Les paysan·ne·s

27.1.2021
E-Dossier
Pour faire leur travail et ainsi nous nourrir, paysannes et paysans ont besoin d'une terre, d'un sol riche, de semences, d'engrais et de bétail. Force est de constater que les paysan·ne·s perdent leurs droits sur ces biens. [Mise à jour : fév. 2021]

L'alimentation et l'agriculture sont au cœur des enjeux mondiaux actuels. Le premier des 17 objectifs du développement durable de l'agenda 2030 vise à éradiquer la faim. Un objectif qui ne pourra se réaliser sans les paysan·ne·s. Et pourtant ils·elles sont les premières victimes de la mondialisation et du système agroindustriel qui s'est imposé partout.

Perte de contrôle sur les ressources indispensables

1. La terre

Pour les petits paysans du Sud, l'accès à la terre est de plus en plus souvent entravé par le régime foncier, la spéculation et l'accaparement des terres. Dans les pays développés, les jeunes ont du mal à accéder à la terre à cause du bétonnage, des droits fonciers, des obstacles administratifs ou financiers.

2. Les semences

Autrefois bien commun échangé localement, c'est devenu un marché lucratif, dont une poignée de multinationales domine 55% du marché. Les brevets empêchent l'échange de variétés indigènes adaptées au terroir ; entraînant appauvrissant de la biodiversité et asservissement des agriculteurs aux intrants et pesticides spécifiques. Les controverses sont multiples autour de ce juteux business : risques de dissémination des OGM, manque de maîtrise des biotechnologies, brevetage du vivant, toxicité des pesticides, graves atteintes à la santé, perte de biodiversité, endettement des paysans les poussant jusqu’au suicide, pollution de l’environnement…

3. L'eau

Souvent pointés du doigt pour la pollution de l'eau, les paysan·ne·s n'en sont de loin pas les seuls responsables : sites industriels, usines, mines causent souvent des dommages irréversibles aux sources d'eau et nappes phréatiques. Cette ressource fondamentale est elle aussi de plus en plus accaparée par différents acteurs économiques et étatiques au mépris des droits historiques des agriculteurs familiaux.

4. Le bétail

La forte tendance à l'industrialisation et à l'intensification s'observe aussi au niveau de l'élevage. Les animaux sont traités comme des marchandises et souvent entassés dans des bâtiments fermés loin de leur environnement naturel, parfois dans des conditions épouvantables. Pour réduire au maximum les coûts de production, le fourrage est produit à l'autre bout de la planète dans des méga-plantations de monocultures (céréales, soja) entraînant déforestation à large échelle, érosion, épuisement des sols, transport polluant, etc.

5. Le marché

L'agroindustrie et la spéculation financière sur les denrées alimentaires génèrent une paupérisation des zones rurales (50% des petits paysans sont vulnérables à l’insécurité alimentaire) entraînant exode et perte de savoir-faire. Dans les pays développés aussi, l'agriculture intensive gagne du terrain et la paysannerie disparaît rapidement depuis des décennies (en Suisse, 4 exploitations disparaissent chaque jour). Les politiques néolibérales mettent les paysan·ne·s sous la pression des marchés et leur revenu n'a cessé de chuter depuis des décennies, causant endettement, faillites, détresse et un taux alarmant de suicides.

Mobilisations et visions d'avenir

Face à ces constats alarmants, les paysan·ne·s se mobilisent depuis longtemps dans des syndicats et des associations. De nombreuses manifestations, révoltes et grèves paysannes ont émaillé l'histoire de tous les pays.

Au niveau mondial, c'est surtout la Via Campesina qui porte les revendications paysannes jusqu’aux instances onusiennes. En décembre 2018, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté La Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), une avancée notable pour défendre leurs droits à la terre, à l'eau, aux semences, aux formes de production agroécologiques et à un environnement intact.

Pour faire face à la mondialisation et à l'agrobusiness, de nombreuses réflexions et initiatives ont émergé. En 1996, la Via Campesina a élaboré le concept de souveraineté alimentaire : une vision holistique de l'alimentation et l'agriculture, un processus basé sur la solidarité pour repenser l'utilisation des ressources, la production, la distribution et le commerce des denrées. Côté pratiques agricoles, l'agroécologie et la permaculture vont dans le même sens. Fondées sur une utilisation optimale des ressources naturelles et sur les savoirs traditionnels locaux, ces pratiques offrent une approche globale intégrant les dimensions sociales, économiques et politiques. Partout des initiatives favorisant la consommation locale ont fleuri, comme les ACP (Agriculture contractuelle de proximité), des contrats passés directement entre consommateurs et producteurs garantissant à ces derniers un revenu décent. Mais à elle seules ces initiatives ne suffisent pas pour résoudre les problèmes systémiques de l’agriculture mondialisée.

La FAO l'a reconnu en 2011 : seule une agriculture durable, respectueuse des sols et plaçant les paysans locaux au centre du processus de production est à même de garantir la production des biens qui bannira la faim partout où elle est encore présente.

 

Face aux problèmes climatiques et à l'heure où le mot durabilité est sur toutes les lèvres, il serait temps de redonner aux paysan·ne·s la place centrale qu'ils·elles devraient occuper dans nos sociétés. Leur garantir un salaire décent et des conditions cadre leur permettant d’effectuer leur travail dignement et en respectant la nature. Sans paysannes et paysans, pas de nourriture!

 

Le libre-échange est néfaste pour l'agriculture - Via Campesina