table-ronde : Dystopies numériques

11.11.2021
Événement
Dialogue entre Marc Atallah et Yves Citton

Date, heure :  jeudi 11 novembre 2021, 18h30

Lieu : Alliance Sud InfoDoc, Av. de Cour 1, 1007 Lausanne.

Inscriptions : événement gratuit. Suivi d'un apéritif.  Nombre de places limité, inscriptions obligatoires à [email protected] ou au 021 612 00 86.

Conférencier·ère·s :

  • Marc Atallah, Directeur de la Maison d'Ailleurs, musée de la science-fiction, de l'utopie et des voyages extraordinaires (Yverdon-les-Bains), Maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL),
  • Yves Citton, Professeur de littérature et media à l’Université Paris 8, écrivain, essayiste, philosophe.

Introduction :
Les années 90 ont été marquées par l’utopie Internet. Le World Wide Web apportait avec lui le sentiment qu’une grande ère de la liberté d’expression s’ouvrait. La transparence des institutions semblait à portée de mains. Le réseau allait s’ériger en une grande bibliothèque universelle. Un lieu d’échange de connaissances, un espace de créativité où des médias alternatifs allaient enfin pouvoir donner le change aux grands médias alliés du pouvoir politique.
Les décennies qui ont suivi ont au contraire marqué le recul de la liberté d’expression. Les attentats du 11 septembre 2001 entraînent l’état d’exception et lancent une « lutte contre le terrorisme » tous azimuts, y compris sur Internet. Que reste-t-il de l’utopie Internet ? Quels impacts anthropologiques l'utopie numérique a-t-elle entraîné ?

En 2017, le fameux hebdomadaire libéral britannique The Economist parle de nouvel or noir du XXIème siècle à propos des traces numériques laissées sur Internet. L'exploitation de ces données à une échelle massive a engendré les "plateformes", sorte d'interfaces entre différents réseaux d'acteurs : les consommateurs, les annonceurs, les producteurs, etc. Tout se passe comme si cette réorganisation économique n'était que le prélude d'une plus vaste régorganisation, éducative, sanitaire, alimentaire.
Quelles sont les conséquences pour les pays du Sud ? Au-delà de la "fracture numérique", n'assiste-t-on pas à un phénomène de colonisation numérique, d'érosion accélérée de la démocratie ?

Dans son livre "Médiarchie" paru en 2017 aux éditions du Seuil, Yves Citton souligne le fait qu'alors que nous croyons vivre dans des démocraties, nous ne faisons que vivre dans des médiarchies. « Nos sociétés sont médiarchiques en ce sens que notre attention au réel comme nos capacités d’agir sur lui passent aujourd’hui majoritairement par l’intermédiaire d’appareillages techniques qui conditionnent ce que nous sentons, pensons, exprimons et faisons. » Tout se passe comme si nous pensions évoluer dans un univers neutre alors que celui-ci nous conditionne en profondeur. Le monde numérique que nous croyons maîtriser nous habite sans que nous n'en ayons pleinement conscience. Une attitude critique est-elle possible ou sommes-nous prisonniers à notre insu ? En quoi la technique est-elle un véhicule idéologique ?

L'utopie numérique, cauchemar des Etats, ne s'est-elle pas transformée en dystopie pour les uns (la société) et en utopie pour les autres (les Etats qui voient leur rêve d'un contrôle social total se réaliser) ? Si, comme l'écrit Marc Atallah, « derrière chaque dystopie se cache une utopie, et derrière chaque utopie se dissimule une dystopie », peut-on échapper à la dystopie ?