La Suisse a besoin d’une société civile forte

Enseignement et architecture de grande qualité à la faculté de droit de l'université de Zurich. Depuis 2004, réaménagée par l'architecte vedette espagnol Santiago Calatrava, la cour intérieure de la Rämistrasse 74 accueille la bibliothèque.
24.3.2021
Article global
Une société civile forte est plus que jamais nécessaire aujourd’hui : pour une coopération au développement efficace, pour des règles du jeu propices au développement dans l'économie mondiale, et pour une démocratie vivante.

Peu avant la session de printemps, le Conseil fédéral a finalement déclaré sa flamme aux organisations non gouvernementales (ONG). Dans son rejet de la motion du conseiller national Hans-Peter Portmann (PRD), lequel souhaitait interdire à la Confédération de conclure des partenariats avec des organisations de développement participant à des campagnes politiques, il a écrit : « Les ONG suisses apportent une contribution indispensable à la coopération internationale (CI) ». Et le Conseil fédéral a encore ajouté : « La culture politique suisse ne se conçoit pas sans une société civile forte et diversifiée ». Par la même occasion, il a rappelé les divers avantages de la collaboration avec les ONG : engagement à long terme, expertise, large ancrage et base de confiance auprès de la population, travail en réseau, promotion du bénévolat et sensibilisation aux enjeux du développement durable.

Que des paroles en l’air ? C'est précisément le crucial travail de sensibilisation pour l'Agenda 2030 et ses 17 objectifs de développement durable que le Département des affaires étrangères a muselé. Dès cette année, les contributions aux programmes de la Direction du développement et de la coopération (DDC) ne pourront plus servir à l'éducation et à la sensibilisation en Suisse. C'est incompréhensible car, en plus du Comité d'aide au développement de l'OCDE, de nombreuses personnalités et organisations avertissent depuis des années que l’opinion suisse a une compréhension insuffisante des interrelations mondiales et des défis de la politique de développement. C'est aussi pourquoi les ONG continueront d’investir dans le travail d’éducation et de sensibilisation – mais sans pouvoir désormais compter sur le soutien de la Confédération.

Les attaques politiques du Parlement contre les ONG ne sapent pas pour autant notre confiance : l'initiative pour des multinationales responsables a démontré de façon éclatante l’effet que la société civile suisse pouvait avoir dans l’opinion publique. Ce ne sont pas des fonds publics qui ont permis la participation à la campagne de votation mais le soutien de milliers de bénévoles engagés et bien informés dans tout le pays.

Il ne devrait pas y en aller autrement à l’avenir, par exemple lorsqu’il s’agira de lutter pour une meilleure protection du climat ou pour la justice vaccinale. Unie, la société civile peut obtenir beaucoup, même si plusieurs tentatives sont fréquemment nécessaires, comme ce fut le cas avec l'acceptation tardive du vote des femmes en Suisse voilà 50 ans. Une société civile forte est plus que jamais nécessaire aujourd’hui : pour une coopération au développement efficace, pour des règles du jeu propices au développement dans l'économie mondiale, et pour une démocratie vivante.