Débarrasser l'industrie textile du capitalisme de surveillance / [Jacques Mirenowicz [ed.]]

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Le besoin de se vêtir est bien sûr en premier lieu utilitaire : il faut se couvrir pour seprotéger, notamment du froid. Mais cette fonction physique n’explique pas, seule, l’ex-plosion des ventes d’habits depuis dix à quinze ans. Pour comprendre ce phénomène éminemment contraire à l’intérêt collectif, il faut saisir que s’habiller répond aussi à des besoins symboliques et psychologiques : le désir permanent de nouveauté, d’affirmation de soi, d’identité.

Pour que des centaines de millions de personnes s’adonnent à des achats excessifs d’habits, les capitalistes de la surveillance s’appuient sur ces besoins symboliques et psy-chologiques. Leur chance : ce sont des besoins à la fois très puissants et insatiables. Leur stratégie : ne pas hésiter, grâce à l’internet des objets, au big data et à l’intelligence artificielle, à violer la liberté des individus pour stimuler au maximum ces besoins tout en tirant le plus possible les prix vers le bas.

Résultat, l’industrie textile croît deux fois plus vite que le PIB depuis quelques années et les consommateurs achètent en moyenne 60 % plus d’habits qu’il y a dix ans. Au vrai, cette industrie est devenue une machine planétaire à créer de la misère et des déchets, rendant l’économie circulaire une fable dans ce secteur comme dans tant d’autres. Si l’on veut faire de la durabilité une priorité et mettre en branle la capacité à agir pour reconstruire un monde qui tienne debout, il faut interdire le capitalisme de surveillance, ce fléau de ce début de XXIe siècle, et en finir avec la logique économique gangrenée qui en fait un maillon décisif du désastre en cours. [éd.]