Huile de palme : victoire d'étape

Article politique
Le 28 février, une large majorité du Conseil national (140 voix pour, 35 contre) a accepté la motion de Jean-Pierre Grin (UDC/VD) demandant d’exclure l’huile de palme de la négociation de l’accord de libre-échange avec la Malaisie.

Le vote du Conseil national est une formidable victoire d’étape pour la coalition suisse sur l’huile de palme, dont Alliance Sud est membre. Il fait suite à une résolution dans le même sens adoptée le 23 février par le Grand Conseil du canton de Genève et à des actions similaires des parlements des cantons de Thurgovie, Berne, Fribourg, Vaud et du Jura et à d’innombrables interventions déposées au parlement à Berne depuis 2010.

Le 2 février, la coalition avait envoyé une lettre ouverte au Conseiller  fédéral Johann Schneider – Amman et aux ministres indonésiens compétents, pour demander d’exclure l’huile de palme de l’accord avec l’Indonésie. Concrètement, cela veut dire ne pas baisser les droits de douane (100% actuellement) pour faciliter encore davantage l’importation de ce produit controversé. Car cela entraînerait une augmentation de la production, qui pose d’énormes problèmes du point de vue environnemental, social, des droits humains et des droits du travail : déforestation, pollution, diminution de la biodiversité, confiscation des terres, violation des droits des communautés locales et des travailleurs…. La liste des griefs est longue.

Nous nous opposons aussi à la prise en compte de tout label prétendument durable sur l’huile de palme, dont le célèbre RSPO (Table-ronde sur l’huile de palme durable), une initiative volontaire créée à Zurich en 2004 et qui regroupe aujourd’hui plus de 2’000 membres, issus surtout du secteur privé, mais aussi quelques ONG comme le WWF. Le problème du RSPO est notamment qu’il autorise certaines formes de déforestation, que ses lignes directrices sont vagues et que son mécanisme de contrôle et de plainte est faible. La lettre a été signée aussi par l’association indonésienne Wahli, membre d’Amis de la terre Indonésie, qui vient de soutenir la plainte de deux villages indonésiens contre le RSPO auprès du point de contact suisse auprès de l’OCDE. Les communautés villageoises reprochent à RSPO de ne rien faire contre la déforestation occasionnée par une société malaisienne, pourtant membre du label, à West Kalimantan.

Les négociations avec la Malaisie et l’Indonésie sont menées en parallèle par la Suisse, dans le cadre de l’AELE (Association européenne de libre-échange). Celles avec l’Indonésie pourraient être conclues cette année, alors que celles avec la Malaisie ont pris un peu de retard. Le vote du Conseil national devra encore être validé par le Conseil des Etats, mais quoi qu’il en soit, le Conseil national ne pourra pas ne pas en tenir compte lors de la ratification de l’accord avec l’Indonésie. Johan Schneider- Amman a mis en garde à plusieurs reprises qu’il ne pouvait pas y avoir d’accords sans huile de palme, un produit stratégique pour les gouvernements de ces deux pays. Mais lorsque le Conseil national sera appelé à ratifier l’accord avec la Malaisie, il devrait logiquement le refuse si l’huile de palme en fait partie ! Et le même principe devrait s’appliquer à l’accord avec l’Indonésie.

A Bruxelles, les nuages s’amoncellent aussi. Après que des ONG indonésiennes ont demandé d’exclure l’huile de palme des négociations de l’accord de libre-échange avec l’UE, fin janvier le parlement européen a voté pour l’exclure du quota européen d’agro-carburants d’ici 2021. Il va devoir convaincre la commission européenne et le Conseil européen, qui ne sont pas du même avis, mais ce vote a déjà jeté un froid sur les négociations de l’accord de libre-échange avec la Malaisie. En février, c’était au tour des ONG européennes de demander d’exclure l’huile de palme des négociations avec l’Indonésie

On va voir qui, de la Suisse ou de l’UE, va coiffer l’autre au poteau en concluant la première des accords de libre-échange avec les deux principaux producteurs d’huile de palme au monde. Cela pourrait bien être la Suisse, mais il faut alors qu’elle ne le fasse pas au détriment de la biodiversité, des droits humains et des droits des communautés locales. Cela pourrait créer un dangereux précédent.