Politique suisse du climat trop frileuse

5.2.2014
Article politique
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon va inviter les chefs d’Etat et de gouvernement à un sommet extraordinaire sur le climat en automne 2014. La Suisse reste hésitante.

Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) l’a montré sans équivoque : la responsabilité humaine dans les changements climatiques est de mieux en mieux établie. Il nous incombe donc de prendre les mesures nécessaires pour que le réchauffement planétaire n’excède pas le niveau de dangerosité fatal de 2oC par rapport au début de l’ère industrielle.
Concrètement, cela signifie que les émissions de gaz à effet de serre ne devront pas dépasser 750 milliards de tonnes d’équivalents CO2 de 2010 à 2050 (lien en allemand). Or, au rythme actuel, ce budget sera épuisé dans 30 ans. En même temps, une répartition équitable des quotas d’émissions de CO2 par habitant est incontournable, si l’on entend permettre aux pays les plus pauvres de se développer et diminuer quelque peu les inégalités au plan global.

Loin du compte
Pour satisfaire cette double exigence de limite et d’équité, la Suisse devra revoir sérieusement à la hausse ses objectifs climatiques. Elle devra réduire ses émissions d’au moins 60 pour cent jusqu’en 2030 par rapport à 1990. Or, elle s’agrippe actuellement au modeste objectif de réduction de 20 pour cent jusqu’en 2020 ! C’était sa position à la conférence de l’ONU sur le climat, qui s’est tenue en novembre à Varsovie. Elle la justifie avec l’argument – usé jusqu’à la corde – qu’elle s’aligne ainsi sur l’Union européenne (UE).
Elle occulte cependant le fait que l’objectif européen est le fruit d’une répartition des charges au sein d’un ensemble de pays très disparate. Dans le cadre de l’UE, l’Allemagne et le Danemark se sont déjà engagés à réduire d’environ 30 pour cent leurs émissions de CO2, et même de 40 pour cent en tant qu’Etats individuels. A l’échelle européenne, la Suisse n’est donc de loin pas parmi les Etats les plus ambitieux.

Attitude stérile
La Suisse est également frileuse quant au financement des mesures climatiques dans les pays émergents et en développement. Lors des conférences de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), les pays industrialisés leur ont promis en moyenne 10 milliards de dollars par an pour la période de 2010 à 2012. Dès 2020, la somme devrait s’élever à 100 milliards par an. Les versements devraient donc augmenter de 11,25 milliards par an dans les huit années à venir.
A Varsovie, la Suisse a campé sur sa position de seulement maintenir le niveau actuel des contributions. Elle lie d’éventuelles augmentations à des objectifs climatiques accrus des pays émergents. Elle adopte ainsi l’attitude stérile des pays industrialisés : « Nous ne faisons rien, à vous de jouer ! »
Depuis vingt ans, ceux-ci abreuvent les pays en développement de promesses, dont ils lient après coup la réalisation à des exigences nouvelles. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la méfiance grandisse.

Crédibilité en jeu
Depuis le Sommet de la Terre de 1992 à Rio, les pays industrialisés promettent d’assumer davantage de responsabilité et d’offrir un soutien financier et technologique aux pays pauvres.
Depuis lors, le monde a beaucoup changé. Les pays industrialisés ont délocalisé une grande partie de leurs émissions à l’étranger, notamment en Chine et dans d’autres pays asiatiques, où la main-d’œuvre est bon marché et les normes environnementales moins sévères. Ils exigent maintenant des engagements des pays émergents, mais sans avoir honoré les leurs. S‘ils veulent que les pays émergents adoptent des objectifs climatiques contraignants, ils doivent également accroître leurs contributions financières.
Les Etats continuent donc à se refiler la patate chaude et les changements climatiques s’aggravent de plus belle. A la grande joie de tous ceux qui profitent de l’exploitation et du commerce des énergies fossiles.
En Septembre 2014, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon va inviter les chefs d’Etat à New York pour un sommet spécial sur le climat. L’espoir est que tous les Etats adoptent des objectifs climatiques à la mesure des enjeux. Si la Suisse n’augmente pas d’ici là ses ambitions, plus personne ne prendra au sérieux l’image progressiste qu’elle essaie de se donner.