Priorité à l’Agenda 2030

20.8.2019
Communiqué
Alliance Sud critique les plans de réorientation de la coopération internationale (CI) 2021-24 du DFAE et du DEFR. Les objectifs de la coopération internationale devraient être résolument alignés sur l'Agenda 2030 des Nations Unies.

Communiqué de presse d’Alliance Sud du 20 août 2019

Dans sa réponse à la consultation sur la coopération internationale (CI), Alliance Sud, le groupe de réflexion des organisations suisses de développement, critique les plans de réorientation de la CI 2021-24 du DFAE et du DEFR. Les objectifs de la coopération internationale devraient être résolument alignés sur l'Agenda 2030 des Nations Unies.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et le Département fédéral de l'écono­mie, de la formation et de la recherche (DEFR) placent trois critères au cœur de leur rapport sur la CI – les besoins de la population concernée, les intérêts de la Suisse et la plus-value de sa CI –, tout en laissant cette question centrale ouverte : quel type de développement la Suisse entend-elle promouvoir ? Pour Alliance Sud, il est clair que la CI doit s’inspirer de l'Agenda 2030 de développement durable de l'ONU ; la politique suisse doit être subordonnée, de manière générale et cohérente, au principe directeur de la transformation de la société, de la politique et de l'économie dans le sens de la justice sociale et de la durabilité écologique. Les objectifs et les priorités du message sur la CI sont à compléter d'urgence dans un tel esprit.

Des processus de transformation présupposent une compréhension holistique de la politique. Pour que le développement durable ne soit pas une formule vide de sens, la politique suisse doit améliorer sa cohérence tous départements confondus, comme le Comité d'aide au déve­loppement (CAD) de l'OCDE l’exige de la Suisse.[1] La politique commerciale et la politique fiscale et financière de notre pays sont particulièrement soumises à cette obligation. Le Mes­sage sur la CI 2021-2024 devrait mentionner explicitement ces domaines politiques et les efforts qu’ils doivent entreprendre.

Alliance Sud estime nettement insuffisantes les ressources financières prévues dans le rapport explicatif sur la CI : le cadre financier tracé ne permet pas à la Suisse de s’acquitter de ses engagements internationaux. Pour l'aide publique au développement (APD), une quote-part de 0,45% du revenu national brut (RNB) est prévue pour les années 2021 à 2024. Si l'on soustrait les coûts d'asile dans notre pays, la quote-part n'est même que de 0,40%. Un tel objectif va à l'encontre de la promesse répétée faite sur la scène internationale d'augmenter la quote-part de l'APD à 0,7% du RNB. C'est d'autant plus choquant que la Confédération n'a cessé d'enregis­trer des excédents de plusieurs milliards depuis 2015, soit en moyenne 2,7 milliards de francs par an. L’augmentation progressive de l’APD à 0,7% du RNB se fait d’autant plus attendre qu’un excédent de 2,8 milliards est également attendu pour l'année en cours.

S’agissant des questions posées dans le cadre de la procédure de consultation – les objectifs proposés, les priorités fixées et les orientations géographiques de la CI sont-ils adéquats ? – Alliance Sud répond trois fois par la négative. Les objectifs et les priorités sont formulés de manière trop vague dans l'actuel projet de message et donnent l'impression que les intérêts de la Suisse passent avant les intérêts de la population concernée et la réduction de la pauvreté. Cette dernière est un mandat de base de la CI, inscrit dans la Constitution fédérale. Or elle est à peine citée dans le rapport explicatif. L'accent doit être mis sur la création d'emplois décents et le soutien aux PME locales dans les pays partenaires, en particulier à la faveur de la focalisa­tion visée sur la coopération avec le secteur privé. La coopération avec le secteur privé suisse et les entreprises actives au plan international doit être subordonnée à l’existence de procédu­res diligentes efficaces en matière de droits de l'homme, de risques environnementaux et de pratiques fiscales et ne doit en aucun cas entraîner une éviction d’entreprises locales ou une concurrence à leur égard.

Télécharger la réponse d’Alliance Sud à la consultation (en allemand).

Pour tout complément d’information :
Kristina Lanz, responsable de la politique de développement, Alliance Sud, tél. 078 913 15 00

 

[1] Cf.: OECD Development Co-operation Directorate (2019). Review of the Development Co-operation policies and programmes of Switzerland. The DAC’s main findings and recommendations. p. 3