Perpétuels changements

24.6.2021
Article global
Après 13 ans, tout d'abord comme expert, puis comme directeur, Mark Herkenrath quittera Alliance Sud fin juillet. Un moment propice pour jeter un regard en arrière et se tourner vers l’avenir tout à la fois.

La seule chose constante dans la vie, enseignait Héraclite, c’est le changement. Pourtant 13 années ou presque se sont écoulées depuis que j’ai occupé mon premier poste auprès d’Alliance Sud. Aujourd'hui, pour des raisons familiales, le moment est venu de faire mes adieux – une période propice pour jeter un regard en arrière et se tourner vers l’avenir tout à la fois.

Lorsque j'ai repris la responsabilité du dossier de la politique fiscale auprès d’Alliance Sud en 2008, notre ministre des finances Hans-Rudolf Merz croyait encore que le secret bancaire helvétique était aussi immuable que le massif du Gothard. Les auteurs d’évasion fiscale et les potentats corrompus de pays en développement qui souhaitaient cacher leurs avoirs en Suisse avaient toute liberté de le faire. Puis la crise financière et économique mondiale est passée par là : elle a porté un coup fatal à bon nombre des objectifs du millénaire pour le développement qui auraient dû être atteints jusqu’en 2015 ; en contrepartie, elle a galvanisé le combat contre l'évasion fiscale.

Soudain, les puissantes nations industrialisées ont elles aussi souhaité prendre des mesures contre les fraudeurs du fisc. Elles avaient un urgent besoin d'accroître les revenus de l’État pour financer leurs plans de sauvetage des banques. Ces mesures se chiffraient en milliards ! Alliance Sud a toutefois dû se battre pendant des années jusqu'à ce que la Suisse étende enfin l'échange automatique de renseignements dans le domaine fiscal aux pays en développement. Elle lutte encore contre les funestes incitations des sociétés multinationales à transférer leurs bénéfices, largement non imposés, des pays pauvres vers la Suisse.

Lorsque j'ai succédé à Peter Niggli au poste de directeur d'Alliance Sud en 2015, les objectifs de développement durable venaient de remplacer ceux du millénaire pour le développement. Avec l'Agenda 2030, les riches pays industrialisés se sont engagés dans une voie politique ne servant plus uniquement les intérêts nationaux à court terme mais visant au bien-être à long terme des humains et de la planète. Il est donc d'autant plus étonnant de voir avec quelle frénésie certains conseillers fédéraux et parlementaires s'offusquent aujourd'hui de l'ingérence des ONG dans la politique suisse au nom des droits de l'homme et de la protection de l'environnement.

Alliance Sud était alors aussi politiquement controversée qu'aujourd'hui. Elle ne doit pas se laisser impressionner par les récentes réactions contre une société civile active dans la politique de développement. Un développement de la planète socialement juste et écologiquement durable a plus que jamais besoin d’une Suisse qui oriente de manière cohérente chacune de ses politiques – de la politique étrangère à la politique climatique en passant par la politique économique – vers cet objectif. L'équipe, les membres et les alliés d'Alliance Sud, que je tiens à chaleureusement remercier ici pour leur formidable coopération, continueront à s’engager résolument dans ce sens à l'avenir – avec cœur, avec une implication constante et la force des bons arguments.