« Notre intérêt, c'est une Afrique prospère »

Les « lionnes économiques » au coeur de la première Stratégie suisse pour l'Afrique Subsaharienne.
11.2.2021
Article politique
Lors de la visite officielle du Conseiller fédéral Ignazio Cassis du 7 au 13 février 2021 en Afrique du Nord et de l’Ouest, les priorités des nouvelles stratégies MENA et Afrique subsaharienne 2021-2024 sont au cœur des discussions.

Selon le chef du DFAE, il serait erroné de limiter le rôle de la Suisse à la médiation des conflits ou à l’aide humanitaire ; il serait également souhaitable de créer des opportunités pour les entreprises helvétiques et renforcer les partenariats publics-privés. Interview avec notre expert Laurent Matile pour illustrer la position d’Alliance Sud.

La volonté affichée du Conseil fédéral dans sa première stratégie pour l’Afrique subsaharienne, c’est aussi de servir les intérêts de la Suisse y compris les intérêts économiques et ceux de ses entreprises. Est-ce acceptable selon vous ?
Ce qui est dans l’intérêt de la Suisse (et des membres de la communauté internationale), c’est de contribuer à une Afrique stable, vivant en paix, à une Afrique prospère, qui puisse offrir des perspectives d’avenir à ses jeunes, aux femmes et aux minorités, en termes d’emplois décents et qui permette une plus grande participation aux décisions politiques, économiques et sociales aussi pour les populations défavorisées. C’est pourquoi nous saluons le fait que la coopération suisse vise en priorité à soutenir la paix, la sécurité, à promouvoir les droits de l’homme et que la Suisse continue de s’engager en faveur de la démocratie et de l’état de droit et soutienne les initiatives de la société civile dans ces domaines. Ces objectifs servent également les intérêts des entreprises suisses qui souhaitent investir dans ces pays ou y exporter des produits ou services. Un environnement économique stable, où l’état de droit et la protection des droits de l’homme sont garantis, sont en effet des pré-conditions indispensables à un développement économique durable et à la prospérité.

Ne faudrait-il pas plutôt se concentrer uniquement sur le renforcement des économies locales ?
Il ne s’agit pas d’avoir une vision binaire ; il faut avant tout assurer la cohérence des politiques de la Suisse en faveur du développement durable, y inclus la politique économique extérieure. Nous considérons que la promotion des entreprises locales dans les pays prioritaires de la coopération internationale (CI) de la Suisse doit rester une des priorités. Le soutien à l’entrepreneuriat local, aux PME – en tant qu’épine dorsale de toute économie - en portant une attention particulière à une instruction de qualité des jeunes, à leur formation professionnelle est un outil important pour lutter contre le chômage. Sans oublier le soutien à un accès égalitaire des femmes et des minorités au marché du travail.

Quel est le rôle pour le secteur privé suisse dans le renforcement des économies locales ? Un engagement est-il souhaitable et si oui à quelles conditions ?
Ce que l’on doit attendre des entreprises suisses, c’est qu’elles garantissent une « conduite responsable de leurs affaires » (respectent des Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales et les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et droits de l’homme), spécifiquement qu’elles ;
•    respectent les droits humains ;
•    ne causent pas de dommages à l’environnement ;
•    créent des emplois décents ;
•    s’acquittent d’une contribution fiscale équitable et mettent notamment fin à des pratiques agressives de transferts de bénéfices vers des paradis fiscaux ;
•    ne s’adonnent pas à des pratiques de corruption.

Au-delà, les entreprises doivent investir sur le long terme (éviter les investissements purement spéculatifs/courtermistes) et contribuer à établir des liens (en amont et en aval) avec les entreprises locales, pour offrir des opportunités d’affaires au secteur privé local et contribuer ainsi à la diversification du tissu économique des pays africains.
Au-delà des contacts avec les représentants étatiques, il serait souhaitable que le Conseiller fédéral Cassis s’entretienne avec des représentant(e)s des syndicats et de la société civile pour connaître leur position et requêtes concernant la contribution des entreprises suisses au développement économique des pays dans lesquels la CI suisse est active.