Migration et développement

9.11.2017
E-Dossier
Depuis une vingtaine d’années, les organismes internationaux et les autorités étatiques portent une attention croissante à la relation entre la migration et le développement.
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La migration n’est pas une crise

Sommaire

  • Introduction
  • Contexte
  • Transferts de fonds et développement
  • Pour aller plus loin
  • 10 idées reçues sur les migrations

Introduction

L'idée selon laquelle les migrations seraient un instrument de développement des pays dits du Sud n’a de cesse de s’inviter dans les discours politiques.

Tandis que dans les années 1970, la réflexion sur le potentiel des migrants comme acteurs de développement était dominée par une vision pessimiste du « brain drain », depuis les années 2000, celle-ci s’est transformée en une vision plus optimiste, considérant la question en termes de « brain gain ». Il est dès lors légitime de s’interroger sur la recrudescence de l’engouement des pays du Nord pour le concept de développement dans la mise en œuvre de leurs politiques publiques en matière de migrations.

Car loin de faire l’unanimité au sein des décideurs politiques et du monde scientifique, la relation entre migration et développement reste complexe et ambiguë, tout en soulevant de vifs débats sur la scène internationale. Alors, quels sont les enjeux de cette relation controversée ?

« Mettez les migrants au centre du débat », déclare le Groupe mondial sur la migration à l’occasion du Dialogue de haut niveau des Nations Unies sur la migration internationale et le développement, 4 octobre 2013

"L'Union européenne a confié les clés de sa politique d'asile aux passeurs", interview de François Gemenne, RTS, 3 févr. 2017

Contexte

La dialectique « migration et développement » a connu un nouveau souffle en Europe à la suite de l’adoption de l’ « Approche globale pour la question des migrations » par les pays membres de l’OCDE durant le sommet de Hampton Court en décembre 2005. Cette approche avait pour vocation de renforcer la coopération internationale en faveur du développement des pays d’émigration à travers la mobilisation de financements communautaires, de l’épargne des migrants, et par le soutien à des projets concrets de développement. L’objectif explicite de cette démarche était de collaborer avec les pays d’origine et de transit des migrants dans la lutte contre l’immigration clandestine et de contrôler les flux d’immigration illégale « à la source».

L’Europe se démène pour limiter l’immigration africaine, Etienne Dubuis, Le Temps, 14 déc. 2016

Cette initiative avait notamment fait suite à la médiatisation des enclaves de Ceuta et Mellia au Maroc où des centaines de migrants tentaient de franchir les barbelés pour rejoindre le territoire espagnol ; et l’arrivée de multiples bateaux aux abords des côtes méridionales qui ont profondément marqué l’opinion et les politiques.

Ceuta et Melilla, ou l’échec des politiques migratoires de l’UE, Cathy Ceïbe, L'Humanité, 5 mars 2014

Tout en participant à un processus de stigmatisation à l’endroit des migrants africains résidant en Europe, ces évènements ont ravivé les débats sur la gestion des flux migratoires en mettant en exergue le « mythe de l’invasion » ainsi qu’en influençant la reconfiguration de l’agenda politique européen en matière de migration.

Sur le mythe de l'invasion, voir Le mythe de l'invasion : migration irrégulière d'Afrique de l'Ouest au Maghreb et en Union européenne, Hein de Haas, International Migration Institute, oct. 2007, 81 p. [pdf : 1,21 Mo]

Dans cette perspective, les projets visant à promouvoir le lien entre migration et développement se sont multipliés, en insérant subtilement au sein de ces initiatives, les programmes d’aide au retour et de réadmission, dans un contexte marqué par une préoccupation toujours plus importante des pays européens pour la lutte contre l’immigration clandestine entre l’Europe et l’Afrique.

Le co-développement pourra-t-il freiner l’immigration ? Marie Joannidis, RFI, 25 juin 2008

À la recherche du « co » de codéveloppement, Claire Rodier, Plein droit no 83 (2009)

Dès lors, le concept de codéveloppement, de plus en plus présent dans les politiques publiques, a non seulement connu un regain d’intérêt mais également un certain glissement sémantique depuis son origine. En effet, dans sa première acception, le codéveloppement pouvait renvoyer à des pratiques de solidarité entre les diasporas et leur pays d’origine en mettant également en avant le rôle positif des migrants dans la participation au développement du pays dans lequel ils résidaient.

A l’heure actuelle, il oscille d’avantage entre deux logiques politiques qui consistent d’une part à mettre en avant l’implication des migrants dans le développement économique et social des pays d’origine en favorisant l’investissement de fonds et le transfert de compétences acquis à l’étranger.  De l’autre, il est mobilisé comme un outil de renforcement du contrôle des flux migratoires et pour encourager le retour des personnes en situation irrégulière. Ce type de politique reste donc controversé.

Le co-développement a-t-il un seul sens ? Olivier Le Masson, Revue Projet, 1er avril 2009

L'Allemagne lance un programme d'aide au retour pour des migrants, Le Temps | AFP, 9 déc. 2016

10 idées reçues sur la migration

Idée reçue n°1 : La pauvreté est la principale cause des migrations internationales. FAUX : Les plus pauvres n’ont pas les moyens de migrer !
Idée reçue n°2 : On peut réduire la migration irrégulière grâce à l’aide au développement. FAUX : L’aide au développement aide à réduire la pauvreté et permet de faire de la migration un choix et non une nécessité.
Idée reçue n°3 : La majorité des migrations se fait depuis des pays en développement vers les pays développés. FAUX : La plus importante part des migrations internationales se déroule entre les pays en développement.
Idée reçue n°4 : La migration nuit au développement du pays d’origine. FAUX : Les transferts d’argents des migrants internationaux sont 3 fois plus importants que l’aide internationale.
Idée reçue n°5 : Les migrations bénéficient aux individus qui migrent et non aux communautés et pays d’origine. FAUX : Les connaissances, compétences et savoir-faire que les migrants ont acquis dans leur pays d’accueil sont adaptés et transférés vers leur pays d’origine.
Idée reçue n°6 : Les pays d’accueil ne bénéficient pas de la migration. FAUX : Selon la mission de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), les migrants représentent 70% de l’augmentation de la main d’œuvre en Europe ces dix dernières années. Ils stimulent l’économie.
Idée reçue n°7 : L’Europe ne devrait accepter que des les migrants hautement qualifié. FAUX : Dans la plupart des pays européen, certains secteurs dans lesquels des pénuries de mains d’œuvre se sont déjà fait ressentir reposent actuellement sur la migration. La main d’œuvre native a tendance à éviter les postes à faibles statuts, à faibles salaires ou éloignés.
Idée reçue n°8 : L’arrivée de migrants affaiblit l’identité ainsi que les valeurs européennes et aboutira à un clash des cultures. FAUX : Au rythme des mouvements d’hommes et de femmes, les cultures se sont mutuellement influencées et enrichies.
Idée reçue n°9 : L’union européenne est confrontée à une invasion d’immigrants à cause de sa politique généreuse d’admission et d’accueil. FAUX : Le choix du pays de destination dépend des moyens financiers dont le migrant dispose.
Idée reçue n°10 : L’Europe ne peut plus accueillir de migrants. FAUX : La majorité des personnes sont déplacées au sein de leur propre pays.

Source

 

Dossier réal. par Caroline Aka en collab. avec Alliance Sud InfoDoc