« Nos voix ne peuvent plus être ignorées »

Le Nagaland est un État fédéral indien depuis 1963, mais les conflits avec le gouvernement central se poursuivent.
Article global
Entretien avec la militante des droits humains Atina Pamei, qui lutte pour les droits des femmes autochtones et des minorités en Asie. Pamei appartient à la minorité des Naga qui vivent dans le nord-est du sous-continent indien.

 

La tribu des Nagas est répartie sur le nord-est du sous-continent indien avec plus de 30 groupes ethniques. Leur nombre est estimé à 3 à 4 millions, répartis sur 120 000 km². Atina Pamei explique comment les femmes Naga promeuvent le processus de paix.

 

« global » : Quelle est la place des femmes dans la vie quotidienne des Nagas ?

Atina Pamei : La femme joue un rôle important dans la société Naga indigène, tant à la maison qu'au niveau communautaire. Mais l'image stéréotypée d'une femme Naga reste celle d'une femme nourricière, bienveillante, dévouée et soumise qui doit faire tout le ménage chaque jour. L'énorme responsabilité d'une femme Naga au sein de la famille est rarement reconnue dans les sphères politique et publique.

Quel rôle le féminisme joue-t-il dans la vie des femmes autochtones aujourd'hui ?

Les Nagas sont considérés comme égalitaires. Comparé avec la situation dans d’autres sociétés indiennes les femmes Naga occupent une position plus forte. Elles jouissent de la liberté de circulation ; la protection des femmes par les membres masculins de la société est d'une importance capitale. Cependant, la société Naga est aussi loin de l'égalité des sexes. Elle est liée à un cadre patriarcal dans lequel la position des femmes est limitée par des pratiques et coutumes traditionnelles qui sont souvent discriminatoires. En outre, les expériences de conflit, de militarisation et de violence que la société naga a connues historiquement sont un facteur important qui a façonné les relations sociales, politiques et de genre. Le féminisme des Nagas représente donc la justice entre les sexes, la paix et la justice sociale. La consolidation de la paix a toujours été le rôle traditionnel des femmes. Le leadership féminin dans ce domaine est accepté parce qu'il ne remet pas en question les rôles traditionnels des sexes. Le mouvement pacifiste des femmes Naga a non seulement redéfini la paix, mais il a aussi créé la possibilité de réviser les stéréotypes sexistes qui ont jusqu'ici exclu les femmes du pouvoir.

Quels sont les principaux défis pour les femmes autochtones ?

La tradition politique exclut la participation des femmes aux processus décisionnels politiques, juridiques et économiques. Les femmes n'ont toujours pas le droit d'hériter. C'est l'homme Naga qui définit la culture et la tradition des Nagas à ce jour. Récemment, les revendications des femmes en faveur de la participation politique se sont heurtées à une forte opposition de la part des hommes Naga. 

De plus, les plus grands défis pour les femmes Naga sont la militarisation et la violence, qui entravent une vision commune d'un avenir pacifique et juste pour la nation Naga. La vie dans les zones de conflit armé a aggravé la situation des droits humains des femmes et des hommes Naga. Le seul espoir pour la reconstruction de la société Naga est la résolution du conflit politique entre la population majoritaire indienne et les Nagas et la démilitarisation de la société Naga.

En quête de paix et de justice, les femmes Naga se sont organisées au sein de la Naga Women Union (NWU) et de la Naga Mothers Association (NMA). Les deux organisations collaborent étroitement avec d'autres organisations de la société civile dans le processus de paix. Le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a soutenu à plusieurs reprises la NWA dans sa campagne internationale et son travail de lobbying par des mesures de grande envergure. Les voix des femmes Naga d'aujourd'hui ne peuvent être ignorées ni par le gouvernement indien ni par les groupes armés des Naga. SD

 

Atina Pamei est une militante des droits humains qui lutte pour les droits des femmes autochtones et des minorités en Asie. En 2014, elle a été Senior Indigenous Fellow au Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) et, ce printemps, conférencière invitée à l'InfoDoc à Berne.