquiers ont été sauvés, les populations sacrifiées.
Rembourser la dette relèverait d’une exigence morale et d’une nécessité économique. L’histoire montre toutefois que les professeurs de vertu d’aujourd’hui n’ont pas hésité, hier, à justifier le non-remboursement de certains emprunts. Quant à la crainte de ne plus avoir accès aux marchés financiers en cas d’annulation de certaines créances, elle omet qu’il existe d’autres façons de financer l’État. [Ed.]