Coronavirus : impacts mondiaux

9.4.2020
E-Dossier
Tour d'horizon des conséquences de la pandémie

En quelques semaines, le Coronavirus, ou covid-19, est devenu le sujet de préoccupation principal de tou.te.s. Les Etats, les populations, les employeurs, les employé.e.s, personne n'échappe à la crise mondiale monumentale engendrée par la pandémie et aux conséquences encore inestimables engendrées par des mesures radicales : 3 milliards de personnes confinées, soit la moitié de la population mondiale ! En plein cours, en pleine urgence, la crise ne laisse pour le moment que des questions grandes ouvertes.

Organisations internationales

Alors que chaque pays doit répondre au virus selon son contexte, forcément propre et reflétant les inégalités de toujours (richesse, densité de la population, ruralité, qualité du système de santé, démographie, ...), les organisations internationales sont sollicitées pour assurer le suivi de la coopération internationale et la transmission des informations, indispensables pour tenter de répondre aux effets collatéraux mondiaux des mesures prises au niveau national. Mais il semble qu'on attend d'elles encore tout autre chose : le contrôle politique. 

Organisations internationales : le spectre d'une hégémonie chinoise se concrétise, The Conversation, 21 avril 2020

La crise du coronavirus, une "épreuve décisive pour l'ONU", Swissinfo, 20 avril 2020

Ce que la suspension du financement de l'OMS par Donald Trump signifie pour le monde, The Conversation, 15 avril 2020

Autres articles d'actualité sur : le rôle de l'ONU, du Conseil de sécurité et de l'OMS dans la crise du coronavirus

Géopolitique, conflits et multilatéralisme

Après un premier temps de réactions très unanimes, les tensions entre les grandes puissances sont de retour et les récupérations politiques de la crise vont bon train. Entre des Etats-Unis en pleine campagne électorale, une Chine qui, confrontée à des critiques virulentes à l'externe comme à l'interne, essaie de renforcer son leadership mondial, une Russie en plein processus contesté de changement constitutionnel et une Europe qui veut à la fois regagner le coeur des Européens et se positionner sur le plan mondial, les grandes puissances cherchent comment sortir et éventuellement tirer parti d'une crise qui les met fortement à mal et exacerbe les tensions internes et mondiales. 

Dans les pays qui étaient déjà en conflit avant la pandémie, les populations sont évidemment encore plus vulnérables. L'ONU a appelé à un cessez-le-feu mondial.

Dans tous les cas, les Etats sont soudainement remis en avant, ce sont eux qui sont aux commandes. Les populations en attendent une protection absolue contre les risques sanitaires d'une part et contre les risques économiques d'autre part et leur reconnaissent une autorité accrue. Après de longues décennies dirigées par le secteur privé et un élan vers la mondialisation, assiste-t-on à un retour de la politique national(ist)e au-devant de la scène?

Le multilatéralisme est en effet très discuté. Dans son volet économique, il est identifié comme une partie de l'explication de l'ampleur de la crise actuelle (globalisation, optimisation et réduction des marges), et en même temps, le maintien de l'ouverture des frontières et de la circulation des biens et des personnes est reconnu comme indispensable pour l'approvisionnement sanitaire et alimentaire. Dans son volet politique, le renforcement de la politique étatiste affaiblit la marge de manoeuvre des organisations internationales alors que dans le même temps, on leur reconnaît un rôle incontournable dans la résolution de la crise (coopération internationale; régulation des conflits; arbitrages commerciaux; coopéraion scientifique; solidarité internationale).

L’Observatoire Géopolitique du Covid-19, Le Grand Continent

Penser l'après : La géopolitique du monde qui vient, The Conversation, 15 mai 2020

COVID-19 Géopolitique du monde qui vient, Diploweb : la Revue géopolitique, 29 avril 2020

Le virus a-t-il vraiment ramené l'Etat-nation au centre du jeu? Vox Europ, 31 mars 2020

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Economie mondiale, inégalités et développement

La crise sanitaire impacte fortement l’économie mondiale et semble déjà redistribuer les cartes. S’il est encore trop tôt pour savoir quel impact réel cela aura sur notre monde globalisé, aucun marché ne semble pour l’instant épargné. Que soit la finance, l’industrie, le commerce ou encore le travail, tous se heurtent aux limites d’un système fragilisé par la crise. Les inégalités se révèlent et se renforcent à l’intérieur des pays, le chômage augmente, la mobilité diminue et tout cela au Nord comme au Sud. La crise ralentit fortement l’activité économique et questionne notre rapport à la mondialisation et à la croissance en révélant l’interconnexion et la dépendance des Etats aux marchés économiques. La crise signerait-elle l’effondrement du capitalisme ?

