Migrants : dépasser les catégories / Christian Mellon... [et al.]

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Qui ne connaît un temps d’hésitation au moment de choisir un adjectif ou un substantif pour désigner une personne « venue d’ailleurs » ? Vais-je dire migrant, réfugié, étranger, demandeur d’asile, exilé, sans-papiers, expatrié… ? La question ne mériterait pas un dossier de la Revue Projet s’il ne s’agissait que d’exactitude lexicale ! Mais chacun perçoit que toute application d’une catégorie à une personne a d’importants enjeux : juridiques, politiques, sociaux, relationnels, culturels, etc.
D’aucuns objecteront que nous sommes tous, tout au long de notre vie, mis dans des catégories. Pour la bonne gestion d’une société, il est utile que chacun sache qui est majeur ou mineur, marié ou célibataire, actif, retraité ou chômeur, citoyen ou étranger, malade ou bien portant, etc. Mais, quand il s’agit de personnes dont une partie de l’opinion perçoit la présence comme problématique, voire illégitime, il importe de s’interroger sur les conséquences concrètes de telles assignations lexicales : les termes sont-ils pertinents ? N’ont-ils pas des connotations cachant des jugements de valeur ? Respectent-ils la manière dont les personnes se perçoivent elles-mêmes ? C’est parce qu’il y a, en ce domaine, derrière toute assignation, d’évidents enjeux de justice, de dignité, de solidarité (parfois même de vie ou de mort, physique ou sociale), qu’un dossier de la Revue Projet se justifie pleinement.
Une question de justesse. Les catégories, nécessairement définies de manière générale, sont de plus en plus en décalage par rapport aux réalités. Tous les experts l’ont noté pour la catégorie « réfugiés », qui ne peut tenir compte de la grande diversité des situations contraignant à l’aventure migratoire.

Une question de justice. Mobilisées d’un point de vue politique, les catégories servent à accorder des droits aux personnes, à les limiter, voire à les refuser. Quiconque a rencontré un demandeur d’asile le jour où il a reçu la réponse de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) le sait bien !
Une question de respect. Ce qui porte atteinte à la dignité d’une personne, ce n’est pas de la mettre dans une catégorie, c’est de l’y enfermer. Savons-nous encore rencontrer des personnes sans penser à leur statut juridique ?
Ces questions traversent l’ensemble de ce dossier. S’il expose et dénonce clairement les erreurs, dénis de justice, aveuglements, manipulations politiques opérées par le jeu des catégorisations, il montre aussi qu’une marge de liberté est ouverte à celles et ceux qui s’affranchissent des catégories pour considérer que tous habitent un même espace (comme le font certaines villes). Dans la rencontre, les catégories se dissolvent et les regards changent. Peuvent alors se développer des relations de justesse, de justice et de respect. [Ed.]