Grande entrée en scène d’une Suisse frileuse...

Mark Herkenrath, directeur d'Alliance Sud.
24.6.2018
Article global
Avec son rapport sur la mise en œuvre de l'Agenda 2030, la Suisse risque, à l’ONU, de donner un mauvais exemple aux pays qui prennent encore moins au sérieux la lutte contre la pauvreté et les inégalités.

La Suisse fera sa grande entrée en scène le 17 juillet : au siège principal de l’ONU à New York, où l’Agenda 2030 de développement durable a été adopté voilà trois ans, elle fera rapport sur les progrès qu’elle a accomplis dans la mise en œuvre de cet agenda. La communauté internationale attend son compte rendu avec intérêt, car la Suisse s’était distinguée lors des négociations sur l’Agenda 2030 en encourageant un développement durable planétaire avec beaucoup d’énergie. Depuis la fin des pourparlers, elle a, à maintes reprises, demandé avec insistance aux autres États de produire des analyses détaillées et autocritiques sur la mise en œuvre de l’agenda en question.

Or, voilà que la Suisse est apparue récemment sous un jour peu flatteur auprès des Nations unies. Agissant seul, le conseiller fédéral Cassis a en effet formulé des critiques sur la politique menée par l’ONU au Proche-Orient. New York est désormais d’autant plus intéressée à voir comment, sous la houlette de son nouveau ministre des affaires étrangères et du développement, la Suisse se positionne sur le développement durable de la planète.

Intitulé « Dans quelle mesure la Suisse est-elle durable ? », le rapport des ONG suisses qui paraîtra le 3 juillet suscitera certainement un vif intérêt également. Profitant d’un large soutien, la plateforme de la société civile Agenda 2030 y donnera sa propre évaluation critique des progrès accomplis par la Suisse dans la mise en œuvre de cet important projet d’avenir.

Le Conseil fédéral voulait en fait adopter au début juin déjà le rapport officiel d’avancement de la Suisse sur l’Agenda 2030. Sa publication différée laisse supposer un désaccord fondamental entre les départements compétents sur le contenu du rapport. Il est désormais clair qu’on ne peut plus y compter avant l’échéance rédactionnelle du présent éditorial, fixée au 15 juin.

Il se murmure que le rapport officiel de la Suisse ne comprendrait que quelques pages et que cette brochure sur papier glacé passerait sous silence l’ensemble des lacunes et des défis de la mise en œuvre de l’Agenda 2030. Ce provoquerait une intervention embarrassante devant l’ONU et donnerait un mauvais exemple aux États qui prennent encore moins au sérieux que la Suisse la lutte contre la pauvreté, les inégalités, l’exclusion et les dommages écologiques.

On avait espéré et prévu un rapport dans lequel la Suisse ferait son autocritique sur son retard en matière de développement durable. Pour déceler les lacunes de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, l’administration fédérale avait pourtant procédé à une large consultation de l’économie, de la science et de la société civile. Les analyses et recommandations d’un groupe d’accompagnement de haut niveau devraient entretemps avoir fini au vieux papier au Conseil fédéral.

La lecture de notre magazine « global » dans sa nouvelle livrée sera donc sans doute bien plus captivante que le rapport du Conseil fédéral sur le développement durable mondial. Comme jusqu’ici, « global » s’engage pour une Suisse défendant un monde juste. Nous vous souhaitons donc une lecture aussi stimulante qu’agréable !