Coronavirus : la mondialisation malade de ses crises, Le Grand Continent, 23 mars 2020

Coronavirus : triple peine pour le secteur informel, Alternatives économiques, 9 avril 2020

Covid-19 : double peine économique en vue pour les pays en développement, The Conversation, 19 avril 2020

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Energie et environnement

L’impact positif sur le climat et la baisse de la pollution figurent parmi les premières conséquences du ralentissement de l’activité mondiale dû à la pandémie. L’arrêt des activités les plus polluantes, notamment les transports, a provoqué une baisse des émissions de gaz à effet de serre. En outre, le secteur pétrolier subit actuellement un choc inédit, aggravé par la pandémie, avec une forte baisse de la demande et la chute du prix du baril. Plusieurs acteurs se demandent alors si la crise sanitaire ne serait pas le coup de grâce porté au secteur énergétique, en particulier aux industries des énergies fossiles, et que la situation encouragerait à une transition rapide vers les énergies renouvelables. Si le contexte semble favorable, rien n’est pourtant moins sûr puisque la pression des industriels se fait déjà sentir sur les Etats prêts à soutenir les grandes entreprises polluantes et peut-être faire l'impasse sur les normes des politiques climatiques en vigueur. Ainsi la transition énergétique sera d’autant plus difficile à entreprendre dans des économies en récession.

Si la transition et l’impact sur le climat restent encore à vérifier, la crise sanitaire est sans aucun doute l’occasion de repenser notre rapport à notre environnement car il paraît évident que les activités humaines sur la nature semblent être à l’origine de l’émergence de nouvelles pathologies. La destruction des écosystèmes et de la biodiversité favorisent et accélèrent l’apparition et la propagation de nouveaux virus.

Covid-19 : l'effondrement du baril de pétrole pourrait précipiter la fin du gaz de schiste, Socialter, 25 mars 2020

Le Covid-19, bon pour le climat ? Rien n'est moins sûr, Slate, 10 avril 2020

Virus: quand les activités humaines sèment la pandémie, The Conversation, 13 avril 2020

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Démocratie et information

L'autorité accrue des Etats en période de crise laisse craindre une réduction durable des libertés individuelles, du moins dans certains pays. Les vies individuelles sont bouleversées par les mesures restrictives en termes de mobilité, d'activité professionnelle, de vie familiale et d'équilibre personnel; les liens sociaux sont plus que distendus. Le repli vers les réseaux sociaux, véritables silos informationnels et réservoirs à fake news, accentue l'anxiété, les divergences et les tensions sociales. 

Les libertés fondamentales, consubstantielles à la démocratie, sont également en suspens : le droit de se réunir et celui de manifester sont suspendus en raison des mesures de distanciation sociale; la liberté d'expression et d'opinion est mise en danger par les solutions de traçage par smartphone, qui impliquent une réduction de la protection de la vie privée et l'instauration d'une surveillance organisée.

Dans ce contexte, des médias forts, indépendants et de qualité sont plus que jamais nécessaires. Malheureusement, leur situation économique, déjà fragile avant la crise, ne s'améliore pas. Dans le monde entier, les bibliothèques, garantes de l'accès à l'information pour tou.te.s sans discrimination, tentent de répondre comme elles le peuvent aux besoins de leurs usagers, mais la fermeture imposée de leur locaux rend l'accès à l'information difficile, surtout pour les populations sans accès aux services en ligne.  

Comment la pandémie affecte les démocraties du monde entier, Swissinfo, 31 mars 2020

"En tuant le coronavirus, nous ne devons pas aussi tuer la démocratie", Euronews, 10 avril 2020

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Migration

Trois pays sur quatre, soit plus de 90 % de la population mondiale, ont décidé des fermetures partielles ou complètes de leurs frontières en raison de la pandémie de COVID-19. Ces restrictions de déplacement remettent en question l’accès à la protection pour les personnes fuyant les guerres et les persécutions.

