Les forêts

28.4.2020
E-Dossier
La forêt recouvre près de 30% du territoire mondial et forme un écosystème riche mais fragile. Ce dossier fait le point sur l'état des forêts dans le monde, sur leurs fonctions ainsi que sur les menaces qui pèsent sur elles.

La forêt et ses fonctions

Souvent considérée comme le véritable poumon vert de la planète, la forêt remplit à la fois une fonction écologique, économique et sociale.

Les forêts jouent un rôle majeur dans la régulation du climat en étant de véritables réservoirs et puits de carbone. En particulier les forêts tropicales humides car ce sont elles qui ont la plus grande capacité à stocker le CO2 émis par les énergies fossiles. En outre, les forêts sont aussi garantes de la sauvegarde de la biodiversité mondiale puisque elles abritent 80% de la vie sur terre (ONU).

La fonction économique de la forêt est centrale et on estime à plus de 13 millions le nombre d'emplois générés dans le monde par l'exploitation forestière formelle (Banque Mondiale, 2016). En particulier en Afrique où le secteur du bois de chauffage fait vivre des millions de ménages. Mais l’exploitation intensive de la forêt, en particulier par l’agro-industrie, soulève de nombreuses controverses. Outre les problèmes écologiques, elle entraîne de nombreux conflits sociaux avec les résidents locaux et les peuples autochtones, dépendants largement de cet écosystème. Les conséquences peuvent être graves : accaparement des terres, conflits armés, propagation de maladies.

Menaces sur la forêt

Toutes les deux secondes, une zone forestière de la taille d’un terrain de football disparaît. Ce constat alarmant est le résultat d’une large entreprise de déforestation touchant les forêts de par le monde.

En première ligne figurent les dégradations faites par l’homme pour l’agriculture intensive, l’urbanisation des territoires, l’exploitation massives de ressources naturelles et le commerce du bois. Afin d’avoir un rendement élevé, la déforestation est le plus souvent pratiquée par les industries de l’agro-alimentaire et les multinationales pour la culture de matières premières. En outre, le commerce du bois destiné à la fabrication de matériaux de construction ou encore de papier participe aussi à la déforestation. Ce déboisement massif alimente un trafic de bois volé de grande ampleur. Selon Greenpeace, entre 20% et 40% du commerce de bois tropical est issu de l'exploitation illégale de forêts. Les pays les plus touchés par la déforestation sont le Brésil, l’Indonésie, le Nigéria et la Birmanie (ONU, 2018).

La déforestation peut aussi être la conséquence de phénomènes naturels comme les tempêtes, les éruptions volcaniques, les maladies et les incendies. Ces derniers restent cependant majoritairement d’origine humaine, à hauteur de plus de 85%. Aussi appelés « méga-feux », ces incendies ravageurs touchent de plus en plus de régions, notamment l’Australie, la Californie, l’Indonésie mais aussi plus étonnamment, les forêts boréales. Leur ampleur s’aggrave et leur fréquence augmente en raison du changement climatique et du déboisement massif. A tel point qu’aujourd’hui plusieurs experts parlent d’une entrée dans une nouvelle ère, celle du Pyrocène.

Conséquences de la déforestation

Les conséquences de la déforestation sont diverses. Si la forêt permet de limiter les effets du changement climatique en absorbant du CO2, la déforestation tropicale, au contraire, contribue aux émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 15% environ par année (The Conversation, 2016). De plus, on prédit que les forêts tropicales arriveront bientôt à saturation. Alors qu’elles étaient capables de stocker jusqu’à 17% des émissions de CO2 en 1990, ce chiffre est descendu à 6% aujourd’hui (France Culture, 2020).

A cause de la déforestation, on constate une augmentation du nombre de phénomènes naturels extrêmes ainsi qu'un impact sur les migrations, les conflits, la pauvreté et également sur l’apparition de pathologies infectieuses parmi les populations. La forêt jouant le rôle de barrière protectrice entre les espèces, la déforestation contribue à une propagation plus rapide des virus car elle rapproche l’homme de la faune.   

Vers une gestion durable des forêts

Trouver de nouvelles méthodes de gestion des forêts, voilà l’enjeu actuel. Si la création de labels, comme le label FSC, ou la signature d’accords climatiques sont essentiels, il ne s’agit encore que d’accords volontaires et peu contraignants qui peinent à protéger la biodiversité, le climat et les populations. A l’instar de l’initiative REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) lancée en 2008, de nombreux obstacles se présentent encore pour garantir des outils de mesures et de vérification fiables permettant de faire respecter les engagements.

D'ici à 2030, l'ONU s'est fixé pour objectif de restaurer 350 millions d'hectares de forêt. La reforestation est souvent présentée comme solution mais une question persiste : faut-il à tout prix planter des arbres ? La régénération naturelle semble être une alternative intéressante dans certaines régions, notamment au Sahel et dans le Bassin du Congo. Les programmes de plantation d’arbres, bien que parfois nécessaires, peuvent avoir des effets pervers. Ils permettent souvent à de grandes entreprises de s’offrir une bonne conscience tout en continuant leurs activités de déboisement massif.

De manière générale, on constate que la nature et la forêt peinent à obtenir des droits. Afin de renverser cela, des actions plus radicales émergent de la société civile qui propose de reconnaître le statut de personnalité juridique à des sites naturels. Cela permettrait d’avoir un levier pour faire pression sur les états qui ne tiennent pas leurs engagements climatiques et ainsi mieux préserver les sites forestiers.

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