L'accaparement des terres : introduction

Chapitre de E-Dossier
« Accaparement des terres ou opportunités de développement ? », un rapport de l'Institut international de l'environnement et du développement (IIED) pose la question cruciale qui sous-tend les acquisitions de terres.

Crise financière, pénurie et insécurité alimentaire, développement des agrocarburants, changement climatique, mais aussi opportunités de placements ont conduit de nombreux pays (Corée du Sud, Chine et Arabie Saoudite en tête) à acheter ou louer des terres, principalement en Afrique (RDC, Soudan, Madagascar, Ethiopie) mais aussi, de plus en plus, en Asie et en Amérique latine. On estime aujourd'hui que près de 4 millions d'hectares ont été acquis sur le continent africain (d’après le site Planetoscope). Le blog Food crisis and the global land grab suit quotidiennement cette actualité.

Les contrats passés entre les acheteurs (des multinationales mais aussi des Etats) et les pays du Sud laissent trop souvent de côté les populations locales qui exploitaient jusqu'à présent ces terres. L'enjeu consiste bien à savoir si les paysans profiteront de ces transactions ou si, au contraire, ils seront chassés de ces terres ou tenus à l'écart des bénéfices dans un système productiviste mécanisé qui n'a plus besoin d'autant de paysans.

Il faut noter que le terme « accaparement » est fortement connoté. Un rapport de l'IIED précise que ces achats peuvent aussi être bénéficiaires aux deux parties (sécurité alimentaire et bénéfices financiers pour les uns, développement d'infrastructures, transferts de technologies et créations d'emplois pour les autres) si tant est que les contrats passés clarifient les points troubles, notamment sur la redistribution des bénéfices et associent les populations locales à ce qui pourrait s'assimiler à une nouvelle réforme agraire mondiale. Dans ce cas, on parlerait plus volontiers d’ « investissements agricoles ».

Depuis quelques années, la communauté internationale cherche des solutions pour réguler les transactions et protéger les plus vulnérables. Mais il s’agit de rester vigilant, car le phénomène de l’accaparement ne s’arrête pas aux terres arables. En effet, les investisseurs se tournent maintenant également vers les mers, les océans et les forêts.