Certains gouvernements profitent de la crise pour durcir leur politique migratoire en mettant fin au droit d’asile ou en le restreignant. Ainsi Victor Orbán, Premier ministre hongrois, décidait de suspendre indéfiniment les demandes d’asile en accusant les migrants de propager la maladie.
Alors que les statistiques indiquent que l’Europe est un foyer du virus et que la maladie est encore peu répandue en Afrique, on ne compte plus les pays de l’Union européenne qui prennent prétexte de la pandémie pour restreindre le droit d’asile.

L’inquiétude est grande concernant les camps – surpeuplés – dans lesquels se retrouvent réfugiés et personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. La distanciation sociale y est pratiquement impossible sans parler de l’accès à des installations sanitaires.
A la mi-mars, l’organisation Médecins sans frontières (MSF) alertait la communauté internationale sur les risques très élevés de propagation du virus dans les camps de réfugiés des îles grecques. Selon Mediapart, ce sont plus de 43’000 migrants qui sont entassés dans des camps insalubres, prévus pour… 6’000 personnes.

Dans un reportage récent du journal Le Monde, François Gemenne, spécialiste des migrations et professeur à Sciences Po, disait : « […] les flux habituels de migration ont été bouleversés. L’exode des ruraux a été remplacé par l’exode des citadins, celui des pays en voie de développement par celui des pays industrialisés. La Tunisie et la Mauritanie ont expulsé des Italiens ; des Européens, interdits d’entrée dans des pays, ont expérimenté ce que c’est de ne pas être les bienvenus. Cela change les perspectives. »

Grèce | Agir face à la pandémie et aux demandes d’asile suspendues, asile.ch, 27 mars 2020

Coronavirus: USA, mesures discriminatoires envers les demandeurs d'asile, Amnesty International, 20 mars 2020

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L'après Covid-19 : un nouveau monde ? 

Depuis le début de la pandémie, de nombreux commentateurs de tous bords affirment que plus rien ne sera pareil.
La pandémie a mis à nu la vulnérabilité de l’économie mondialisée, ses déséquilibres écologiques mais également ses disparités sociales. Nos catégories de pensée et nos concepts vont devoir être revus. Il faudra penser autrement comme le souligne le sociologue Michel Wieviorka.

L’impréparation et l’état de délabrement du système hospitalier, dans certains cas, soulèvent de nombreuses questions telle que la délocalisation de la production des biens essentiels (masques, blouses, respirateurs, etc.) mais également l’absurdité d’un système alimentaire et ses chaînes de production qui nous conduisent à importer des biens qui pourraient être produits localement. S’alimenter, se soigner, occupent désormais les premières places de nos préoccupations.

Tout se passe comme si la pandémie nous avertissait du danger de la perturbation des écosystèmes sur l’apparition de maladies. Comme le souligne un article du site The Conversation, « les pertes de biodiversité dues à la dégradation des habitats naturels (en particulier les zones forestières) augmentent la proximité de la faune sauvage avec les humains et leurs animaux domestiques, entraînant des risques sanitaires en raison d’une transmission accrue des maladies dites « zoonotiques » ». Nous assistons à un retour de la matérialité du monde (l’expression est de Corinne Morel Darleux).

La crise sanitaire met en lumière les inégalités sociales : les « petites mains » sont soudainement en première ligne : infirmières, caissières, livreurs. Leurs rôles s’avèrent subitement essentiels. Le coronavirus agit comme un révélateur : ainsi les Afro-Américains représentent 40 % des décès dus au Covid-19 alors qu’ils ne constituent que 15 % de la population nord-américaine.

Les femmes sont également en première ligne. D’abord en raison de la composante majoritairement féminine des professions les plus exposées. Mais aussi pour leur rôle dans les ménages où elles assument fréquemment le ménage, l’éducation des enfants en plus de leur activité professionnelle. « Les pandémies aggravent les inégalités de genre déjà existantes, et peuvent affecter l’accès des femmes et des filles à la prise en charge médicale et au traitement ».

André Comte-Sponville: «Laissez-nous mourir comme nous voulons!», Laure Lugon, Le Temps, 17 avr. 2020

Covid-19 : « Ne nous attendons pas à un après ressemblant à une aube radieuse », Vincent Edin, Usbek & Rica, 14 avr. 2020

Pour en finir avec l'impuissance, développons ensemble une fabrique des transitions territoriales, La Fabrique des transitions, Socialter, 7 avr. 2020

Paul Ariès: «Les crises donnent plus souvent naissance à des Hitler et des Staline qu’à des Gandhi», Servan Peca, Le Temps, 6 avr. 2020

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