Le commerce prime sur les droits de l'homme

25.9.2007
Article politique
Faisant fi de la situation précaire des droits de l’homme, le Conseil des Etats a ratifié l’accord de libre-échange avec la Colombie. Des ONG suisses regrettent que la possibilité a été ratée de donner un signal clair en matière de droits humains.

Gustavo Gomez, syndicaliste colombien et employé de Nestlé, a été froidement abattu de dix coups de revolver, le 21 août 2009, devant sa maison de Dosquebradas. Ce meurtre porte à 27 le nombre de syndicalistes tués cette année en Colombie.

La Colombie est le pays le plus dangereux au monde pour les syndicalistes. Douze membres du syndicat des travailleurs de denrées alimentaires Sinaltrainal, employés chez Nestlé Colombie, ont été tués à ce jour. En plus des violences à l’égard des syndicalistes, les exécutions extra-judiciaires, les disparitions forcées d’opposants et les déplacements internes – 380'000 personnes déplacées en 2008 - contribuent à la situation catastrophique des droits de l’homme qui règne dans ce pays sud-américain.

La Déclaration de Berne, le Groupe de travail Suisse-Colombie et Alliance Sud – la communauté de travail des œuvres d’entraide suisses – s’engagent depuis longtemps pour un moratoire de l’accord de libre-échange avec la Colombie jusqu’à une amélioration significative de la situation des droits de l’homme sur place.

Avec la ratification finale de l’accord par le Conseil des Etats – le Conseil national avait déjà donné son feu vert en mai -  la Suisse s’isole sur la scène internationale. La Norvège, notre partenaire au sein de l’AELE, a décidé ce printemps de repousser la ratification à cause des violations systématiques des droits de l’homme. Pour les mêmes raisons, un accord bilatéral est bloqué aux Etats-Unis depuis plus de deux ans. Et seulement une semaine après l’approbation de l’accord de libre-échange par le Conseil national, le parlement canadien a décidé de rayer le débat sur la ratification de l’agenda de la législature. Ce après que les partis d’opposition avaient demandé une étude préalable des conséquences d’un accord de libre-échange entre le Canada et la Colombie sur la situation des droits de l’homme.

La Conseillère fédérale Doris Leuthard prétend que la situation des droits de l’homme en Colombie s’est sensiblement améliorée. Pourtant, en juin passé le pays a été cité par une commission de l’Organisation internationale du travail - l’OIT avait inscrit la Colombie sur la liste des pays qui violent les normes fondamentales de l’organisation. Toujours en juin, le rapporteur spécial de l’ONU pour les exécutions extra-judiciaires, Philip Alston, a affirmé que les « falsos positivos » (fausses annonces de succès : les civils sont tués et ensuite présentés comme des guerrilleros morts au combat) ne sont pas des cas isolés d’unités individuelles de l’armée, mais une pratique de l’armée répandue sur tout le territoire, ce qui laisse conclure à une certaine coordination.

Alliance Sud, la Déclaration de Berne et le Groupe de travail Suisse – Colombie regrettent que la Suisse, par sa ratification hâtive d’un accord avec un gouvernement dont les institutions mêmes sont impliquées dans les violations des droits de l’homme, mette en jeu sa crédibilité de gardienne des droits de l’homme.

Pour plus d’informations
Isolda Agazzi, Alliance Sud, 079 434 45 60
Thomas Braunschweig, Déclaration de Berne, 044 277 70 11,
Stephan Suhner, Groupe de travail Suisse - Colombie